CHAPITRE IX. lo
temps l'ont les plus j^rpands frais, qui commeneent par l'éternel ça va bien, et finissent par un coup de sonnette pour descendre à l'orchestre.
Hector n'était jamais allé chez Déjazet ; seulement depuis deux ans il la voyait tous les soirs au théâtre, et ne manquait point d'échanger avec elle quelques mots. Enfin, pour Déjazet, Hector était une de ces nombreuses connaissances qu'on rencontre tous les jours et qu'on
ne cannait pas; mais pour Hector, Déjazet était autre chose... elle était son premier amour, elle était tonte son àme, toute sa vie. Amour secret, mystérieux, dont il ne lui fit l'aveu qu'au moment o{i il crut ne plus la revoir jamais...
Le lendemain du laconi({ue entretien qu'il eut avec elle dans le foyer et que je viens de rapporter, il lui écrivit... C'était la première fois ! . . .
Voici la lettre :
lo8 VIH(;iNlE DDJAZET.
c( Madame,
» Vous dcinaiulioz liicr soir <rofi venait ma » tristesse, vous demandiez si je souffrais!... » L'heure suprême est venue où je puis tout » vous dire... Tlieure suprême est venue, je » puis tout avouer... Oui, madame, je souf- » frais... et depuis longtemps, et bien eruelle » ment ! . . . et ma peine était d'autant plus dou- » lourcuse, que je ne pouvais la confier à per- » sonne, pas même à vous, madame, qui, mal- » gré votre ineffable bonté, eussiez peut-être » ri de ma douleur, ri de mon amour, que vous » eussiez méprisé, dédaigné ou pris en pitié... » dont vous eussiez douté peut-être... Oui, ma- » dame, depuis deux ans je vous aime !... Que » vous importe, n'est-ce pas ?... Tout le monde » vous aime, vous... tout le monde est à vos » pieds... Aussi n'ai-je été ni assez aveugle, )j ni assez vain, ni assez audacieux pour espé- » rer toucher votre cœur... je me suis tu... J'ai » compris ma position, j'ai regardé la vôtre, » j'ai mesuré la dislance, et j'ai vu, madame,
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» hélas ! j'ai trop bien vu qu'entre vous si » grande, et moi si petit, il y avait un abîme » impossible h franchir. . . nn abîme qui me sé- » parerait de vous toujours... Mais si je sens » que je dois renoncer à vous, je sens aussi que » je ne pourrais vivre sans vous... Cette phrase )) est banale, je le sais. Prendra-t-elle à vos » yeux un caractère de vérité quand vous son- » gérez que celui (jui Ta écrite n'est plus de ce » monde?,..
» Adieu, madame; partout j'eusse emporté » votre image, la mort seule peut me la faire » oublier. Je rentre dans le néant, car je ne » saurais plus rien aimer ici-bas après vous » avoir vue, après vous avoir aimée !...
» A vous ma dernière pensée, pour vous mon » dernier soupir ! . . .
» Hector. »
Lorsque Déjazet reçut cette lettre , l'heure du spectacle approchait; elle était chez elle,
IfiO Vllu;iMK ntJAZI'T.
nie des Pyramides; ce fuL Élise, sa feinine de chambre, qui la lui remit...
Déjazelne savait que penser. Ellecrul rêver, elle voulut douter, mais son cœur se serrait ; un secret pressentiment lui disait que cette lettre annonçait réellement im aiïreux malheur... et la voilà courant comme une folle, «îans chàle, sans chapeau, jusqu'au théâtre.
On commençait la première pièce; elle demanda à tout le monde où était Hector, si Hector était à l'orchestre?
Personne ne l'avait vu, il n'était j)oint à Torchestre, lui si exact. Il n'y avait plus à douter... Le malheureux enfant aurail-il dit vrai?... Se serait-il tué?...
Elle tombe sans connaissance dans l'escalier, sans pouvoir dire un seul mot. Tout le monde l'entoure; on s'empresse de lui porter secours; elle revient à elle et montn' la lettre qu'elle venait de recevoir... Elle veut courir chez Hec-