CHAPITRE IX
tor; mais elle ne le peut : il faut qu'elle joue dans Juililli et dans les CluunwUcs. Elle juic; un de SCS camarades de se rendre au [)lus vile où elle voudrait pouvoir aller elle-même, et de lui rapporter sur l'heure des nouvelles de ce pauvre jeune homme.
Un des principaux artistes du théâtre court, et trouve le malheureux Hector agonisant, dans un état desespéré : il s'était empoisonné!... Mais il respirait encore ; on fait venir plusieurs médecins.
Alcide Touzet^ car c'est ce bon Alcide, je crois, qui vit ce douloureux spectacle, Alcide retourne au théâtre, et pour tranquilliser sa camarade, lui cache l'état affreux dans lequel il a laissé cei)auvre insensé.
Déjazet voudrait pouvoir faireavancer l'heure; la soirée lui paraît un siècle , un siècle d'attente, d'anxiété et de crainte... Elle ne comprend pas comment elle peut jouer étant si cruellement préoccupée. Enfin le rideau tombe, elle a fini...
162 Vin<iIMi: DKJAZET.
A peine prciul-clle le temps de revêtir ses habits de ville; vile, elle monte en voiture et se fait conduire rue du Sentier, che/ Hector. Elle interroge la concierge sur l'état du malade; celle-ci l'engage fortement à ne point franchir les escaliers.
— Le pauvre garçon, madame, ne reconnaît plus personne; il se meurt; il ne passera probablement pas la nuit, lui dit-elle.
A ces mots Déjazet est prête à s'évanouir encore; mais, rappelant toutes ses forces et toute son énergie , elle prie la concierge d'aller dire à l'un des médecins qui sont près d'Hector de descendre un moment, que mademoiselle Déjazet veut absolument lui parler.
A ce nom de Déjazet, la portière tout ébahie grimpe vivement les sept étages, et redescend plus rapidement encore, accompagnée d'un gros disciple d'Esculape, qui avait plutôt l'air d'un épicurien qu'on dérangeait d'un bon repas que d'un docteur venant du lit de douleur d'un moribond.
CHAPITUE 1\. 163
— Monsieur, s'écrie Déjazct sans donner le temps au médecin de la saluer, je veux, je désire, je tiens essentiellement à voir M. llcclur; s'il lui arrivait malheur, je rej^Tetterais toute ma vie de n'avoir pu lui dire un dernier adieu.
— llassurez-vous, belle dame, il passera la nuit...
— Sur votre honneur?
— Sur mon honneur !
— Eh bien, je puis le voir, n'est-ce pas?
— Non , c'est un trop triste tableau ; pourquoi repaître vos beaux yeux d'un douloureux spectacle? Il est sans connaissance, vous ne pourriez lui être d'aucun secours , revenez demain matin. Je serai ici vers six heures, et s'il va mieux... eh bien, nous verrons...
— Vous me jurez, monsieur, qu'il n'est pas en danger?
— Il passera la nuit.
Mil VIRr.lMî: DKJAZKT.
— Alors, il osl sauvé!... s'rcria Déjazcl ilaiis un clan (rospoir.
— Ah î ceci est une autre queslion, dit froiilenionl le niéilecin.
— A la(|nelle vous ne pouvez répondre?... reprit-elle avec inquiétude.
— A laquelle je ne pourrai répondre que dans deux jours, au plus tôt.
— Mais vous me désespérez, monsieur.
— Désolé, belle dame; cependant je ne puis vous donner une espérance (]ue je n'ai pas encore, moi-même.
Déjazet pâlit, un tremblement nerveux agita tout son corps. Le docteur lui donna le bras jusqu'à sa voiture et la reconduisit chez elle.
— A demain, belle dame !
— A six heures î
— A six heures !
Déjazet ne dormit pas, et le lendemain, bien