‹ Virginie DejazetChapitre 45 sur 92 · CHAPITRE IX. 1C · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 1C

avant six heiiivs, elle était assise dans la loge du concierge d'Hector; mais le docteur n'arrivait point.

Il se fit attendre longtemps, et ne vint (]u'à liuit heures.

Si Déjazet l'eût souflert, il eut volontiers passé le temps de sa visite à causer avec elle, dans la loge du porlier, car il était très-causeur, très-gai, très-original, ce médecin; mais Déjazet avait hâte de savoir comment Hector avait passé la nuit, dans quel état il se trouvait. Elle supplia donc le docteur d'aller vite près du malade, de lui dire qu'elle était là.

Le docteur monta et ne tarda pas à descendre.

Il va mieux, dit-il , il a repris connaissance ; mais il est si faible , si abattu, que je n'oserais prononcer encore votre nom devant lui; il y a du mieux cependant. Du courage ! espérez.

— Ne puis-je donc le voir encore?

ir.6 VIRGINIE DlvlAZET.

— Gardoz-vons-cn liioii, v(uis le tueriez. Je repasserai vers midi, puis ce soir. Revenez après le spectacle, et vous me trouverez ici pour vous donner de ses nouvelles.

Déjazet revint à minuil, il vivait encore!... Elle revint nialinj'et soir pendant quatre jours. La pauvre pelite flûte n'allait pas plus mal, et dans sa position ne pas aller plus mal, c'était aller mieux.

Enfin, le sixième jour, le docteur dit à Déjazet :

— Maintenant, belle dame, je crois que vous serez son meilleur médecin; il ne veut rien prendre, il refuse tout; il n'y a (jue vous qui puissiez le décider à suivre nos ordonnances.

Déjazet se disposait déjà à franchir les escaliers d'Hector j mais le docteur l'arrêta.

— Vn instant, dit-il, votre présence inattendue pourrait lui ûiire grand mal; écrivez d'à-

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bord lin mot pour lui nnnonccr votre visite. IinmédiatemeiU Déjazet lui écrivit :

«Je suis là. Chaque jour, matin et soir, je » viens savoir de vos nouvelles. Je suis là, près » de vous, voulez-vous me voir? Faites un si- » «3^0, et j'accours...

Le docteur porta ces quelques mots au jeune malade, en lui recommandant de ne point ouvrir la bouche, de ne répondre que par un signe.

A peine eut-il lu ce billet, qu'un rayon de joie illumina son pfde visage.

— Ah l quelle vienne, quelle vienne donc! s'écria-t-il, sans tenir compte de la défense du docteur.

Un instant après Déjazet pénétrait enfin dans la chambre du pauvre artiste.

168 Vinr.lMK DiJAZl-T.

rV'tail unt^ juMilo niansnnb^ \ncn paiivrclto , <|iiol([iu's tlùtes appenducs aux imirailles nues en étaient les seuls ornements.

Ouant Hector vit entrer Déjazcl, il lil un violent mouvement pour se soulever, mai> il retomba.

Déjazet s'approcha de lui, mit la main sur ses lèvres et lui dit :

— >'e parlez point ; me voilà ; je viens m'installer chez vous; je serai votre garde -malade désormais; nuit et jour je serai là...

Hector lui serra la main, une larme de reconnaissance brilla dans ses yeux.

— .l'exige seulement que vous suiviez toutes

les ordonnances de vos médecins.

Hector lil signe qu'il obéirait.

Ce soir-là Déjazet iir j(ni;ill pas: elle resta donc et le jour et la nuit pr»- du jeune malade

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à le soigner, a lui donnor ses potions, à le faire boire à chaque instant, tenant d'une main sa montre et de l'autre la main d'Hector, pour se rendre im compte exact de la durée des intervalles de répit (jue le malade obtenait après les fréquents et pénibles ell'ets du poison. Hélas! son estomac rejetait de minute en minute tout ce qu'elle lui faisait prendre...

Déjazet ne s'absentait que pour jouer ou répéter. Aussitôt sa répétition terminée, elle venait reprendre sa place; aussitôt le spectacle fini , elle venait reprendre sa chaise.

Elle eut inévitablement succombé à tant de fatigues, si son courage et son dévouement ireussent été surhumains.

Cependant, après avoir pasï^écinq nuitsentières debout au chevet du malade, elle sentit ses forces prêtes à l'abandonner; elle fit venir un' litde sangle, et s'y jetait tout habillée, pendant qu'Hector, plus calme, semblait goûter quelques minutes de repos.

Enfin, les soins assidus et constants, les douces attentions et plus encore la présence conlinuolle de la femme aimée, ranimèrent un instant les forces du malade ; il ne tarda pas à entrer en convalescence; on le crut sauvé.

Les médecins lui ordonnèrent de prendre les plus grands ménagements, d'éviter les plus légères émotions et surtout de ne plus jouer de la flùtc!...

Déjazet resta pendant près de six semaines entières près de lui, à son chevet; puis, quand elle le crut eniin sauvé, elle retourna chez elle, dans son riche appartement de la rue des Pyramides.

Deux mois après son acte de folie, Hector faisait sa première sortie, rendait à Déjazet sa première visite, et put même aller jusqu'au \héatre serrer la main de ses anciens camarades... Hélas! le pauvre jeune homme, malgré cette apparente résurrection, était loin d'avoir recouvré c<:»mplétement la santé. Pour le gué-

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