CHAPITRE IX. ni
rir, il lui eut fallu Tamoiir de celle qu'il adorait plus que jamais. Mais Déjazet eu ainiail un autre, elle ne pouvait donc l'aimer : Hector le savait... Aussi, voulut-il séloigner.
Il alla dans sa famille, près de sa mère, à Lille; et la, seul avec son amour, n'ayant d'autre distraction que sa flûte, sur laquelle il se plaisait à redire sans cesse tous les airs qu'il avait entendu chanter à Virginie, il s'épuisait tout le jour à répéter ses chants.
Sa poitrine, délabrée par les ravages du poison, ne put longtemps résister^ il fit une rechute, s'alita quelques jours, et mourut! ! !
Quand Déjazet apprit cette mort, elle se mit à pleurer, comme on ne pleure qu'une fois dans la vie, et resta trois jours sans recevoir.
Cette aventure fit un grand bruit, à Lille surtout, oii chacun la racontait et la commen-
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tait a sa faron. Toute la société élait curieuse de voir Déjiizel. Le directeur la pria plusieurs fois de venir donuer des représentations sur son théâtre; mais Déjazet refusa pendant plusieurs années. Elle voulait (|ue le temps, qui cica- Irisc toutes les douleurs, eut apporté quelque soulagement à la sienne. Ce ne fut qu'au mois d'août 18i3 qu'elle se décida à partir pour Lille.
Son premier soin en entrant dans la ville fut d'aller au cimetière clicrclier la tombe d'Hector. Déjazet était très-embarrassée. Conunent trouver cette tombe parmi tant de mausolées?
Elle s'adressa à la femme du gardien.
Celle-ci la conduisit dans un endroit écarté où se trouvait le terrain destiné à recevoir les dé[)Ouilles mortelles de la famille d'Hector. Plusieurs inscriptions gravées sur diverses pierres tumulaires apprenaient aux passants les noms des liabitants de ce triste séjour ; mais le nom d'Hector ne figurait point parmi ces
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noms, ctcependaiit c'était hieiila propriété dernière de la famille d'Hector.
Comment son nom ne se trouvait-il donc pas parmi ces noms?...
La femme du gardien ne put donner aucune explication. Seulement, elle affirma qu'Hector était enterré dans le cimetière, mais elle ignorait à quelle place.
Demain mon mari sera ici toute la journée ;
si vous voulez revenir, dit-elle, il vous donnera tous les renseignements que vous souhaiterez.
Déjazet fut obligée de partir sans avoir pu trouver la tombe d'Hector; elle revint le lendemain.
Cette fois le gardien était présent : sa femme lui avait annoncé la visite de l'étrangère.
Il mena Déjazet au même endroit où elle avaitélé la veille ; puis, fouillant du talon à tra-
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vers les orties el les herbes sauvages qui croissaient en liberté sur quelques jiierlsde terrain en friches, il retrouva les débris d'une croix de buisel dit : C'est làî ri
— Comment, là, sous ces cailloux et ces ronces?
— C'est là !
— Mais pourquoi, quand partout ces tombes sont llouries , cullivées avec soin, pourquoi celle-ci est-elle la seule, entre toutes, qui soit ainsi négligée, délaissée, dédaignée?... s'écria Déjazct avec une indignation qu'elle ne put contenir.
— Ah î dame!... c'est que celui qui riiabilc s'est suicidé!
— Eh bien?
— Suicidé pour une femme de théâtre, pour une comédienne.
— Quand cela serait?...
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— Ali ! (lame ! à ceux-là (»n Jic leur fait point de tombe.
— C'est infâme.
— El puis c'est éconoiuirpie... ajouta en souriant malignement le gardien.
— Mon ami, ropril IVjazet, veuillez, je vous prie, faire nettoyer cette tombe, et couvrez-la partout de pensées et de roses: je me charge du prix de son entretien, et j'en paye d'avance la première année, dit-elle en lui mettant une pièce d'or dans la main, .le vous la recommande, monsieur. Puisque le pauvre enfant qu'elle renferme est abandonné des siens, vous, monsieur, ne l'abandonnez pas, promettcz-lcmoi!
— Ah! je vous le jure, madame! s'écria le gardien, qui se sentit tout ému.
— Je vais envoyer une pierre tumulaire ; vous veillerez, n'est-ce pas, à ce qu'elb; soit scellée promptement. Je ne suis ici que pour
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\)vu (le jniirs, cl je voudrais avant mon dépai't,
voir celle pauvre loiiibc en meilleur état.
— Soyez tranquille, madame; dans deux jours elle sera coquette et lleuric, à donner envie aux plus riches bourgeois de la ville.
En effetj quelques jours après, quand Déjazel vinl pour faire ses adieux au pauvre Hector, les ronces et les orties avaient disparu ; des roses, des pensées remplaçaient les herbes sauvages, la pierre tumulaire était scellée et portait ces seuls mots : Une amie est venue là...
Déjazet apporta et laissa sur cette tombe, désormais parée, toutes les couronnes et les fleurs qu'on lui avait jetées pendant ses représentations... la tombe en était jonchée, puis elle quitta Lille.
Elle était de retour à Paris depuis quelques mois, quand un matin elle reçut avis de je ne sais quel juge, qu(î la faiiiilli! d'Hector avait ^)rlé plainte contre elle, la soupçomianl d'avoir