CHAPITRE XI
Nouvelles pérégrinations en province. — Rentrée au théâtre des Variétés. — Une médaille de Notre-Dame de Fourvitres.
Peu (le jours après son entrevue avec Déranger, Déjazet recommença ses pérégrinations en province. Elledonna d'abord des représentations à Lyon, à Bordeaux, à Orléans; et ce ne l'ut pas sans un certain charme qu'elle revit ces pays qui lui rappelaient de si doux souvenirs de jeunesse.
Elle retourna aussi visiter Lille, ou plutôt la
<98 VIUC.IiNIE DÉJAZKT.
loinbcde la pclito lliilc du l^aluis-Hoyal... Elle éprouva uu sentinieulilo salisfacliou en retrouvant eette tombe ileurie, et la pierre tumulaire encore debout et respectée
Enfin, elle courut du nord au midi, de l'est à Touest delà France ; et partout et toujours elle fut accueillie et fêtée. Elle visita Londres aussi.
La reine Victoria assista à ses représentations, et donna la première le signal des applaudissements...
A Bruxelles, à Nantes, à Marseille, elle obtint d'immenses succès. La France entière et l'étranger sanctionnèrent le jugement du public parisien.
M. Nestor Roqueplan, avant d'être directeur de l'Opéra, fut à la tête de l'administration du tbéûtre des Variétés. Tout le monde sait (jue Nestor Roqueplan est intelligent , spirituel , audacieux, liardi.
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PourjUbLilier ^a répLiLaliund'liabilelé, il avait déjà su s'attacher Bouffe, le célèbre Bouffé^ qui fit la fortune du Gymnase. Il voulut plus encore, il voulut avoir Déjazet. A cet eflet, il lui députa un fondé de pouvoirs pour lui proposer un engagement de cinq années.
Les conditions du traité étaient magnifiques, dignes de celle à qui elles étaient offertes.
Déjazet signa le traité.
Le fondé de pouvoirs, tout fier de son heureuse négociation, revint trouver M. Roqueplan, l'engagement à la main, et le 21 février 1815, après une absence d'une année^ Déjazet fit sa rentrée à Paris sur le théâtre des Varié tés ^ dans les Premières Armes de Richelieu.
La salle était comble.
Il avait suffi que ce nom fut sur l'affiche pour attirer toute la fine fieur de la société parisienne.
200 viHr.iMK i)t:jAZi:T.
La piY^^sc' (Mîliôiv, les arlish^s, lesaniulcurs, Icsgoii^dii nioiulo, lescliulianls, les élèves des ocolcSj tous se pressaient aux portes du théâtre des Variétés pour revoir Déjà /et.
Pourvu qu\'ll('soil toujours la nir.nie! se disait-on de tout côtés avant de la voir reparaître. Pour\u qu'elle n'ait pas vieilli!
On lève le rideau, elle entre... toujours aussi j(nine, toujours aussi séduisante ; sa voix n'a rien perdu de sa fraîcheur ; sa tournure est toujours élégante ; elle est toujours la niùme, toujours ininiital)le, toujours sans rivale, sans pareille; c'est toujours Déja/et!...
Ah ! si M. Dormfîuil eiit assisté à cette rentrée, et sans nul doute il y assista, comme il dut se repentir de n'avoir pas su garder le trésor qu'il avait si longtemps exploité ! Que d(î regrets il dut éprouver en voyant les recettes que firent les reprises des Premicres Anncs de Hichclieii et de Mademoiselle DatKjeville ( 30 mars 184o) !
CIIAIMTIU: \l. 1>0I
Di'jazel fil au théâtre desVariélL's quatre créations importantes dans quatre ouvrages qui })euvent être classés parmi les plus brillants et les meilleurs du répertoire de Téminente actrice.
La Gardeiise de Dindons, jouée par elle pour la première fois le 14 juin 1845, clGentil Ikrnard, qu'elle créa le IG mars 1846, sont deux pièces qui doivent certainement mériter à leurs auteurs une mention honorable.
Le Moulin à Paroles et le Marquis de Lauzuu surtout tirent courir tout Paris au théâtre des Variétés,
Je ne puis en dire autant dT» Conte de Fée, de l'EnfaïU de lUunour et de Mademoiselle deChoisy, pauvres pièces, qui vécurent cependant quelques jours, grâce au talent de Tactrice aimée.
Au printemps de 1846, Déjazet partit en
congé pour donner des représentation à Saint- Quentin.
Il n'était alors question dans cette ville que
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(lu Prisonnier de ïïam, à (jui le gonvcrncmcnl de Louis-Philippe venait de nTuscr la permission d\iller à Florence embrasser son vieux père mourant ^ maigre toutes les garanties, malgré toutes les sollicitations du Prince Louis.
Ce refus de laisser accomjdir à un fds le plus sacré de tous les devoirs avait indigné tout les cœurs et révolté tout les esprits.
Déjazet, dont la religion pour le martyr de Sainte-Hélène va jusqu'à Tidolàtrie, qui garde comme une sainte relique quelques cheveux de PEmpereur, coupés à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821, après sa mort ; cheveux dont la lettre suivante écrite de la propre main de la comtesse Bertrand, garantit rautlienlicité :
a Je TOUS envoie avec le plus grand plaisir, madame, » les cheveux si précieux que vous désirez.
r> Je serai toujours heureuse de vous être agréable. Je » suis reconnaissante, je vous aime, je vous l'ai dit. Rep cevez l'assurance de mes sentiments,
T) Fakny Bertrand.
» Paris, ce 22 juin 1834.»