CHAPITRE
enflammée sur le visage de Virginie, et l'esprit de vin se répandit sur son cou, sur son bras, sur sa poitrine.
Une autre à sa place eût vitement laissé là Colombinc, le flambeau, tout ce qui l'embarrassait, pour avoir les mains libres et jeter au loin cette étoupc incandescente qui la brûlait si douloureusement. Mais Virginie eut le cruel courage de se laisser rôtir volontairement jusqu'à ce qu'elle ne fût plus en vue du public, jusqu'à ce qu'elle fût dans le cintre. Son effet lui avait été plus cher que sa personne... La pauvre enfant, le visage brûlé, en proie aux douleurs les plus vives, les plus cuisantes; le cou, les bras, la poitrine ne formant qu'une plaie trouva dans sa volonté assez d'énergie pour achever la pièce et jouer encore trois actes interminables. Le spectacle fmi, elle s'évanouit... Il fallut l'emporter. Seulement alors sa volonté fut vaincue par la douleur.
Il y a dans ce fait le sentiment d'une grande artiste qui s'identifie tellement avec son rôle,
qirelle parvient à oublier son individualité au point de soulTrir iiorriblement plutôt que de sacriiier la silnalion du personnage à sa propre conservation. Les natures d'élite se révèlent toujours dp$ leur enfance par quelque singularité, celle-pi suffisait pour donner une haute opinion de l'avenir d'artiste de Déjazet.
Quelques mois après, la petite Virginie fut engagée au théâtre des Jeunes-Élèves ; encore un petit théâtre construit vers 1799 ou 1800, dans l'ancienne rue Thionville, maintenant rue ' Dauphine, et démoli en 1826 pour être remplacé par la grande maison qui porte aujourd'hui le numéro 24 (en face de la rue du Pontdc-Lodi).
Ce théâtre avaif, deux troupes. Virginie appartenait à la première, composée d'enfants de cinq k dix ans ; mais ces enfants jouaient 4e grands ouvrages, de grands personnages trèssouvent ; il y avait parmi eux le père noble, la dvfègne, le traître, la grande coquette, etc. A'irginie tenait l'emploi des jeunes premières;