‹ Virginie DejazetChapitre 68 sur 92 · CHAPITRE XIll. 2G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIll. 2G

— Mossiolirs les voya'^^eurs, en voiture, s'il vous plaît î » Et (.'hacim s'empressa de reprendre sa place dans Tétroit véhicule.

Il faisait une chaleur excessive.

Le curé de campagne, qui était obèse et de plus octogénaire, semblait souiïrir de cette chaleur pln^ (jue tout autre voyageur. Sa bonne joveuse ligure était inondée de sueur; il occupait la sixième place de la rotonde et avait pour voisines deux nourrices ornées de leurs deux nourrissons.

Le maître de poste, à qui le saint homme avait exprimé tout ce qu'il avait soullert de ce voisinage pendant la route, s'aperçut, en reconduisant Déjazctjus(ju'au coupé, (|u'elle occupait seule avec sa femme de chambre ce paradis de diligence, et lui demanda si elle voulait donner 1 hospitalité pour une heure ou deux à ce bon vieux curé qui retournait à son presbytère.

L'actrice sourit à son tour de cette singu-

Vihvo (î(Mii;in(lt\ ri. fit reni;ir(|uor que ce digiio ministre de Dieu ne serait peut-être point du tout fiai té de se trouver côte à côte avec un suppôt de Satan.

Le maître de poste affirma que le cure savait qui elle était, et qu'il accepterait avec reconnaissance la place du coupé.

— Eh bien ! alors, allez la lui offrir de ma part.

Le maître de poste ne se le fit pas dire deux fois.

Il courut ouvrir la porte de la rotonde et s'acquitta promptement de sa commission pendant que le conducteur était encore occupé à charger les bagages d'un nouveau voyageur qui venait de monter à Tinstant sur l'impériale.

Le vieux curé accepta avec autant de plaisir que de curiosité une proposition qui lui procurait le double avantage d'être délivré de deux nourrices dans l'exercice de leurs fonctions et de jouir de la conversation d'une ac-

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Irice que la Quolidioine disait être une des femmes d'esprit du dix-neuvième siècle.

11 se hâta dune de (juitter ses compagnons de voyage de la rotonde, aussi prestement que le lui permettaient ses quatre-vingt-quatre ans, puis s'nppnyant sur le maître de poste, heureux et souriant, il monla dans le coupé avec l'aide de Déjazet, qui lui lendit gracieusement sa petite main gantée, tout en adressant un dernier adieu au maître de poste et en lui disant: — que si jamais il avait hesoin d'elle, eut-il cette fois une veste neuve hrodée sur toutes les coutures, elle ne le congédierait point sans lui accorder l'objet de sa demande.

A peine avait-elle dit ces quelques mots, à peine le vieux cure de campagne avait-il pris place à la droite de la célèbre Frélillon, que la diligence partit au grand trot de cinq chevaux normands.

Le maître de poste, seul au milieu de la route, suivit longtemps des yeux la diligence

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jusqu'à ce (|uo, voilée par un nuage de poussière, il la perdil enlièrenieul de vue, jusqu'à ce qu'il u'entendîl [)lus le biuil de ses ferrailles et de ses grelots.

Quelque spirituel (ju'ou soit, (pielque habitude du monde qu'on puisse avoir, il est trèsdifiicile , pour ne pas dire impossible, d'entamer une conversation entre inconnus, sans recourir à certains lieux communs ressassés depuis l'origine de la politesse française.

C'est à ce catéchisme des gens timides que le bon curé eut d'abord recours.

— En vérité, madame, je ne sais vraiment comment vous remercier du service que vous daignez me rendre, balbutia le vieux prêtre en rougissant comme une jeune fille.

— Comment donc, monsicîur le curé, répondit Déjazx'l, (|uise sentait intimidée aussi, c'est iiu contraire moi (jui dois me féliciter du bienheureux hasard qui me permet de...

— Pas du tout, mademoiselle, c'est moi qui

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