CHAPITRE XIV
Les daines qui accompagnaient la duchesse partagèrent son avis.
— Excellente idée ! — exclama lejeune étouineau. — Je vais lui dire de nous chanter quelque chose, ça nous amusera, et ça la flattera.
Et sans réfléchir à ce que sa demande avait de ridicule et d'inconvenant, il se mit à courir après Déjazet, et la pria sans façon de vouloir bien chanter la Liseltc devant la duchesse de G***, à qui cela ferait le plus grand plaisir, ainsi qu'à toute sa société.
Onjugedel'efletque produisit cette demande singulière. Une autre femme moins spirituelle que Déjazet en eût été blessée.
— Chanter la Lisclte! et oii cela, monsieur? sur la plage?... Je vous dirai franchement que je n'ai pas l'habitude d'une aussi vaste scène, lui répondit-elle, et je craindrais fort que ma voix ne brillât point sous cette coupole céleste.
— Eh! qu'importe, mademoiselle? nous fe-
29i VIRGINIE DÉJAZET.
rons la pari de racousliquc... De grâce, ne me refusez pas, cédez à l'ardente prière de l'amaleur le plus enlliousiasle de votre sublime talent. Toute la noblesse de Luc vous supplie par ma voix.
— La noblesse de Luc est en vérité bien aini^ble... mais, malgré tout le plaisir que j'aurais à lui L'trc agréable, je ne puis cependant pasclianter en plein vent pour lui plaire, n'ayant pour tout accompagnement que le bruit produit par les vagues qui viennent se briser contre le rivage.
— Je vous assure, mademoiselle, que cet accompagnement pittoresque en vaut bien un
autre.
— C'est possible, monsieur, mais je le trouve trop bruyant, et surtout trop imposant.
— Ainsi, mademoiselle, vous me refusez ?
— J'ai ce chamn.
— Mais pour quel motif?
— Pour ce motif, que pour cliauter, je n'ai pas de... motif!