‹ Virginie DejazetChapitre 77 sur 92 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

La duchesse, informée du produitdcla quetc, vint trouver Déjazet au moment où celle-ci se disposait à monter en voiture pour retourner à Caen, et demandait au maître d'hôtel s'il voulait se charger de remettre au maire du pays sa mince collecte.

— Madame, — dit la duchesse, — j'apprends à l'instant que votre généreuse complaisance a été bien mal recompensée. Je comprends combien votre susceptibilité doit être blessée, et je partage l'humiliation que vous devez ressentir de la conduite des habitants de Luc. Veuillez me permettre de vous imiter et d'ajouter à cette pauvre collecte quelques louis

Mais j'y songe, voulez-vous, puisque vous partez, que je donne demain moi-même, en votre nom, votre offrande au maire? j'y joindrai cent francs pour ma part.

— Très-volontiers, répondit Déjazet, — et elle remit avec empressement la somme entre les mains de la noble et belle duchesse, dont la distinction, l'élégance et la beauté lui inspirèrent la plus grande confiance.

coo vmr.iNii: déjaziit.

La (lucliossc se montra livs-aimablc avec l'actrice, lui fît mille cumpliimMits, et ne la (jnilla qu'à Tinslanl même du départ.

— A la bonne heure ! pensa Déjazet, — voilà au moins une grande dame qui a du cœur et de la complaisance !

Un mois ou deux après cette anecdote, DéjazeL recevait une lettre du maire de Luc, dans laquelle ce magistrat lui disait — qu'ayant su qu'elle avait fait une quête au profit des pauvres de sa localité, il lui serait trcs-obligé de lui faire connaître In personne chargée du dépôt, alin qu'il envoyai chez elle toucher la somme, qu'il n'avait point encore reçue.

Cette duchesse, cette grande dame, qui avait tant de cœur et de complaisant;, était tout simplement une de ces nombreuses inlriL^antes qui pullulent partout où il y a des jeunes gens à ruiner, ou des vieillards à exploiter. Elle avait quitté Luc, qu'elle habitait sous un faux nom, emportant non-seulement l'arg<înt des

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riches, mais encore volant l'argenl des pauvres. On ne put jamais savoir ce qu'elle était devenue. Voler les pauvres, c'est voler deux fois; il est certain que ce sacrilège ne lui aura point porté bonheur.

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