‹ Virginie DejazetChapitre 79 sur 92 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Vous auriez, j'en suis sur, beaucoup ri de l'entendre : Un fou seul peut avoir un langage aussi tendre. C'étaient do petits vers, dos sonnets amoureux Comme en faisait monsieur Demoustier, doucereux A faire pâmer d'aise une vieille marquise ; Miel de N'ar bonne enfin et confiture exquise!

— «i Viens ! oh viens, disait-il, mon unique beauté !

n Viens mêler ta lumière :\ mon obscurité ;

» Je t'attends, ce matin, j'ai pour toi, dans ma chambre,

» Brûlé de l'aloès et des pastilles d'ambre ;

n Tout est parfu 31, mystère, amour !... Tu viendras , dis?

n Dans de beaux vases j'ai des fleurs du paradis

)» Qu'hier Dieu m'envoya par une tourterelle.

n J'ai caché le parquet sous des peaux de gazelle,

» Pour que tes petits pieds ne se déchirent pas...

» Viens! je te donnerai les plus beaux ananas,

■ Et des biscuits soufflés que pour toi je réserve,

» Avec du vin muscat et des fruits de conserve.

» Viens, je te servirai, si tu veux, i\ genoux !... »

Mais l'étoile toujours manquait au rendez-vous? Et le fou , chaque jour plus épris de ses charmes, En murmurant : Demain ! s'endormait dans les larmes. Le lendemain, nouveaux compliments, propos d'or. Et concerts amoureux.... Il attendait encore! Et quoique les docteurs aient usé leur science, Quoiqu'ils aient en commun mis leur expérience. Pour le désabuser de ses folles amours, Coririez-vous qu'il est mort en attendant toujours?...

310 VIRGINIE DKJA7ET.

Avnnt de vous quitter, avant que de mr\ vie La trame, jeune encore, ^ jamais se dûlic, Vous à qui je donnai mes premières amours , Qui fûtes mon idole et mon rCve toujours , Sur qui j'ai reporté l'affection profonde Et ce Ijesoin d'aimer qu'ici-bas, dans le monde , Dieu nous a mis au cœur afin de l'cpanchcr!.., Déjazct !... Virginie !... Oh ! laissez-vous toucher! Le cœur est toujours jeune et n'a jamais de ride. Ce n'est point de baisers que mon âme est avide. Et fussent-ils brûlants comme du plomb fondu , Les miens auraient à peine aux vôtres répondu ; Car rien ne saurait plus, me rendant à la vie , De mes sens fatigués ranimer l'énergie.... Ce que je veux de vous, c'est mi mot de pitié, Un souvenir d'un jour, un regard d'amitié, Que je recueillerai ce soir, et dont l'empreinte Un moment calmera ma douleur et ma plainte !...

Voilà ce que j'avais à vous dire ; à présent Que vous me connaissez, je m'en irai content; Adieu! puisse le ciel, qu'avec ferveur je prie , De souffrir trop longtemps m'épargncr l'agonie, Et puissiez-vous bientôt, étoile, ô mes amours! Dire : II est pourtant mort en attendant toujours!

CnAnLES V.

Dansun second bouquet se trouvaient coux-f;i

Mes pauvres humbles fleurs !... combien je vous envie! Que je serai jaloux en vous sachant là-bas ! Vo6 parfums tomberont dans un coin de sa vie.

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