CHAPITRE XVI
» la pièce d'Eugène qui devait passer aujourd'hui. Giraud » se mourait, et le soir à sept heures, il avait cessé de » vivre! On lui avait coupé lajamhe jeudi, il est mort n avant qu'on eût levé Tappareil. Celui-là est hien mort )) avec la couronne du martyr ! Je ne puis t'exprimer » la triste émotion que j'ai ressentie en apprenant sa » fin. Le hasard qui me fit assister à sa délivrance et » le premier secours qui lui est venu de moi, tout cela » avait changé en presque affection l'intérêt qu'il m'avait » d'abord inspiré, et, dans la seule visite que je lui ai » rendu à l'hôpital , j'ai emporté le souvenir de sa » pauvre et soufTrante figure qui ne me quittera «jamais !... Dans huit jours tout le monde l'aura » oublié! Moi dans dix ans, si j'existe, j'y penserai » encore. Il a vécu juste après sa délivrance le même )) temps qu'il a passé englouti. Il est mort le vingt et » unième jour ! Demain son service se fait à l'église de 0 l'hôpital! Demain 29 mai, j'irai prier le matin pour ma » pauvre Elise, et le soir à quatre heures pour lui ! J'ai » été une des premières à le saluer, j'irai lui dire adieu.
» Voilà une triste journée qui m'attend. Décidément » les morts sont les heureux !
» Tu comprends les regrets de mon pauvre fils, sur- » tout après le succès de sa dernière répétition. Moi j'étais » toute joyeuse de sa joie, de mon joli costume de capi- » taine du génie et des magnifiques recettes qui se prépa- » raient. Eh bien ! aujourd'hui, ce n'est rien de tout cela » qui m'afflige, je ne regrette que le pauvre puisatier!... » Tant de courage de souffrances , et d'espoir, puis la
» mort! c'est affreux. Dieu est quelquefois bien sévère!
» Je te quitte, ma chère amie, c'est aujourd'imi di- » manclie, la poste ferme plus tôt. Je ne veux pas la » manquer. Adieu.