DÉJAZET
Lyon, 30 mai 1854.
» Je ne t'ai pas écrit hier, ma chère amie. J'avais le » cœur trop à la mort pour chagriner ta vie. Hier, dès le » matin, j'étais à l'église, priant pour celle que tu n'as » pa^^ assez connue poui' l^aimer et qui t'aimerait tant » aujourd'hui!...
» A trois heures, on faisait le service du pauvre Giraud! » et tu sais si je devais y manquer. Je ne crois pas qu'un » prince pût avoir plus de monde qu'il en avait à sa » suite et sur toute la route qu'il devait parcourir. Les » abords de TégUsc de l'hôpital sont très-étroits, aussi » ai'je été portée sur les marches, littéralement parlant.
)) J'étais allée seule à ce convoi, bien m'en a pris. Il » fallait une volonté comme la mienne pour y arriver. » Ce que j'ai reçu de coups de pied et de bousculades, je » ne pourrais te le dire. Bien des gens ont renoncé, mais )) ceux-là étaient des curieux! Moi, j'allais prier, et je » suis arrivée!... Le convoi était fort modeste. Le corps » du génie était derrière. Un simple drap blanc était sur V la bière qu'on a déposée à l'entrée de l'église. Là, tout » le monde lui a jeté de l'eau bénite, ce que je n'ai osé