SCÈNE PREMIÈRE
APPIUS 5 PLANCUS. Appîns traverse le Forum, Planons It snît et le retient.
APPIUS
Vieillard, je te Tai dit, j'observerai la loi; Pourquoi me retenir? qu'espères-tu de moi?
PLANCUS
Te sauver des périls où ta fureur t'engage.
Vois-tu ces cheveux blancs ? sais-tu quel est mon âge?
Seize lustres entiers,.^ Tai vu chasser Tarquin...
J'ai vu deux fois le peuple occuper FAventin,
Le fier Coriolan céder à la tempête , ,
Cassius aux faisceaux abandonner sa tête,
Et ton père lui-même, au Forum obstiné, ""
Succomber sous Fefifort d'un peuple mutiné. '
Certes, en ces grands jours des fureurs populaires.
Où les dieux même étaient sans abris tutélaires,
Le cœur de tout Romain a frémi pour TÉtat,
f)6 VIRGINIE.
Et j'ai pâli moi-même au milieu du sétlat< Eh bien ! je viens à toi l'âme encor plus navrée \ Jamais à tant d'horreur Rome ne fut livrée.
Mais Fhorreur est profonde et plus à redouter Que celle dont Feffet s'emipresse d'éclater.
Ici le désespoir cache sa violence; On voit de vieux Romains qui pleurent en silence^ L'ardent Icilius enflamme les partis.
Et les femmes en deuil le montrent à leurs fils. Les travaux ont cessé, lés citoyens attendent... Dans les groupes nombreux des murmures s'entendent j Point de trouble... partout règne un immense accord; On parle de retraite, et d'exil et de mort; On te nomme, Âppius... et le sénat s'assJbble... Et si tant de périls qui te pressent ensemble Ne font pas dans ton cœtir fléchir ta volonté, Parmi nos jours de sang ce jour sera compté.
APPIUS
Oui, le sang coulera, mais le sang des coupables. Les périls que tu crains ne sont pas redoutables. Vieillard, et les fâi^eaux, sous mes lois réunis, Ne laissent pas longtemps les complots impunis. Les Romains, as-tu dit, et le sénat s'assemblent; Le sénat m'appartieilt, et tous les Romains tremblent* Tous savent qu'en mes mains lé pouvoir absolu Trouve dans le péril un agent résolu.
Va, plébéien dé cœur, et traître a nos querelles, Va porter au sénat \és plaintes étemelles, Et laisse-moi le soin, qu'il m'a commis enfin, P'assurer cette paix que vous troublez en vain,