M. LABOULAYE
::^?î LLONS, monsieur, asseyez-vous de- W^^^^ vaut l'objectif, puisque votre notoriété le veut.
Sinon, je vous l'avoue bien franchement, je ne vous aurais pas choisi pour modèle.
Car tout en vous me repousse et rien ne m'attire.
Votre aspect extérieur suffirait à vous rendre insupportable à mes yeux.
Il trahit si bien, cet aspect prémédité, la pose sans sincérité, la recherche de l'effet parle pédan-
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Il me semble voir M, Laboulaye devant la glace où il combina sa tête.
Comme il a eu 'soin de ne rien livrer au hasard !
Comme tout est voulu, depuis l'habit hermétiquement clos jusqu'à cette chevelure collée aux tempes par le cosmétique !
Son idéal a été de ressembler à un quaker.
Pasteur laïque! apôtre politique! voilà le rôle que l'ambition de M. Laboulaye a rêvé pour lui.
Il a compris que le gros et bête public se laisse prendre à l'extérieur.
Il a compris que le proverbe ment.
Il a compris que l'habit fait les trois quarts du moine.
Et il s'est gourmé, empesé, ficelé, pour que la raideur eût chez lui Papparence de la gravité.
Cela seul. Je le répète, suffirait à me rendre antipathique cette personnalité qui ressemble tant à un automate.
La figure n'est pas faite pour accroître l'entraînement.
Elle a quelque chose do, chafouine^ cette figure à la fois oblique et gourmée.
L'œil cherche à se donner des reflets malicieux. C'est plutôt Tastuce qu'il rencontre.
Le visage rasé (parbleu ! ça fait partie de la tenue sérieuse) est glabre et incolore.
Pas un rayonnement^ pas un atome de chaleur communicative !
Tel M. Laboulaye reste à la tribune.
Il parle assurément avec facilité. On a même lieu de déplorer cette facilité-là, toutes les fois qu'il prend la parole quand il faudrait se taire.
Mais est-ce là de l'éloquence ? Non.
Pectus disertosfacit.
Et le pec^zi^ fait absolument défaut. M. Laboulaye c'est un conférencier frappé, qui confectionne avec habileté la glace au citron.
Il faut voirses airs de sainte-n'y-touche chaque fois qu^il va commettre une évolution politique qui ressemble fort à une palinodie.
On lui donnerait le bon Dieu tout de suite.
Ne pas se lier à ces allures de confessionnal.
M. Laboulaye est un finaud.
Ah ! mais, oui !
Ces évolutions cachent toujours un souci tout particulier des intérêts de l'orateur ; sa carrière
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entière a été une manœuvre qui s'est crue habile et qui n'a été que maladroite.
Vous vous rappelez 1870 !
Il fut un plébiscitaire déterminé.
C'est que la fameuse habileté s'imaginait que l'empire était inébranlable et, comme il y avait des simagrées de libéralisme, M. Laboulaye de se dire :
— Pourquoi un portefeuille ne viendrait-il pas à moi ?
D'où sa théorie d'alors.
Si l'on me prouve qu'il est désintéressé, on me forcera à le trouver encore plus aveugle.
J'aime autant me le figurer ambitieux.
Au résumé, une individualité dont le renom dépasse de cent coudées la valeur.
Un surfait.
Comme écrivain, a paru spirituel parce qu'il risquait quelques canicheries sur un ton austère.
Comme parleur, l'ennui quintessencié.
Je l'ai ouï à l'Opéra quand il conférencia pour les États-Unis.
Impossible d'être plus à côté, plus pédagogue.
Comme politicien enfin, une anguille qui vous glisse sans cesse dans la main.
Il court, il court le furet...
Laissons-le courir.
La République n"a pas besoin de lui.
Qui perd gagne.