M. DUPANLOUP
1 la charité chréiienne eût été banvr-v^^-èâ^r^ nie du reste de la terre, ce n'est pas
fi^î^^Ti^ dans le cœur de M. Dupanloup ^T^^-^ qu'elle aurait pu trouver un refuge. Je ne sais pas d'homme, en effet, qui, dans la forme comme dans le fond, fût plus anti-évangélique que ce soi-disant ministre de l'Évangile. Tout en lui protestait contre la religion dont il était le représentant.
c( Mon royaume n'est pas de ce monde, » dit cette religion.
M. Dupanloup n'a jamais eu en vue, dans toute sa carrière, que les intérêts de son avancement terrestre.
« Aimez-vous les uns les autres, » dit cette même religion.
M. Dupanloup ne put parler, ne put écrire, sans mordre quelqu'un ou quelque chose.
Et ainsi des autres préceptes, mis tous en oubli par ce pasteur qui se servait de sa crosse comme d'une crosse de fusil.
Le cléricalisme compte un certain nombre de forcenés dont les idées indignent, mais dont la personne n'excite pas d'antipathie, parce que, derrière ce fanatisme, on sent une conviction naïvement violente.
Tel n'était pas le cas de l'évêque d'Orléans.
Il n'était pas ultramontain de naissance.
Il avait, au contraire, commencé par combattre l'ultramontanisme. A telles enseignes qu'il porta toujours la trace des bleus que lui lit M. Veuillot, quand il tomba sur lui à bras raccourcis.
Le prélat-académicien ne s'établit défenseur du Syllabus qu'après que cette défense fut devenue en politique un excellent moyen de parvenir.
Parvenir ! Le mot d'ordre de cette vie tout entière. Faire du bruit autour de son nom ! Etre
M. Dupanloup.
perpétuellement en vedette sur l'affiche de la catholicité I Telle fut la règle de conduite de celui qui, sMl avait siégé encore à l'Académie, aurait été incapable de collaborer au fameux dictionnaire, le jour OLi l'on aurait mis en discussion le mot humilité.
Au physique, M. Dupanloup avait des ardeurs de teint qui ne le cédaient en rien à ses ardeurs de polémique.
Si ce ne fut jamais un illuminé, ce fut du moins un enluminé.
Son visage tout entier n'était qu'un incendie. Si nous avions, dans la presse républicaine, un grossier travaillant dans le genre Veuillot, il n'aurait pas manqué, à propos de cet empourprement, de faire un mauvais jeu de mots sur les canons de l'Église.
Ce qui était particulièrement curieux à observer chez M. Dupanloup, c'était Foeil.
Il frétillait, ce regard, tour à tour agressif s'il croyait faire peur, et fugitif si on le regardait bien en face.
Par exemple, défense de lui demander jamais une expression de tendresse... Il ne savait tra-
Visasses sans Masques
duirc que la haine; il n'avait d'éclairs que dans la colère.
Toute la personne , d'ailleurs, de M. l'évêque d'Orléans semblait perpétuellement secouée par la névrose de la polémique.
On disait de lui qu'il avait du vif argent dans les veines.
Cette vivacité-là, comme on avait pu le voir à ses derniers discours, était en train de se détériorer,
M. Dupanloup n'était déjà plus qu'un volcan en retraite. Déjà, il avait dit adieu à la flamme : il n'en était plus qu'à la cendre, quand il se refroidit pour toujours.
Du reste, pour ma part, je ne l'ai jamais classé parmi les grands orateurs. Je ne parle pas, bien entendu, d'éloquence sacrée, — celle-là fut toujours lettre close pour lui. La chaire ne supporte pas aussi aisément les coups de poing que la tribune. Mais, même comme orateur parlementaire, M. Dupanloup a toujours été un médiocre.
Bavard et éloquent n'ont jamais été synonymes.
M. Dupanloup
Sjii robinet d'eau acidulée coulait avec un bruit monotone. Quelquefois seulement, s'il rencontrait une interruption, le jet rebondissait.
Mais ce rebondissement avait le plus souvent pour effet d'éclabousser l'orateur lui-même.
En effet, aussitôt que M. Dupanloup trouvait , de la résistance, il s'exaspérait, était hors de lui, et extravaguait au risque de faire tort à la cause même qu'il voulait défendre.
On a déjà fait remarquer l'heureuse ironie du hasard qui, de cet homme tout vinaigre, avait fait unévêque d'Orléans. Le Vatican avait, dit-on, l'intention d'en faire un cardinal par-dessus le marché. Il aurait porté le chapeau rouge sur le coin de l'oreille. Mais de tout ce tapage, de toute cette poussière soulevée sur des arènes différentes, de toutes ces ambitions et convoitises, il ne reste rien qui vaille seulement la mémoire du dernier desservant de village, dormant tranquille, après avoir vécu bienfaisant.