M. CHESNELONG
ALUEz, s^il VOUS plaît. C'est un sénateur qui passe.
Le sénateur du Syllabus!
C'est M. Ghesnelong lui-même qui, dit-on, a revendiqué cette qualification que d'autres lui pourraient contester. Car nous avons l'heur de posséder un Sénat qui compte dans ses rangs un certain nombre d'autres membres qui sont ultramontains avant d'être Français.
Ce n'est, du reste, pas sans peine que M. Chesnelong a pu cueillir les palmes de Vinamovibilité.
Après M. Buffet, ce fut peut-être l'homme le plus blackboulé de France.
M. Chesnelons;
Aux élections générales de février, son pays, lui rendant justice, le restitua à la vie privée. Mais ce n'était pas l'affaire de l'ambitieux personnage, rendu à ses chapelets.
Les intérêts du ciel l'occupent peut-être ; trèssûrement les intérêts terrestres l'occupent encore bien davantage.
Ne se sentant donc aucun penchant pour la retraite, il résolut de frapper à une autre porte, puisque celle du suffrage universel lui était si brusquement fermée au nez.
Et tout naturellement ce blessé, laissé pour mort, pensa à l'ambulance du Sénat.
Il avait des accointances dans la place, où le cléricalisme avait M. Dupanloup pour chef de manœuvres.
Le nommons Chesnelong devint le nommons Battur de la Chambre haute.
Cris impuissants ! Il resta encore sur le carreau. Mais quand on a l'habitude de la déftiite, . .
J'abrège les péripéties humiliantes, les marchandages piteux par lesquels dut passer l'amour-propre accommodant du candidat.
Le voilà inamovibilisé. C'est pour lui l'im-
Visaf^-es sans Masques
portant. Il est sûr de mourir quelque chose, à moinsque... Dame, vous savez... Il y a un vieux refrain qui chante :
Ni jamais, ni toujours.
C'est la devise des amours.
2"oz(;oîO'5est encore plus prétentieux en politique qu'en amour, et l'on a grande envie de demander:
— Combien de temps ça peut-il bien durer la perpétuité d'un Sénat ?
Quoi qu'il en soit, et jusqu'à nouvel ordre, M. Chesnelong est sénateur. Nous l'entendrons donc réciter de nouveau ces homélies pâteuses et interminables, qu'il apprend par cœur et qu'il débite à la façon des écoliers ânonnant leur compliment devant maman et papa.
Car vous savez, l'éloquence de M. Chesnelong est une des plus grandes mystifications de notre époque.
Mystification qui date du Corps législatif de l'empire.
En ce temps-là, la consigne était de se taire^et les médiocrités officielles observaient générale-
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ment cette consigne avec un scrupule si bien discipliné qu'on ne savait plus ce que parler voulait dire.
N'y avait-il pas un porte-voix omnibus qui s'appelait M. Rouher, et qui suffisait û la consommation ?
Or, il advint qu'un jour un nouveau monta à la tribune.
Ce nouveau, c'était M. Chesnelong, D'où venait-il? D'une boutique de charcuterie, dit-on. '
Il avait préludé à la politique par le commerce des jambons. Sa dévotion était d'abord entrée en relations avec le ciel par le compagnon de saint Antoine.
M. Chesnelong, pour la première fois, dévida des phrases pendant près de deux heures.
Les auditeurs n'en revenaient pas, habitués qu'ils étaient à leur propre mutisme.
Le lendemain, dans tout Paris, on se répétait : — Vous ne savez pas, il y a, au Corps législatif, un député qui pérore !
Tel le marchand de joujoux, faisant l'éloge de sa poupée, écrit dessus :
04 Visages sa7îs Masques
— Elle parle !
Ainsi a pris naissance la réputation d'éloquence de ce personnage creux et solennel. J'ai dit qu'il apprend par cœur. Il suffit de l'entendre cinq minutes pour en être convaincu.
Cousant bout à bout des banalités sentencieuses, ce Prudhomme apocalyptique bredouille sa leçon que lui ont enseignée les bouquins du jésuitisme.
Puis il descend majestueux. Ne se sent-il pas chargé de reliques ?
Depuis il a recommencé devant le Sénat ses exercices de mnémotechnie.
Sa pompeuse vulgarité ne vise qu'à tenir de la place.
Ne nous en plaignons pas. Tant plus longuement il parlera en faveur de l'ultramontanisme, tant mieux cela vaudra. Il est de cette race d'avocats qui rendraient insupportable la cause la plus juste, et qui endorment jusqu'à leur client.