LOUIS BLANC
N a édité et réédité trop de faciles quolibets sur la taille de Louis ^^^jk Blanc pour qu'il soit nécessaire de ^% constater sa petitesse.
lia d'ailleurs de quoi se consoler en songeant qu'on ne pourrait peut-être pas citer trois exemples d'hommes de génie ayant été remarquables parleur haute stature.
Voyez :
Napoléon I", petit; Thiers, petit ; Victor Hugo, petit.
Passons.
Louis Blanc a doublé le cap de la soixantaine.
Louis Blanc ^:)
Il a cependant, à quelque distance, conservé un aspect quasi Juvénile.
Quand on s'approche, dame, on est bien forcé de constater que l'irréparable outrage se fait sentir çà et là.
Mais il n'en est pas moins fort surprenant de conservation, ce travailleur qui s'est dépensé dans tant de luttes, qui souvent tournèrent au drame.
Le visage, soigneusement rasé, est, comme le corps, de proportions minimes.
Petit nez s'effilant du bout, bouche étroite, yeux pointus pour ainsi dire.
L'impression ressentie est sympathique, mais sans entraînement soudain.
On sent bien qu'on a affaire à quelqu'un ; toutefois on a besoin d'une plus ample information.
Ce qui n'est pas long à attendre.
Car dès que Louis Blanc parle, on est conquis tout entier.
D'une modération de forme qui égale la ténacité opiniâtre de ses idées, jamais il n'a d'exaltation véhémente.
Jamais non plus il ne cède un pouce de terrain dans une discussion, — : même intime.
Il accueille avec une courtoisie parfaite l'objection qu'on lui fait. Il écoute avec une irréprochable conscience.
Vous croyez l'avoir persuadé.
Erreur.
Doucement, de sa même voix pénétrante, il reprend sa thèse comme si de rien n'était.
La parole est recherchée, aussi bien dans la conversation que dans un débat oratoire.
On sent l'homme qui a l'habitude de se châtier la plume à la main.
Correct en tout et avant tout : dans sa tenue, d'un noir permanent; dans son style, qui défie Vaugelas ; dans son langage, qui va droit à l'expression juste.
L'esprit d'observation est chez lui plus puissant, je crois, que Tesprit de conception.
Rappelez-vous ses admirables lettres sur l'Angleterre, écrites au jour le jour pour le Temps.
Cela avait une netteté de vue que ses théories n'ont peut-être pas toujours eue au même
Louis Blanc
Comme historien, son éloge n'est plus à faire. Il sait regarder une époque, de même qu'il sait regarder une nation.
Comment, avant et par-dessu.s tous les autres, celui de Louis Blanc n'a-t-il pas été prononcé déjà, lors d'une vacance académique ?
Il serait de ceux qui referaient un prestige à l'institution, si la chose est possible encore.
Devant une telle candidature, nous ne voyons pas quelle autre pourrait avoir l'audace de se poser ou de se maintenir.
Ajoutons que Louis Blanc a, dans le grand et haut sens du mot, un talent académique entre tous.
Il serait donc chez lui sous le dôme connu.
J'ignore, en vérité, quelle objection serait à opposer à cette élection qui s'impose et à laquelle nul ne paraît jamais songer.
C'est grotesque.
Dira-t-on que Louis Blanc ne voudrait pas s'asservir à la formalité écœurante des visites, cette mendicité à domicile ?
Visages SJiiis Masques
En cela, il ferait bien.
Mais l'Académie ferait encore mieux en le nommant spontanément.
Quand on est réflecteur, il faut chercher les lumières.