M. HENRI BRISSON
"Y^ E sais quelque part, à la bibliopK thèque Mazarine, un buste ro- W^^f ^\ ^^'^^ •^^' ressemble étrangement é^JM à M. Brisson.
Je pourrais vous engager à l'aller voir. Ce qui me dispenserait d'une longue portraiture.
Mais probablement vous trouveriez un peu trop sans-gène ce procédé expéditif. Et vous auriez raison.
A moi donc, mon fidèle pinceau!
L'indiscret Vopereau nous apprend que M. Brisson est présentement âgé de...
Tiens, non. Il ne nous apprend rien sur ce
go Visages sans Masques
point, l'indiscret Vapereau, discret cette fois par hasard.
Est-ce que, par hasard, M. Brisson pousserait la coquetterie jusqu'à Jouer à cache-cache avec son acte de naissance ?
La chose me paraît peu vraisemblable, son caractère étant donné.
Ce qui ne veut pas dire que notre modèle n'ait pas le droit d'être coquet.
Tout.au contraire, il est du petit nombre des hommes politiques en général et des députés en particulier dont la tête ne semble pas avoir été sculptée dans un marron d'Inde.
Qu'on me pardonne cet aveu dépouillé d'artifice; mais la vérité me force à constater que le suffrage universel semble avoir mahcieusement voulu établir un concours de laideur parmi ses élus.
Les exceptions ne font que prouver la règle.
M. Brisson est une exception.
La tête a grande allure avec sa longue barbe flavescente, avec son nez d'une rectitude sculpturale, avec ses yeux bien enchâssés dans l'orbite et longuement fendus.
M. Henri Brisson
Malgré les..,, (diable d'acte de naissance, où le retrouver) malgré les cinquante ans (ma foi ! tant pis) du président de la Commission du budget, l'aspect de la physionomie a gardé toute sa virilité.
C'est la force de l'âge dans toute la valeur du mot.
Le teint seul a pris un peu plus de vermillon qu'il ne serait nécessaire.
Mais les lignes sont toujours fermes. Les cheveux ne s'argentent pas.
L'œil, d'un bleu intense, a conservé l'éclat d'antan.
M. Henri Brisson est grave. Il l'a toujours été.
Même à l'heure de la prime jeunesse, il était enclin à la songerie et se classait parmi les méditatifs.
L'expression de ses traits, peu faite pour le rire, est la sévérité et la résolution.
On sent qu'on a affaire à un homtiie qui ne badine pas avec les doctrines.
On sent aussi qu'il y a dans ce tempérament un entêtement de Berrichon.
Visa^-cs sans Mjsqiie'i
Il y est en effet.
Sous l'Empire, M. Brisson appartint à la rédaction de plusieurs journaux, de VAvenir national entre autres.
II figura aussi dans la tière opposition qui inaugura la lutte légale, patiente et au grand jour, par laquelle fut heureusement remplacée l'action téméraire et surannée des sociétés secrètes.
Aussi, au lendemain du 4 septembre, se trouva-t-il tout naturellement désigné pour occuper un poste dans l'administration nouvelle.
Il fut adjoint à la mairie de Paris, avec Floquet pour collègue et Etienne Arago pour maire.
Très sincèrement piocheur, il y rendit de réels services jusqu'au jour où, à la suite du 3 octobre, il jugea bon de donner une démission que nous n'avons pas à apprécier ici.
Il ne devait rentrer dans la vie militante que par la porte parlementaire.
A la Chambre, il n'a pas percé du premier coup.
Comme tous ceux dont les qualités sont plus
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solides qu'éclatantes, il resta un certain temps dans une sorte de pénombre.
On appréciait, dans le travail des bureaux, son concours intelligent. Au grand jour des séances, il ne prenait pas le relief attendu.
Vous savez comment peu à peu il est arrivé à occuper une des places les plus en évidence du Parlement.
Son rapport sur le procès du Seize-Mai a achevé de le mettre en pleine lumière.
Nous ne nous lancerons point dans des considérations de politique transcendante sur le rôle que M. Brisson a joué en ces derniers temps et qu'il parait destiné ù jouer encore.
Les événements sur ce point parlent toujours plus vite et mieux que le commentateur.
Deux mots seulement de M. Brisson, orateur.
Le débit, conséquent avec la personne, est froidement solennel.
Il a l'accent de la conviction sans avoir toujours l'élan nécessaire pour faire passer tout de suite cette conviction dans l'esprit de l'auditeur.
M. Brisson est plus apte, croyons-nous, aux revendications de principe qu'aux habiletés de tactique.
Il est un peu tout d'une pièce, et rompra plutôt que de plier.
C'est à la fois un éloge et une critique.
La politique est, à bien prendre, la science du relatif.
Toutefois, nous avons assez de gens qui cultivent à outrance ce relatif-là pour nous féliciter de posséder aussi quelques hommes dont la rectitude quasi mathématique empêche le zigzag de devenir trop à la mode.