M. HEROLD
E ne vous cacherai pas que ce qui me charme particuHèrement dans ce portrait, c'est.,, avant tout d'avoir à le faire.
Hérold est préfet de la Seine, c'est
donc que M. Ferdinand Duval ne l'est plus. Et je m'en réjouis, car M. Ferdinand Duval
était bien le fonctionnaire le plus solennellement
prétentieux, le plus...
Ne poussons pas plus loin le Malheur aux
vaincus!
, M. Hérold (Ferdinand aussi) est — chacun sait
ça — le tils de l'illustre compositeur qui, à mon
humble avis, est tout simplement le chef Je l'école française.
Ayant perdu son père à cinq ans, il a voué à sa mémoire un culte qui s'est tout d'abord traduit par la carrière qu'embrassa ce fils respectueux.
Il n'eut garde, en etîet, de marcher aventureusement sur les traces paternelles, ne se souciant nullement de jouer les Louis Racine de la musique, et de faire remorquer par la gloire du grand Hérold la médiocrité d'un héritier dégénéré.
Au sortir du collège, après de solides études, M. Hérold opta pour la profession d'avocat.
On dit qu'elle mène à tout. En voilà encore une preuve.
Sous l'Empire, le jeune porte-toque fit partie de cette pléiade vaillante qui sut discipliner l'opposition et attaquer à coups d'armes légales.
Il était avec les Ferry, les Durier, les Hérisson, les Clamageran et tant d'autres opposants redoutables qui, la loi à la main, disaient à l'arbitraire impérial :
— Tu n'iras pas plus loinl
M. Hérold 97
Le 4 septembre fit de lui un secrétaire général du ministère de la justice, puis un ministre de l'intérieur par intérim .
Il fut aussi secrétaire du gouvernement avec Dréo et Lavertujon.
Puis, après avoir passé par le conseil municipal, il arriva au Sénat.
Et voici qu'il débarque devant l'escalier d'honneur du Petit-Luxembourg.
Soyez le bienvenu, monsieur le préfet.
Soyez le bienvenu, parce que vous serez, vos antécédents en répondent, l'homme du droit et du devoir.
Et ce n'a pas été absolument la règle générale à la préfecture de la Seine.
Ce qui doit aussi faire applaudir à ce choix, c'est que M. Hérold— chose rare! — a une compétence spéciale pour les fonctions qu'il va exercer.
Il saura son métier, comme on dit.
Que de préfets n'en pourraient pas dire autant!
La tête de M, Hérold est une bibliothèque administrative.
Dans chaque case de son cerveau est logée toute une collection d'arrêtés, de décrets, d'ordonnances et de règlements sur telle ou telle branche du service.
On n'a qu'à poser la question, et déjà la réponse est faite.
Plus d'une fois ses amis ont joué de cette étrange mémoire, par pure distraction.
— Hérold, demandait-on , en quelle année y a-t-il eu un arrêté sur le balayage des trottoirs ?
Et Hérold de réciter :
— Balayage... 27 textes divers émanant de... Le premier datant de Louis XVI, abrogé par...
Et ainsi de suite.
Avec cela le sens critique pour comparer, juger et conclure.
Plus une fermeté courtoise, la meilleure de toutes.
Au physique, un quinquagénaire allègre, bien qu'assez volumineux.
Le teint est vivement coloré, les cheveux grisonnants.
Beaucoup de malice dans la bouche et de
M. Hérold
pétillement dans ce diable de petit œil qui s'allume à en faire fondre le métal des lunettes derrière lesquelles il flamboie.
Il promet, je crois, plus qu'il ne tient sous ce rapport ; car M. Hérold me paraît avoir remplacé les ardeurs juvéniles par une maturité réfléchie.
On a créé à l'usage des dames l'expression : Beauté piquante.
M. Hérold serait plutôt une laideur piquante.
Et sympathique aussi .
Car dans ce large et carré personnage, on sent une droite nature et une intelligence de choix.
A la Préfecture, il a trouvé une rude besogne, et s'il veut la mener à bien, il faudra qu'il achète un rude balai.
La poigne semble de taille à le manier.