M. EMILE ZOLA
E Style, c'est l'homme, a dit Buffon.
N'ya-t-ilpasdescasoùl'on pourrait dire : l'homme, c'est le style.
J'imagine que M. Zola s'étant regardé dans une glace et ayant vu cette tournure lourdaude, cette triviale massivité dont la nature lui fit le fâcheux cadeau, a dû s'adresser à lui-même cette réflexion :
— Non, jamais, tel que je suis, je ne pourrai sacrifier aux grâces.
La distinction le fuyant, il s'est réfugié dans la vulgarité, de parti pris.
L'aspect du trop célèbre auteur de VAssom-
M. Emile Zola
moir n'appelle pas la sympathie; dire qu'il la repousse serait aller trop loin.
La vérité est qu'on ne prendrait même pas garde, si l'on n'était prévenu, à ce gros bourgeois insignifiant et velu qui répond assez bien comme signalement à la formule d'un bon toi seur-vérificateur ou d'un courtier à la halle aux grains.
Quand M. Zola cause avec des indifférents, il se fait simple et familièrement banal.
Mais dès qu'il se sent observé par un confrère, il faut (pardon du mot) qu'il épate la galerie; il prend posture d'officiant et s'absorbe dans la contemplation de son nombril.
Où il faut l'entendre, pour bien faire le tour de 'son incommensurable vanité, c'est dans le salon de son éditeur, métamorphosé en chapelle pour le culte de saint Naturalisme.
Comme on pense à la légende de Gavarni :
— Ego! Ego! Tous Ego!
L'encensoir mutuel. Le Panthéon a compartiments. Il ne devrait pas y avoir de chaises dans le mobilier. Il ne devrait y avoir que des piédestaux.
Dessus, les idoles. Autour, les fidèles, à genoux.
M. Emile Zola, ironie du hasard, débuta dans la vie littéraire comme répartiteur des réclames de la maison Hachette.
A-t-il dû souffrir, mon Dieu! toutes les fois qu'il lui fallut libeller une annonce célébrant les mérites des œuvres d'autrui !
Tantale ne pouvant pas manger, et voyant, que dis-je ? faisant manger les autres?
Être chargé d'organiser le succès du prochain quand on ne croit qu'au sien, quelle torture !
L'habitude est une seconde nature, prétend le proverbe.
Le fait est que, dans les préfaces dédiées par M. Zola à sa propre gloire, on retrouve le réclamiste d'antan.
Ce qui se lit sur la physionomie du père de Bouton-de-Rose , c'est l'opiniâtreté.
M. Zola représente assez exactement le bœuf qui sous le joug tire, cou tendu, la charrue et creuse le sillon. C'est une qualité cela. Il a la faculté du travail obstiné. J'allais écrire : implacable, en pensant à ses lecteurs.
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Pour tout observateur, il est bien évident que si Balzac n'avait pas existé, jamais M. Zola ne se serait inventé tout seul. On sent que cette filiation l'exaspère, malgré un respect apparent.
Il voudrait n'avoir pas d'ancêtres, tout comme il prétend n'avoir pas de continuateurs.
Il se croit à la fois le commencement et la fin de la littérature française. L'alpha et l'oméga !
En réalité, même Balzac à part, il n'est qu'un réaliste à la suite. Il n'a pas créé, il a imité. Il n'a pas donné l'impulsion, il a suivi le mouvement.
M. Flaubert, avec une bien autre puissance de plume, ne s'était-il pas complu à ciseler Tulcère d'un mendiant dans Madame Bovary?
Et puis , ce qui désintéresse complètement dans le cas de M. Zola, c'est que, vrai, pour un chef d'école, il n'opère pas assez lui-même.
Je ne parle pas âC Une page d'amour, où il a été pris par M. Ulbach en flagrant délit de casanovisme.
Mais, même pour V Assommoir , qui sont ses Huguenots à lui, pour Y Assommoir, son Ben-
Visaf^es sans Masques
jamin de prédilection, comment a-t-ii pu souffrir qu'il fût l'enfant de plusieurs pères?
On a cité à ce propos un joli mot :
— Est-ce que M. Zola se dirait naturaliste, parce qu'il empaille les oiseaux tués par les autres?
Le fait est que lorsqu'on prétend se poser en réformateur, il faut tirer tout de son propre fond. C'est bien le moins.
M. Zola se pique d'observation, et ce n'est pas lui qui regarde.
Il s'en va prendre dans le livre d'un ancien contre-maître tous les détails techniques de la démoralisation ouvrière.
Il écrit son voyage à travers les misères sociales en se promenant à travers les pages d'un livre voisin, semblable à Méry, qui décrivait la Floride avec le Dictionnaire de la conversation.
Mais Méry ne s'est Jamais dit que poète. Ce qui n'est pas dans les moyens de M. Zola.
Voulez-vous que je résume mon opinion d'un mot?
Le zolaïsme, c'est le vieux procédé qui con-
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siste à couper la queue de son chien pour attrouper les badauds.
Seulement, cette fois -ci, le chien est en carton.