JOHANN STRAUSS
N des galops favoris du maestro cidessus dénommé s'intitule Vif-ar-
^^^^^^ C'est presque une signature que ce titre-là.
Il y avait dix ans que Paris n'avait revu le musicien chéri des Viennois quand ses pièces nous le ramenèrent. Dix ans 1 Un siècle! Que d'écroulements depuis lors !
Lui est resté debout et intact. Pas une ride ne s'est creusée dans ce buisson de barbe et de chevelure. Les ressorts d'acier de ce tempérament saccadé sont toujours tendus avec une égale vigueur.
Johann Strauss i55
Aurait-il trouvé le secret du mouvement perpétuel?
Car vous n'ignorez pas que Johann Strauss, conduisant son orchestre, c'est le delirîmn de la valse, c'est le possédé de la polka.
Tout en lui se démène, se contourne, s'exaspère dès les premières mesures.
Il ne dirige pas seulement un morceau, il le décrit en quelque sorte avec son corps.
Si la phrase est langoureuse et caressante, son torse ondule comme un serpent. Si la phrase est vigoureuse et rhythmée, son pied frappe le sol comme pour forger la mélodie. Si la phrase devient ample et majestueuse, ses bras ont l'air de s'étendre pour envelopper d'un coup les cent vingt musiciens.
Les blagueurs trouveront peut-être qu'avec ces trépidations convulsives et ces attaques de violon épileptique, Johann Strauss fait penser aux frères Conrad, les virtuoses du Cirque.
Que lui importe? Il est ce qu'il est. Il ne se manière pas: il s'emballe sincèrement. La valse est grande, et Strauss est son prophète. L'estrade est pour lui un trépied.
l'G Visap-e<; sa>is M.isqiies
Les pythies aussi étaient les clowns de la foi.
En vérité, je vous le dis, cet homme est un croyant et un fervent. Là est précisément le secret de son infatigabilité. Est-ce que le soldat prend jamais des courbatures un jour de bataille ?
La vie de Johann Strauss est un assaut perpétuel. En avant, arch...et I
Et, de fait, à cet assaut-là, il a contracté une raideur toute militaire.
L'habit noir, sur son dos, prend des airs d'uniforme. On serait presque tenté de Tappeler le général en chef de la danse.
Par exemple, ce qui n'est pas réglementaire du tout, c'est la sauvage indiscipline de ses cheveux et de sa barbe.
A.U milieu de ces noires broussailles, les traits font l'effet d'un masque noyé dans un bonnet à poil.
Nature étrange, toute d'inspiration, de spontanéité, d'indépendance.
Un tsigane arrivé !