‹ Visages sans masquesChapitre 34 sur 58 · OLIVIER METRA · texte numérisé non relu

OLIVIER METRA

vEZ-vous VU la mer un jour de tern- ^1 pête ? L'avez-vous revue, le lendemain, par une accalmie ?

Oui ? Eh bien ! moins grande dissemblance entre ces deux aspects de l'Océan que n'est la différence entre les deux musiciens que les bals de l'Opéra accouplèrent un Jour.

Je vous ai dit le premier. Je vais essayer de vous décrire le second.

On a prétendu que tout visage humain a son analogue dans le monde des animaux.

Pour moi, la figure de Métra, c'est le museau de la souris, moins la vivacité du regard.

Il y a dans ce type quclquj chose de grisâtre et de poussiéreux.

Les cheveux s'argentent ; le teint est fatigué. L'œil vague a toujours l'air de regarder sans voir.

La démarche languit. C'est le nonchaloir de la rêverie à côté de la fièvre de l'action.

Le vif-argent dont je parlais à propos de Johann Strauss, a l'air d'être remplacé, dans les veines de Métra, par du haschisch en fusion.

Mais ce songeur est un voyant. Sa pupille incertaine a des lucidités intérieures. S'il n'a pas l'air d'écouter ce qui se passe autour de lui, c'est qu'il entend chanter en lui même des harmonies mystérieuses.

Olivier Métra, qu'on ne s'y trompe pas, est un vrai musicien, à qui il n'a peut-être manqué que l'occasion pour devenir un grand musicien.

Si cette carrière-là n'a pas abouti plus loin, c'est qu'elle a trop flâné au début, faisant la bohème buissonnière.

iMûrger, contemple ta victime!

Une victime qui en a appelé. Dieu merci ! et à temps.

Olivier Métra i S)

Apres avoir végété dans les bouibouis chorégraphiques, ce maître est mis enfin en pleine lumière et au premier plan.

Il y prouvera qu'il est encore supérieur à cette heureuse fortune.

Avec Métra, la musique de danse française s'est transformée. Le père Musard, de balocheuse mémoire^ l'avait encanaillée.

Avec lui, elle se dégingandait en un chahut frénétique. Avec Métra, le cancan lui-même se débraille en homme du monde.

On entendait dans les quadrilles de Musard clapoter les ruisseaux de la Courtille. Dans les quadrilles de Métra, on n'entend jamais que glouglouter la bouteille de Champagne.

Je le répète : Métra n'a pas donné sa mesure, même dans Yedda.

La donnera-t-il ?

En attendant, je le résume en cette devise :

« Qui peut le plus fait le moins. «

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