MONSIEUR RICHARD WAGNER
h! oui, appelons-le monsieur; car Richard Wagner tout court pourrait donner à cette immense et sotte vanité la satisfaction de croire qu'elle a conduit son homme à la célébrité. Ce qui n'est pas yjai.
Elle ne l'a mené qu'à la notoriété, qui est aussi bien le partage des Mangin ou des Tropmann.
M. Wagner est, à l'heure présente, un sexagénaire mal conservé.
— Ce satané X... ! disait Alexandre Dumas en rencontrant un bonhomme à prétention ; il ne change pas.,. Toujours vieux!
Monsieur Richard ^^^af;JlCl• i6i
M. Wagner, lui non plus, ne change pas. Toujours laid.
Vous avez vu, aux vitrines des photographes, cette figure anguleuse qu'enveloppe un collier bourgeois de barbe grise.
Les dominantes de cette physionomie sont la convoitise traduite par une bouche avide et tourmentée; puis la haine que reflète un regard métallique et insociable.
La haine contre tout ce qui s'élève.
On a raconté souvent l'histoire de ce ténor qui pâlissait de rage, quand on applaudissait une danseuse.
M. Wagner est de cette pâte, qui n'est pas la bonne.
Oh ! non !
Il est jaloux de tous les musiciens , cela va de soi, de tous les poètes aussi, puisqu'il prend les mirlitonades de ses livrets burlesques pour de la poésie.
Mais il est aussi jaloux des architectes, des peintres, des sculpteurs, des bottiers, des... de tout ce qui a, parbleu ! un semblant de vogue.
Quoi d'étonnant, dès lors, à ce qu'il ait été Ja-
Visa^^és sans Masaues
bax de Paris? (^iioi d'étonnant à ce qu'il ait éprouvé le besoin do déverser son tiel sur la ville qui est restée rebelle à la wagnerolatrie ?
Avant de préten ire révolutionner la musique, M. Richard Wagner a prétendu révolutionner l'Allemagne.
En ce temps-là, le farouche démocrate ne pensait pas à devenir le plat courtisan des princes qui honorent ses cacophonies de leur aumône.
Je me trompe. Il y pensait peut-être ; mais il ne le laissait pas voir.
La preuve, c^est qu'il fut condamné à mort pour cause de démagogie insurrectionnelle.
C'est dans ce Paris sur lequel il devait baver plus tard qu'il s'en vint chercher un asile.
Il l'y trouva, cela va sans dire.
Il l'y trouverait même encore aujourd'hui, si les Bavarois, un peu connaisseurs en musique, se soulevaient pour expulser ce charlatan en doubles croches.
Paris n'a pas de rancune pour les Wagner qui déposent des incongruités à ses pieds.
D'où vient à ce Richard, qui ne sera Jamais le roi de rien du tout, l'idée de s'établir composi-
Monsieur Richard W'as^ner
teur de Pavenir ? J'ose croire que votre perspicacité ne le demande même pas.
L'homme se tâta et sentant sa médiocrité, comprit que jamais, s'il marchait dans la voie suivie, il n'arriverait à faire connaître son nom, dominé par les grandes ombres des maîtres.
C'est pourquoi il bifurqua : se Jetant dans la traverse, il se dit que là, du moins, il ne serait pas gêné par le côte à côte des génies.
Et puis il compta (il n'avait pas tort), sur le badaudisme cosmopolite.
Boileau l'a dit, il y a longtemps :
Un sot trouve toujours...
Vous savez le reste.
Soyez un travailleur sincère, convaincu, modeste, nul ne prendra souci de vous.
Soyez un puftiste, on fera cercle tout de suite.
M. Wagner dressa des tréteaux devant sa porte et y fit la parade.
On s'est arrêté.
Et voilà que les écus ont plu dans son escarcelle. Voilà qu'il dérange, pour sa mince personnalité, toute la critique de l'Europe !
Pitié!
Mais attendons la fin.
Quelqu'un a défini M, Wagner :
— Barnum sur le Sinai !
C'est le premier et le dernier mot de ce mystique blagueur.
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