‹ Visages sans masquesChapitre 36 sur 58 · M. MEILHAC · texte numérisé non relu

M. MEILHAC

N simple homme d'esprit qui n'a

as encore soncre

léginérer la { à) France et à lui fabriquer des consti- ^<g^ tutions de rechange.

Ce qui d'ailleurs est une preuve de plus de l'esprit que nous lui attribuons.

M. Meilhac a parfois Jeté un anneau à la mer pour désarmer le courroux céleste qu'une trop longue persistance de succès déchaîne, dit-on.

L'anneau s'est appelé Samuel Brohl ou Nanj^. Comme jamais on n'est plus près du beau temps que quand il pleut, Jamais il n'a été plus près, à notre sens, du succès définitif qu'il obtiendra, nous en sommes persuadé, sur une scène de premier ordre.

Visages sans Mûsaues

Car il y a mieux que l'étoffe d'un amuseur dans le délicat qui a écrit l Autographe.

Mais que voulez-vous? On est pris dans l'engrenage de la vogue. On a des commandes, on les exécute.

Est-ce la faute de Meilhac si le public a tenu à enrichir les fabricants de Belles Hélènes et de Grandes-Duchesses ? Il s'est laissé faire... qui aurait eu le courage de résister ?

Ne vous y méprenez pas du. reste. Il y a toujours dans ces bouffonneries quelques détails où se révèle l'originalité du raffiné. Il y a toujours le je ne sais quoi d'un maître.

On peut rire de tant de façons, depuis le gros éclat du rustaud jusqu'au sarcasme aiguisé par Houdon sur les lèvres de Voltaire !...

Au physique M. Meilhac a plus d'un des caractères qui sont communs à tous les caustiques. Ses traits ont ce fouillis, si l'on peut ainsi parler, qu'on nomme Tempreinte de l'ironie.

L'œil caché profondément sous l'orbite semble vouloir se dissimuler pour observer plus à l'aise les ridicules d'alentour.

Un brin de moustache au-dessus de la bouche,

M. Meilhac 1C7

comme pour masquer les grimaces que provoquent les sottises humaines.

Le teint pâle qu'on retrouve neuf fois sur dix chez les railleurs.

Avec les étrangers et les indifférents un abord de glace. Peu d'expansion d'ailleurs , encore moins de bavardage.

Pourquoi se dépenser pour le premier venu?

Ce n'était pas chose facile, avec une attitude tenant ainsi les gens à distance, que de ne pas déchaîner des jalousies féroces.

M. Meilhac y a réussi.

Il est, non pas à la tête de la popularité qu'avait conquise par sa bonhomie le pauvre Thiboust, mais tout au moins jugé plutôt avec sympathie qu'avec parti pris d'hostilité.

Hé ! hé !... qui sait si ce n'est pas précisément parce qu'il fuit la camaraderie.

On vous tape sur le ventre le premier jour. Le second l'envie vient de vous taper sur le dos.

Je l'ai dit, M. Meilhac est un habile. Je crois qu'il sait faire le scénario de sa vie aussi bien que le scénario d'une pièce.

Et je l'en félicite.

Vis.Tges sans Masques

Je le félici.e aussi de n'avoir jamais, comme certains^ demandé le succès au scandale politique, à l'exploitation des actualités malsaines et des rancunes peu dignes.

Il est et reste auteur dramatique sans se faire pamphlétaire théâtral.

Bon courage et bonne chance ! Un homme de sa valeur n'a pas dit son dernier mot.

J'espère le revoir aux Français.

Ses échecs n'ont prouvé nullement qu'il visait mal, mais qu'il avait tiré avec un fusil qui ratait.

COCIUELIN aîné

oquelin d'acier ! Avec une apostrophe, s'il vous plait.

Car je ne veux pas faire allusion T^*" à un des rôles du comédien, je veux définir sa nature d'un ressort si puissant.

Je puis, malheureusement pour mon extrait de naissance, me souvenir des débuts de Coquelin, et de la stupéfaction que produisit sur les vieux habitués du Théâtre-Français l'apparition soudaine de cet intrus de vingt ans, qui, du premier coup, prit possession en maître du rôle de Figaro.

Nez au vent, voix déployée, il entra en vainqueur dans la place enlevée d'assaut, alors que

tant d'autres en continuent inutilement le sicge pendant des années.

On peut dire, du reste, que, dès ce soir-là, il se fit deviner tout entier.

. Il n'a été, depuis lors, que la conséquence de lui-même, jusqu'au jour où il lui a plu d'aborder les rôles dramatiques et de doubler sa gloire en dédoublant son talent.

Rude partie. Jouer sur une carte la réputation conquise ; aller au-devant des colères de ces routiniers qui prétendent parquer un homme dans le terrain étroit de son premier succès ! C'était de la témérité.

Ce ne sera jamais un sentimental dans le sens bourgeois du mot. Son clairon ne donnera jamais des notes de violoncelle; mais il est déjà et sera, tant qu'il le voudra, l'homme des rôles ardents, où la passion s'impose en se contenant.

Pas de grands gestes du genre boulevard, pas de vociférations convulsives ; mais la note vraie, poignante, vibrante.

J'ai parlé d'acier en commençant. La diction de Coquelin fut parfois, dans le drame de M. Lo=

Coqiielin aîné

mon, pénétrante comme une lame de poignard dont le froid engendre les fièvres.

Ce qui ne l'a pas empêché de rester aussi l'alerte et incomparable comique.

Condition merveilleuse que celle d'un acteur qui peut tous les soirs changer de bravos.

M"^ REICHEMBERG

%"Z ''Tr'-Jt^ ^^^ ^^^ blonde comme les ble's, avec /■; \-ku l^- ri Jeux yeux qui ont l'air de mettre des bleuets dans ces blés-là.

&&- ^^-^ Ce n'est pas une ingénuité, c'e^t

l'ingénuité.

L'argot théâtral a fait de la candeur une profession. Mais ça se voit tout de suite, celles qui ne sont candides que par métier.

Tenez, la légende chroniquante a perpétué et propagé une anecdote dont les nouvelles à !a main se sont plus d'une fois régalées.

La scène se passe devant une police correctionnelle quelconque.

M"« Reichemberg lyS

Le président interroge le prévenu :

— Votre profession ?

— Velouteur de pêches.

Et de rire.

Au théâtre, cette fttntaisie devient une réalité. Les ingénues professionnelles sont précisément les demoiselles qui passent leur temps à donner à leur pêche un velouté artificiel.

La pêche de M"* Reichemberg est veloutée d'elle-même.

Son talent, en prenant de l'aplomb et de la science, n'a rien perdu de sa primeur.

L'expérience n'a pas supprimé la nature.

Voilà pourquoi elle reste la première.

Vous l'avez vue, dans l'Ami Frit^. Dites-moi, je vous prie, si Suzel n'est pas irréprochable ?

Ilest si terriblementdifiicile, danscetemploi-là, de ne pas verser dans le maniéré et le convenu ! La minauderie est toujours là qui guette sa proie. Avec un rien de trop, le rourire devient grimace.

Reichemberg, dans cette création merveilleuse, a échappé à tous ces écueils.

Vous la rappelez-vous, traversant la scène au

ly^ Visages sans Masques

premier acte et saluant Fritz,lemaîtrede la ferme, qui deviendra le maître de son cœur ?...

Tout un poème que la respectueuse et charmante gaucherie avec laquelle elle s'incline à demi et tourne devant la table en semblant reculer devant le pressentiment de son amour futur...

Ah ! grand Dieu ! je vois d'ici les malheureuses fillettes qui, en province, essayeraient de parodier ce jeu de scène-là ; où Reichemberg a été adorable, elles seront ridicules.

Pourquoi ?

Expliquez donc le pourquoi de ces trouvailles, qui font ensuite de toute imitation une parodie.

Et, c'est qu'il n'y a pas à dire, il était doublement difficile d'être la poésie dans la prose.

Et c'est ce qu'il fallait dans ÏAmi Frit^, où les images qui , d'ordinaire, enveloppent les nuages, sont remplacées parla fumée de la choucroute brûlante.

Mais Reichemberg n'avait pas à être embarrassée, en raison de cette sincérité que j'ai constatée déjà.

Son mérite, c'estprécisément d'être l'idéal réel

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