DUMAINE
NCORE un convaincu. Encore un vertueux de nature.
Il n'est pas besoin d'ajouter, n'estce pas, que je ne regarde jamuispar la plus petite fissure de la vie privée, et qu'il ne s'agit ici que de vertu théâtrale. Quelque effort que Dumaine fasse, Jamais je ne le pourrai prendre au sérieux dans un rôle de méchant.
C'est l'homme des dévouements superbes et des sauvetages intrépides.
Un héros de Terre-Neuve.
Sa voix n'a pas l'éclat métallique de la voix de Mélingue, son devancier.
Celle-ci sonnait comme un clairon-, celle-li
module avec des sonorités sentimentales de violoncelle.
Avec cet organe-là, on ne peut pas être capable de faire en scène du mal à une mouche.
La qualité maîtresse de Dumaine, c'est l'autorité.
Dans son emploi, on en impose d'ordinaire. Lui, impose.
Le public n'est pas sa dupe. Il est son ami. Spécialité : engraisse et maigrit tour à tour, comme pour raviver la curiosité par les jeux de l'obésité et du hasard.
Le Paganini de l'embonpoint joue de son ventre comme l'autre joue du violon.
En somme, aurait tort de trop se plaindre de sa carrure.
Elle me semble faire partie de son talent, qui est en large, ainsi que sa personne.
Celui de Mélingue, déjà nommé, était, au contraire, en long, comme son individu.
D'où il résultait que Mélingue était un acteur tranchant, tandis que Dumaine est un acteur contondant.
Si je voulais jouer avec les mots, j'ajouterais
Dumaine
que Mélingue était un officier de l'art, et que Dumaine en est l'officiant.
Mais M. de Tillancourt serait capable de m'intenter un procès en contrefaçon.
Mettons que je n'ai rien dit.