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LAROCHELLE

N l'an de grâce 1 8. . (inutile de préciser) la salle Chantereine existaiten-

Ce rendez-vous d'artistique compagnie, cette succursale de la Tour-d'Auvergne, ce gymnase des débutants et des débutantes était installé rue de la Victoire, au fond du corridor, la porte à gauche.

Quand on avait franchi les ténèbres du couloir, on se trouvait dans un petit bouiboui grand comme la main, oîi les néophytes montaient des parties (c'est le terme consacré), pour essayer leur force ou plutôt leur faiblesse.

On envoyait des billets à tous les amis. On

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composait une affiche mélangée de Molière, de drame, de tragédie et de vaudeville. Et en avant la musique!,., orgueilleusement représentée par un piano, dont le titulaire devait palper quelque chose comme un franc vingt-cinq centimes par représentation.

C'est là que je vis Larochelle pour la première fois.

Mon Dieu ! je vous assure que, rotondité à part, le jouvenceau d'alors était textuellement l'homme d'aujourd'hui.

Même figure imberbe, même pince-nez toujours à cheval, même menton carré par la base, mêmes yeux pétillants, même conversation pétulante.

Larochelle , quoique jeune , était une des étoiles de Chantereine. Ces dames se Tarrachaient... oh! pas de perfide interprétation... se l'arrachaient pour le faire jouer à leur bénéfice.

Cela non-seulement à cause du talent très-réel qu'il montrait déjà, mais aussi parce que Larochelle à lui tout seul était presque une troupe,

Quand besoin était, il faisait successivement fonction de metteur en scène, de souffleur, de

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machiniste. Il donnait, aux répétitions, la réplique dans trois rôles différents, prenant tour à tour la voix du père noble ou la voix flùtée de l'ingénue.

Protée-Maître-Jacques !

Ces débuts laborieux n'étaient qu'un prélude. Ah ! l'on peut dire que celui-là a trimé pour arriver à la situation qu'il a si justement conquise.

Après avoir passé à l'Odéon, Larochelle débuta dans la carrière directoriale par Montparnasse et la banlieue de la rive gauche.

Il vécut là, pendant plusieurs années, les derniers chapitres du Roman comique^ trimbalant le même soir sa troupe de Grenelle à Saint-Cloud, de Saint-Cloud à Saint-Marcel, jouant lui-même huit ou dix actes sur une étendue de quinze à vingt kilomètres.

Cluny fut sa première étape de repos, et Paris commença à s'occuper de cet imprésario inattendu, qui avait fait un sort à une salle aussi antipodesque.

Trouver moyen de réussir dans un sous- Odéon? C'était un miracle. On admira. Vous savez le reste.

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Depuis, Larochelle, à qui ces pérégrinations d'autrefois avaient laissé des goûts de colosse de Rhodes, se tint en équilibre, un sac d'écus dans chaque main, un pied sur le faîte de l'Ambigu, un autre sur le faîte de la Porte-Saint- Martin.

Comme si cette multiple besogne ne suffisait pas à son insatiable activité, il a trouvé moyen, par-dessus le marché, de panacher son existence de quatre ou cinq heures de roulement quotidien.

Habitant Meudon hiver comme été, il a fait quelquefois quatre voyages de Seine en Seine-et- Oise, et vice versa.

S'il lui reste par hasard, entre deux répétitions, six rendez-vous, dix conférences avec les auteurs, les décorateurs, les censeurs, etc., s'il lui reste un moment de répit inattendu, il se précipite vers la gare Montparnasse, va jusqu'à Meudon, embrasse ses enfants et reprend le train cinq minutes après.

Aussi personne n'est-il plus connu que lui des employés du chemin de fer.

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Quand il passe, le moindre graisseur lui porta arme avec sa palette à graisse.

Quand trouve-t-il le temps de dormir? Je l'ignore.

Le train de minuit quarante, à travers brume, bise, neige et frimas, le déverse dans son lit vers une heure et demie du matin.

Quelquefois, le premier train le ramène.

Il n'a pas l'air de s'en porter plus mal. Au contraire.

Son vrai soleil, c'est la rampe. Impossible de rester vingt-quatre heures sans voir un portant, sans entendre craquer les planches sous son pied alerte.

Il vient pourtant de faire une fausse sortie. Mais je vous le prédis, jamais Larochelle ne se retirera. Gela équivaudrait pour lui à un suicide.

Faut-il maintenant, pour terminer, apprécier la valeur de celui pour qui ces mots : l'intelligent dii^ecteur, sont devenus un cliché ?

A qaoi bon les redites?

Un philosophe a dit :

Larochelle

— La fortune se venge tôt ou tard de ceux qui l'ont violée.

Larochelle n'a rien à craindre de cette vengeance-là.

Il n'y a eu ni viol, ni surprise dans son cas ; il a eu assez de peine à la conquérir pour qu'elle lui reste fidèle.

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