‹ Visages sans masquesChapitre 4 sur 58 · LEON SAY · texte numérisé non relu

LEON SAY

-fp^:^f) i"s personnes qui fréquentaient sous '^?\ l^5i/'V' l'empire le Corps législatif, si piteusement décédé plus tard, pouvaient -M^ être à peu près sûres de rencontrer tous les jours, au bout de leur lorgnette, une figure largement épanouie, qui faisait masse par sa rondeur dans la tribune des journalistes.

Cette figure, qui était celle de M. Léon Say, alors syndic de la corporation, ne s'est, ma foi, pas beaucoup modifiée depuis lors.

Ce sont toujours les mêmes yeux un peu à fleur de tête [boôpis, dirait le grec), laissant transparaître une bonhomie, non dépourvue d'un arrière-goût de malice.

Visag-es sans Masques

C'est toujours la même ampleur de joues et la même abondance de mentons, avec une moustache en brosse faisant centre dans cet ensemble charnu.

Ce sont toujours les mêmes cheveux (à peine ont-ils un brin grisonné) dont la roideur, ignorante du fer, ne reconnaît d'autre maître que le ciseau du hciir ciitting.

De loin, de très-loin, M. Léon Say rentre dans la série des types dont Balzac est le modèle accentué.

Avec bien moins de relief, par exemple, et bien moins d'irrégularité aussi.

La tête de Balzac semblait tailléeà grands coups par le couteau d'un bûcheron de la Forêt-Noire.

Celle de M. Léon Say aurait plutôt l'air d'avoir été faite par un tourneur qui en a adouci les angles.

Ce qu'est le visage, le tempérament de l'homme l'est aussi.

Pas d'angles... prémédités. Ce qui n'empêche pas l'énergie de la résistance, quand il s'a-îit de défendre sa dignité et ses convictions,

M. Léon Say qui répugne à l'offensive, aura

Léon Say

toujours, sur la défensive, cette attitude résolue que donne une vraie honnêteté.

Car voilà la qualité maîtresse de celui dont nous esquissons la physionomie.

Il est honnête avant tout.

Pas à dédaigner cela, surtout en la personne d'un ministre des finances.

Il est simple aussi.

Nul ne soupçonnerait dans ce passant, d'allures débonnaires et exemptes de toute pose, un millionnaire ayant toutes sortes de pignons sur rue.

Dans la tribune des journalistes dont je piirlais en commençant, il était certes le moins raffiné et le moins apprêté de tous.

Et pourtant Dieu sait si les millions étaient des habitués de cette tribune-là!

Une rareté encoreà signalera l'actif de M. Léon Say, c'est qu'il connaît les choses dont il s'occupe.

Un ministre des finances qui est financier! Presque un phénomène!

M. Léon Say a, derrière lui, une solide éducation économique et des études qui lui assurent.

Vis.Ti^^es sans Masques

en ces questions, une compétence exceptionnelle et de race.

Il faut, en vérité, vivre à une époque d'însenséisme comme la nôtre, pour voir un homme d'un esprit aussi modéré et aussi pondéré accusé de démagogie par les déclamateurs officieux du monarchisme.

Si la conciliation n'existait pas, M. Say l'aurait inventée.

Mais ne pas confondre la conciliation avec la pusillanimité!

Relié par ses attachements de famille au principe de la monarchie constitutionnelle, M. Léon Say n'a pas voulu dire :

— Périsse la France plutôt que mes doctrines !

Et il s'est rallié à la République. Un mariage de raison qui est en train de devenir un mariage d'inclination.

Comme orateur, c'est sur les modèles anglais qu'il vise à se régler.

Pérorer n'est pas son fait.

C'est un causeur d'affaires qui s'entend parfaitement à élucider en vertu de l'axiome : Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement.

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Ah ! si nous n'avions que des gens qui, comme lui, parlent pour dire quelque chose !

Au résumé, une carrière politique qui n'a pas de recoins ténébreux; un esprit ami de la lumière, parce qu'il n'a rien à en redouter.

L'ancien régime avait ses grands seigneurs, l'heure actuelle, je l'ai dit, a ses grands bourgeois.

M. Léon Say est de ceux-là.

Sa devise devrait être :

Qui va droit va loin.

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