‹ Visages sans masquesChapitre 6 sur 58 · M. BARDOUX · texte numérisé non relu

M. BARDOUX

-V] K prends mes modèles dans l'ordre ^A où l'actualité me les fournit, et sans 5-j'^(i[ me préoccuperaucunement de leurs

titres et qualitéshonorifiques.

Si c'est un ministre qui, aujourd'hui, pose devant mon objectif, c'est que ce ministre tient une large place dans les événements du jour.

M. Bardouxest, à l'heure présente, un homme d'une quarantaine d'années.

Mince de corps, modeste d'allure, il n'est pas de ceux qui cherchent à rendre leur importance encombrante et bruyante.

Il s'effacerait plutôt de parti pris; mais sans affectation.

Il est simple... simplement.

La tête est d'une curieuse analyse.

D'ensemble et à distance, par son aspect imberbe et ses cheveux longs, elle rappelle le type de M. Sardou.

Mais oîi les lignes, par leur sécheresse anguleuse, disent chez M. Sardou: égoïsme et raideur; elles disent chez M. Bardoux : affabilité et sympathie.

Ne pas prendre toutefois cette affabilité-là pour une banale condescendance envers tout et tous.

La finesse pénétrante — et au besoin malicieuse — du regard, vous avertit que vous vous méprendriez étrangement, si vous interprétiez ainsi une bienveillance qui sait choisir son monde et se double au besoin de résolution.

De même les apparences placides de M. Bardoux n'excluent pas les ardeurs d'une activité qui défie la fatigue et qui entend prendre tous ses devoirs au sérieux.

On l'a déjà pu voir à l'œuvre, depuis qu'il a sur les épaules le triple et lourd fardeau de l'instruction publique, des cultes et des beaux-arts.

M. Bard:ux 29

(}uc nous voilà loin de l'indolente incapacité d'un Cumont ou de l'acrimonie politicienne d'un Brunet !

Par le plus surprenant des hasards, en notre pays où depuis Beaumarchais on a installé tant de danseurs (ou desauteurs) là oti il aurait fallu des calculateurs, par le plus grand des hasards, dis-Je, cette fois on n'a pas confié à un incompétent les destinées de notre enseignement national.

Plusieurs fois rapporteur du budget afférent au ministère dont il est le titulaire aujourd'hui, M. Bardoux a pu et su étudier la place du dehors.

Il a en quelque sorte été assiégeant avant de devenir assiégé.

Pour les rapports si difficiles que ce poste impose avec le clergé, une formule est nécessaire: la fermeté dans l'urbanité.

Cette formule, M. Bardoux a les deux qualités qu'il faut pour la mettre en pratique.

Tant pis pour qui agirait de façon à ce que le premier plateau fût obligé de faire basculer le second !

3o Visages sans Masques

Avocat disiingué au barreau de Clermont, M. Bardoux a pris rang dès son arrivée à la Chambre.

On sentit tout d'abord que, si le choix de ses concitoyens l'avait fait quelque chose, sa valeur personnelle le faisait quelqu'un.

Ses adversaires ne s'y trompèrent pas non plus. Ils virent bien vite que celui-Là ne les combattrait pas avec moins d'énergie, parce qu'il les combattrait toujours à armes courtoises.

Poli... comme l'acier.

Et en effet, pendant la néfaste période du ïb mai, M. Bardoux fut parmi les plus déterminés défenseurs de la liberté en péril.

Ne pas oublier que c'est à son initiative qu''est due cette loi sur l'état de siège qui sauvegardera désormais les droits de la nation contre les conspirations d'aventure.

Avant de devenir homme d'État de par la force des événements et de son patriotique souci, M. Bardoux fut un lettré délicat. Il se souvient de ses anciennes amours.

La preuve, c'est que le jour où, prenant possession, il voulut, selon l'expression vulgaire,

M. Bardoux

pendre la crémaillère ministérielle, il donna un dîner... auquel n'étaient invités que des poètes et des écrivains.

Rien que des gens d'esprit et de talent!

Les huissiers du ministère n'en croyaient pas leurs yeux.

M. Bardoux leur a donné le temps de s'y habituer.

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