MENS GLANDULEUX. — CARREAU CHEZ LÉS ENFAMS
Parmi les affections qui résultent d’une altération des fluides lymphatiques , et contre lesquelles l’emploi prolongé de la méthode curative externe serait d’une grande efficacité, il faut mentionner les tumeurs blanches, les dégénérescences tuberculeuses ou scrofuleuses, etlesengorgemens des glandes du sein, du cou, des aisselles, de Faine et du mésentère ( carreau chez les enfans ). Cependant , comme dans ces maladies il faut indispensablement un traitement interne, pour modifier la diathèse générale, je ne voudrais pas attribuer à la médication externe d’autre mérite que celui d’être un auxiliaire très puissant. L’observation établira sans doute bientôt qu’elle peut jouer le principal rôle dans la thérapeutique de ces graves affections ; mais, pour le moment , l’expérience n’autorise pas suffisamment à la préférer exclusivement aux médications internes. Quoi qu’il en soit, je vais citer des faits très remarquables et fort bien décrits, extraits de la correspondance d’une tendre mère, sœur d’un habile médecin de la province, et à laquelle les connaissances physiologiques et même pathologiques ne sont pas étrangères , comme on pourra le voir. Bien que cette observation ne soit pas l’expression d’un succès probant, comme le résultat obtenu sur Mlle Ricard ( voy. p. 25 et suiv. ) , elle peut néanmoins beaucoup servir à faire apprécier l’influence qu’a eue dans une affection scrofuleuse des plus graves la médication externe, et l’avantage qu’on devrait en retirer dans le traitement des maladies de même nature, mais moins profondes et surtout moins avancées vers une terminaison devenue en quelque sorte nécessairement funeste.
Noyant, près Moulins (Allier), le 29 mai 1836.
A monsieur le docteur Cornet.
Je regretterai toujours de n’avoir retiré de l’avantage que j’ai eu d’entendre souvent et beaucoup parler médecine , que ceux bien tristes de connaître une nombreuse partie des maux qui affligent notre pauvre espèce, et d’en déduire matière à m’alarmer au moindre symptôme que je crois remarquer, des uns ou des autres, chez les êtres que je chéris, sans pouvoir puiser dans
liié$ ffGpîftliiSflffaUôô et funestes comiaissaùcdst le femèije tif, oti seulement le moyeu de diminuer des maux que j’endure mille fois en les leur voyant souffrir.
Telle est depuis long-temps, la position où me réduit l’état continuellement maladif de ma seconde fille, âgée de 14 ans.
Celle enfant que j ai allaitée pendant deux ans, était née faible et grêle; mais grâce à des soins de mère, elle était bien portante, lorsqu’il y a environ huit ans, elle fut prise, à l’automne, d’une fièvre qui ne fut pas d’abord bien réglée, mais devint tierce et résista à l'usage de la quinine. Il y eut bien à différentes reprises quelques alternatives de mieux, mais au bout de quelque temps la fièvre reparaissait et fut suivie d’obstructions eide l’engorgement des glandes du mésentère et des vaisseaux lymphatiques.
Divers traitemens ont été successivement employés, mais n’ont produit aucuns bons résultats. En ce moment, ma fille est en proie à une fièvre lente; la plupart des glandes dont elle avait le cou bordé, ainsique d’un collier, ont abcédé; d’autres sont toujours roulantes, mais auront probablement le même sort. Ce qui m’inquiète plus encore, c’est l’enflure de la jambe et de la cuisse gauches, la bouffissure excessive du visage, et l’amaigrissement des parties qui ne sont pas infiltrées d’eau.
C’est sur cet état de choses que je désirerais appeler l’attention d’un médecin qui , plus que ceux de notre province, s’occupe de la maladie que je viens d’essayer de décrire.
Cette note fut suivie de renseignemens détaillés d’après le modèle des feuilles d’interrogation que j’emploie dans mes consultations, ils me firent prévoir une terminaison fatale ; cependant je proposai d’essayer encore une médication active, particulièrement par l’emploi des moyens qui constituent ma méthode curative externe. Les indications à remplir étaient à peu près les mêmes que celles qui firent la base du traitement de Mlle Ricard si heureusement rendue à la vie ( voy. plus haut ) ; mais l’altération constitutionnelle était plus ancienne, plus profonde, et les ravages qu’elle avait portés dans toutes les parties de l’économie étaient au-dessus des ressources de l’art.
Cependant trois semaines ne s’étaient pas encore écoulées depuis que le traitement que j’avais prescrit était commencé , que je reçus la lettre suivante :
Noyant, le 28 juio.
Monsieur le docteur,
Le premier jour les frictions, quoique faites pendant trois quarts d’heure sur la colonne vertébrale, et trois quarts d’heure sur le ventre, n’ont pas pu colorer la peau, tant elle était inerte ! Mais elles ont procuré à la malade une chaleur douce et inaccoutumée, et même un sommeil réparateur de deux heures, après l’opération. Ce sommeil a été accompagné d’une abondante transpiration ; ce-
pendant, ma fille, apparemment fatiguée par les frictions, à été plus faible et plus souffrante que de coutume le reste de la journée et notamment vers le soir, moment où la fièvre, dont elle est débarrassée maintenant les trois quarts du jour, reprend un peu. Néanmoins, malgré l’insuccès du premier essai, nous ne nous sommes découragées ni l’une ni l’autre, et tous les matins nous avons effectué les frictions aussi ponctuellement que la première fois. Aujourd’hui j’en ai prolongé la durée d’une demi-heure de plus, c’est à dire que j’y ai employé deux heures, et je me suis en outre décidée, malgré la fatigue qui pouvait en résulter pour ma fille, à frictionner aussi la cuisse et la jambe gauches toujours très enflées. Je continuerai ainsi, monsieur, jusqu’à nouvel ordre de votre part. Je n’ai point interrompu le traitement interne, il est rigoureusement borné à la boisson de bouillon gras dégraissé, sans sel ni légumes, édulcoré avec le sirop de quinquina, et aux vins de quinquina, de rhubarbe et gentiane mélangés, administrés par cuillerée de trois en trois heures.
J’aidù, pour suivre une marche aussi méthodique et rationnelle que je le puis, vous exposer d’abord, monsieur le docteur, la manière dont j’exécute vos prescriptions, cela me conduit naturellement. à vous entretenir du changement que tout le monde s’accorde ici à reconnaître en ma petite malade, et que mieux que personne je puis apprécier, moi, qui en juge dans le secret de l'application des remèdes.
C’est ainsi que je puis vous dire que la colonne vertébrale est maintenant dégagée jusqu’à la région des lombes, qui demeure encore infiltrée; l’enflure la couvrait presque entièrement. La peau a repris de la sensibilité, ce que je connais à la sensation que cause à la malade la chaleur des boules qui ne sont pourtant chauffées que conformément à l’ordonnance , et pas davantage que le premier jour où elle en trouvait la chaleur douce et bienfaisante. Je remarque aussi que la*peau qui, sur les reins, était d’un blanc mat, commence à prendre une légère teinte marbrée, comme celle de la chair des petits enfans, quelques très petits boutons se montrent entre les épaules et jusqu’à la nuque, mais ils ne me semblent pas assez irrités ni en assez grand nombre pour faire redouter l’érosion.
Un changement non moins sensible se laisse apercevoir à l’aspect de l’abdomen, devenu très mou dans toutes ses parties; les hypocondres sont moins engorgés, l’état œdémateux des grandes lèvres a presque cédé ; la cuisse et la jambe gauches ainsi que les pieds restent très enflés.
Ainsi que je vous l’ai dit , la fièvre prend maintenant ma petite malade seulementle soir; mais un mal qui persiste davantage, c’est la douleu» de tête qui est toujours aussi intense, quoique la figure et les yeux soient bien moins bouffis, ce qui semblerait indiquer que les vaporisations produisent de l’effet sur toute l’économie.
Je désirerais, monsieur le docteur, que vous trouvassiez dans ce compte rendu de l’état de ma fille autant de clarté, de précision que je me plais à en reconnaître dans votre correspondance, Jë
• >> Sfv
désirerais surtout que l’obligatiop où je me trouve d’employer dans mes lettres des expressions techniques, ne me donnât pas à vos yeux le ridicule de la pédanterie, si éloigné de mon caractère , mais que ma tendresse pour ma fille me fait encourir et braver.
Agréez, monsieur le docteur, etc.
Femme Pelisson, née Lecointre.
.V. B. M. Pélissonest propriétaire du château de Noyant et maire de cette commune.
Noyant, le 7 juillet 1836.
Monsieur le docteur ,
Les détails que j’ai à vous donner sur notre petite malade ne sont pas aussi satisfaisans aujourd’hui que ceux que vous portait ma dernière lettre du 28 juin. Privée pendant deux jours d’eau reactive, j’ai eu le chagrin de cesser les vaporisations durant ce temps, et l’enflure alors a recommencé à envahir tout ce qu’elle avait occupé de la colonne vertébrale. Le ventre seul n’a point subi cette fâcheuse influence de la privation des frictions ; mais le retour de l’enflure sur la partie qui en avait été délivrée comme par miracle m’a sensiblement affectée, et j’ai eu peine à le cacher à ma pauvre Stéphanie. Au reste la fièvre n’a point augmenté, on dirait même qu’il n’y en a plus guère que d'un jour l’autre. Le mal de tête diminuait déjà le jour où j’ai reçu votre lettre, et sans doute, maintenant qu’il a presque disparu, n’exislerait-il plus du tout sans l’extrême engorgement des. glandes du cou, dont une notamment , très grosse, offre un point rouge mais encore sans fluctation, quoiqu’elle procure beaucoup d’elancemens a la patients . Le dessous du menton est engorgé; aussi les joues sont-elles îedevenues bouffies, et les paupières supérieures sont tellement infiltrées , que chacune représente une gousse de baguenaudier ; je ne puis mieux les comparer.
Malgré tant de souffrances», -endurées avec autant découragé que de douceur, l’état moral de la bien aimée s’améliore visiblement : à l’apathie qui avait fait d’une enfant sémillante et gaie une véritable chrysalide, a succédé un loger retour a la gaffe, un désir de lire et de s’occuper qu’elle n’avait pas encore témoigné depuis* plusieurs mois. Aujourd’hui même, malgré l’enflure des reins, de la jambe et de la cuisse gauches, elle marche avec plaisir, et il faut que je le lui défende pour l’empêcher de se promener.
Vendredi, 8 juillet.
Interrompue en cet endroit, je ne puis qu aujourd hui, monsieur, me remettre à ma lettre commencée. Je ne suis pas fâchée d’ailleurs que son départ ait été retardé ; car, hier j étais bien tristement impressionnée, et ce matin l’inspection des parties i n fi 1— trées me remet au cœur un peu plus de tranquillité. Mil efiet, il y a une diminution sensible, tout le corps est très bien, eu égard à ce qu’il était hier. Il n’y a que la figure qui ait conservé son enflure, si disgracieuse surtout en cette partie. ( Ne serait- il donc pas possible d’employer les frictions pour la rendre à sou
état normal?) Les paupières supérieures sont toujours œdémateuses au dernier point. La glande située au côté gauche du cou, immédiatement au-dessous du lobule de 1 oreille, a encore augmenté de grosseur. Le loyer d irritation s agrandit, il présente aujourd’hui l’étendue d’une pièce d’un franc. Les élancemens sont plus fréquens et plus poignans, et une surdité de l’oreille gauche est venue apporter une nouvelle incommodité à ma
pauvre infirme. , , .
J'avais dans ma précédente oublie de vous parler du régime
alimentaire de ma fille ; je vais réparer cette omission.
L’appétit revient véritablement, et l’augmentation de nourriture n’a produit aucun fâcheux résultat, ce qui témoignerait de l’accroissement des forces digestives. La petite malade préféré à tous autres alimens la soupe grasse, le poulet, le pigeon, le veau. C’est là à peu près, avec quelques biscuits, son unique nourriture, üu reste, les digestions se font bien, et les selles, quoique ramollies, sont régulières et quotidiennes. Le sommeil est
Pardon, mille pardons, monsieur, de vous entretenir de ces choses, mais peut-être ces indications 11e sont-elles pas inutiles* a aféez etc.
Femme Pelisson, n4e Lecointre.
Le 27 juillet , je reçois une lettre dans laquelle Mme Pélisson fait preuve d’un rare esprit d’observation ; les faits quelle relate donnent de précieux renseignemens sur les effets puissans de la méthode curative externe ; toutefois le désir seul autorise à espérer un succès. Il est trop tard . l’économie est profondément vulnérée ; la réaction vitale est impossible dans des viscères intimement désoiganisés. Voyons cependant les résultats extraordinaires que 1 ait de guérir , luttant avec énergie contre des causes multipliées de destruction , fait surgir encore chez un être si débile : la mort semble ne pas oser frapper a fond sa victime en présence du médecin, qui sans cesse repousse ses coups et favorise jusqu’au dernier moment le développement des phénomènes vitaux.
Noyaut, le 27 juillet.
Depuis ma dernière lettre, nous avons eu, monsieur, bien des alternatives de mal et de mieux; grâce aux vaporisations d eau réactive et de baume, faites, on peut dire, de la te te aux pieds et très longuement ( cinq heures), j’ai obtenu le dégonflement presque entier des yeux, des joues; le cou et la grosse glande ont aussi beaucoup diminué ; cetîe dernière surtout de maniéré a me faire espérer sa résolution. Les reins sont presque dans leur état naturel, l’enflure n’occupe pas plus de deux vertèbres des lombes. Le ventre est moins bien, il m’a semblé hier et aujourd nui
ün peu tendu. Les cuisses sont beaucoup moins enflées • les genoux sont très bien ainsi que les jambes; le dessus des pieds reste seul fort œdémateux, principalement le soir. Plus du tout de mal de gorge: presque pas de mal de tête, toujours u/i peu de surdité. I)u reste, mêmes forces morales, toujours l’esprit vif, l’humeur douce et égale et le courage soutenu par l’espérance.
Je vais encore vous soumettre, monsieur, quelques observations. Je n’ose presque pas vous dire, dans la crainte que vous ne me croyiez pas, que depuis les vaporisations balsamiques, j’évalue que notre malade a grandi d’un demi-pouce. J’ai remarqué aussi que ses sourcils, qui n’étaient naturellement qu’à peine traces, se fournissent : enfin, dans ce moment elle souffre par suite de la venue des deux dernières dents molaires qui percent... Il se fait donc un travail !
i Stéphanie a conçu l’espoir d’aller à Paris. Je lui ai promis de c e I y conduire très certainement si sa position s’améliore, dans la dernière quinzaine d’août.
Dans une lettre, en date du château de Noyant, le 11 août, Pélisson me marque que , cédant au vif désir qu éprouvé sa fille de faire un voyage qu’elle regarde comme un pèlerinage àEpidaure, elle s’occupait sérieusement des
préparatifs . Décevante espérance ! inutiles efforts de la
nature, de 1 amour maternel et de l’art! vains projets!
I intéressante Stéphanie va bientôt succomber.
PUBISAJLGIE. ~ SACRO-COXALGIE. — COXALGIE, etc.
Les douleurs vives qui se manifestent spontanément, sans causes vulnérantes extérieures , telles que chute , coups, efforts dans les articulations des os du bassin et des membres, sont en général produites par un trouble de la circulation lymphatique ; c’est pour cela que ces affections sont toujours tort rebelles au traitement qu’on leur oppose. Les altérations articulaires des os du bassin sont aussi plus fréquentes chez les enfans d’une constitulion délicate et chez les femmes parmi lesquelles prédomine le tempérament ^}mpha^cpie, que chez les hommes* cependant ces derniers ne sont pas à 1 abri de ces lésions, comme on en verra un exemple ci-après.
C est surtout pendant la grossesse et à la suite des couches que les femmes sont plus particulièrement atteintes de ces douleurs que j’ai désignées, au titre de ce chapitre, sous la dénomination de sacro-coxalgie , de pubisalgie. Au moment de la gestation , les articulations des os du bassin fcmtre eux, sont abreuvées de fluides blancs, destinés à amob
llr les ligamens inter-articulaires, symphistiques ou d’unioil extérieure, afin que la mobilité et l’écartement des os soient favorisés pendant l’accouchement; celte surabondance des fluides blancs a été reconnue par tous les observateurs, et considérée comme une action prévoyante de la nature qui néanmoins laissait souvent après sa manifestation les germes d’accidens fort graves. On ne peut donc nier le rôle que joue la circulation lymphatique dans les affections articulaires en général, et c’est à dessein d’en bien signaler l’influence que j’ai insisté ici en rappelant des faits naturels admis par tous les anatomistes et les praticiens, et dont l’identité, avec les causes apparentes des lésions articulaires dites rhumatismales , est frappante.
Cependant, comme aucun médecin ne s’est avisé jusqu’à présent de traiter le relâchement lymphatique articulaire comme résultant d’une inflammation , je m’étonne qu’on ait pu si long-temps, et moi comme les autres , pendant plus de quinze ans , traiter par les émissions sanguines et les antiphlogistiques des affections qu’à la même époque, et sur d’autres sujets, on combattait par les toniques généraux et locaux , et surtout par les excita ns spéciaux de la circulation capillaire.
Mrae N. , (l) habitant le département delà Dordogne, âgée de 26 ans, d’une constitution lymphatique sans être délicate, n’avait jamais été exposée à des causes qui engendrent les affections rhumatismales et n’en avait jamais été atteinte, lorsqu’il y a six ans , elle ressentit dès les premiers mois de sa première grossesse, et surtout le matin en se levant , une extrême difficulté à mouvoir les cuisses sur le bassin, et réciproquement le bassin sur les cuisses. Elle éprouvait une grande gêne pour se mettre sur son séant, et lorsquelle était debout , elle ne pouvait que fort péniblement se livrer à la marche; il lui semblait, disait-elle, que ses os étaient disloqués. Cependant les forces générales étaient bonnes; il n’pxistait pas, à proprement parler, de douleurs. Cet état dura jusqu’à l’accouchement, qui eut lieu très facilement , et dont les suites n’offrirent rien de remarquable. Les accidens qui s’étaient montrés pendant la grossesse persistèrent pendant un couple de mois, et ne disparurent que graduellement : cependant Mra0 N. recouvra toute
(1) Dans certaines circonstances, je me trouve dans la nécessité de m’ah sjtènir (té citer les noms propres»
4 srt-
la liberté des mouvemens. Les phénomènes qui s’étaient manifestés résultaient très certainement du ramollissement et de la dilatation des ligamens articulaires des es du bassin par une surabondance de fluides blancs appelés dans ces parties, mais on ne pouvait considérer ces phénomènes comme morbides , et on ne les traita pas comme tels.
Trois ans plus tard, Mme N, redevint enceinte, et les accidens qu elle avait éprouvés dans sa première grossesse reparurent ; elle s’en inquiéta peu et attendait de sa délivrance le terme de ses incommodités. Les couches furent satisfaisantes sous tous les rapports, et l’on croyait qu’après un ou deux mois de convalescence, tout rentrerait dans 1 ordre comme la première fois : mais cette espérance fut déçue; et non seulement il y avait difficulté dans les mouvemens, mais la station verficale et la progression étaient devenues extrêmement douloureuses • la malade devait rester continuellement étendue dans son lit ou sur une chaise longue. On ne pouvait compter sur les seuls efforts de la nature pour rétablir les choses dans leur état normal, car on voyait successivement la prédominance lymphatique s étendre d abord à toutes les grandes articulations des membres inférieurs, aux genoux, puis aux pieds, enfin aux jointures des orteils. Heureusement les membres supérieurs ne lurent pas envahis. Les médecins consultés déclarèrent unanimement que l’affection était rhumatismale, et la traitèrent par les applications de sangsues, le régime , les emoliens et les opiacés. Les accidens apparens restèrent stationnaires ; mais la douleur s’exaspéra et se manifesta même pendant le repos le plus complet. Mme N. resta dans cette affligeante position pendant plus de deux ans, 11e trouvant qu’un soulagement bien faible ou passager dans les nombreux remèdes qu’on mit successivement en usage ; enfin on lui parla de ma méthode curative, et elle me fit consulter. Je ne balançai pas à signaler les désordres articulaires comme éminemment lymphatiques et à les traiter comme tels. Au bout de huit jours, il n’existait plus de douleurs ; après trois semaines, les engorgemens articulaires avaient disparu aux orteils, aux pieds et aux genoux. La malade pouvait se promener dans sa chambre, soutenue par le bras ; il n’y avait plus à combattre la turgescence lymphatique que dans les articulations profondes du bassin , ce qui demanda encore quelque temps : mais enfin, en moins de quatre mois, M,ue N. a recouvré une saute parfaite et se livre librement, tous les jours, non
seulement à des occupations de ménage , mais à des exern cices gymnastiques faciles dont je lui ai recommande 1 em- [ ploi , pour faire reprendre aux articulations toute leur sou» r plesse et leur mobilité naturelles.
M. Rubis, demeurant à Paris, me des Deux-Ecus, n° 31, était depuis long-temps dans l’impossibilité de se livrer à ses occupations habituelles, et même retenu au lit par des douleurs extrêmement aiguës qui avaient leur siégé dans la piofondeur des articulations des os des deux cuisses avec le bassin de chaque côté. Le moindre mouvement d’écartement, de rapprochement ou de circumduction des membres inferieurs taisait jeter les hauts cris au malade, qui pouvait encore moins se tenir debout ou se livrer a la marche . un simple i cillement du corps dans le lit déterminait des souffrances très vives. L’articulation du genou gauche était aussi entreprise , mais à un moindre degre. M. Rubis ne pou\ait s expliquer le développement des accidens auxquels il était en butte; il jouissait habituellement d’une bonne santé, et son mal, disait-il, lui était venu sans cause occasionelle ou déterminante. Il avait été saigné copieusement, et les douleurs s’étalent accrues ; un traitement tort actil, auquel il fut soumis, parut plus contraire que favorable.
C’est alors qu’il m’adressa une de ses parentes pour me demander un avis. Je ne dissimulai pas les suites giaves que l’on pouvait craindre de la persistance d’une pareille affection qui avait pour principe générateur un trouble de la circulation lymphatique. Sans promettre ia gueiison, je la faisais entrevoir prompte et durable par l’emploi de ma méthode curative externe. Le malade ne balança pas à en réclamer le secours, et je lui en fis une application sm les articulations coxo-fém orales qui? vu 1 étendue et la profondeur des régions affectées, dura plus de deux heures. Je ne pus pas, ce jour-là, m’occuper du genou gauche, qui, comme je l’ai dit, paraissait entrepris à un moindre degré. Eli bien! chose incroyable, le lendemain matin M. Rubis, qui depuis plusieurs semaines n’avait pu sortir de sa chambre, eut l’imprudence de se rendre chez moi à pied, marchant toutefois très difficilement, appuyé sur tin bâton, mais ne se plaignant pins que du genou, et réclamant mon intervention pour lui en rendre l’usage comme il avait recouvré celui des cuisses, que, suivant son expression, il pourrait actuellement passer par-dessus sa tête.
M. Rubis voulut, malgré mes observations, s’en retour-
lier comme il était venu, et cependant il avait plusieurs étages à monter pour arriver à son logement ; mais il n'en résulta aucun inconvénient. Dans l’après-midi, je pratiquai la vaporisation et les frictions sur le genou malade , pendant environ trois quarts d’heure. M. Rubis vint encore me voir le lendemain matin , se glorifiant d’avoir pu faire la route seul et sans l’appui d’une canne; sa guérison était complète.
Cette cure est vraiment phénoménale; je l’ai obtenue aussi subitement, parce que, ne comptant que sur un succès assez éloigné, et redoutant la persistance et la gravité des accidens existans, je les combattis par une application; très vive, non interrompue et prolongée de la vaporisation, et j’ai fait en une seule fois ce que l’on n’acquière ordinairement qu’en trois, quatre ou cinq applications. La bonne volonté du malade m’a beaucoup aidé, et quoique la vaporisation ne doive pas ordinairement être portée jusqu’à produire une impression douloureuse à la peau, M. Rubis insistait tellement pour que je ne le ménageasse pas, que j’ai usé de sa permission, mais à sa très grande satisfaction.
Depuis lors je n’ai plus entendu parler de M. Rubis que par plusieurs malades qu’il m’a adressés. Un entre autres, le sieur Auguste, commissionnaire aux messageries Lafitte et Caillard, était depuis quelque temps dans l’impossibilité de se livrer à son travail habituel, par suite d’affaiblissement et de douleurs insupportables dans les genoux, les jambes et les pieds. Après deux applications faites à vingtquatre heures de distance, le sieur Auguste a été complètement guéri.
Charles Contenot, âgé de quatorze ans, jouissant d’une bonne santé , mais d’un tempérament éminemment lymphatique quoique robuste, fut mis en apprentissage dans la maison de commerce en merceries de M. Ducatelle, rue Saint-Denis. Comme d’usage , les principales occupations d’un apprenti consistent en courses multipliées, et la plupart du temps, lorsqu’il ne marche pas, il est obligé de donner des soins au magasin, qui l’astreignent à se tenir continuellement debout. Aussi Contenot , qui sortait de chez ses parens où il avait toutes les commodités que procure l’aisance, fut-il très promptement affecté de lassitudes dans les jambes, mais particulièrement dans les articulations des os des pieds, qui furent suivies d’engorgemens lymphatiques
. i àS j
ët de douleurs (ellettient vives et coulinttes, {jvië ce jeuüë homme ne se livrait que très péniblement à la marche ? qu’il 11e pouvait prolonger sans éprouver de vives souffrances. La fatigue n’était que la cause occâsionelîe dé l’affection articulaire, et le repos eût été. un remède très promptement efficace, si le malade n’avait pas été éminemment prédisposé aux engorgemens lymphatiques; aussi l’affection dont il était atteint prit-elle promptement ce caractère, et résista opiniâtrement aux moyens qui lui furent opposés. Alors les païens du jeune Contenot s’adressèrent à moi ; je le soumis immédiatement au traitement curatif externe, qu’il continua lui-même pendant quelques jours, au bout desquels il fut si complètement guéri, que les accidens ne se sont jamais montrés depuis.