PRÉFACE III
soit dans le monde sa servante et son champion.
Lorsque, vers la fin du cinquième siècle, l'Empire romain disparut définitivement sous le flot des invasions, une puissance nouvelle surgit du désordre universel, et ce fut la race franque, qui, avec l'appoint resté civilisé de la population gallo-romaine, recueillit l'héritage de Rome, et plus tard, avecCharlemagne, constitua la Chrétienté. Quand il semblait que l'Église catholique n'avait plus de secours à attendre, au milieu du désordre et de la confusion générale, elle fixa son choix, pour la défendre, sur la race des Francs, laquelle, avec le concours de la nationalité gallo-romaine, fonda un Empire, créa une civilisation nouvelle et devint le point d'appui de la Papauté. Tel a été le rôle des Francs, des Gallo-Romains et finalement de la France. Et depuis lors, la nation française put revendiquer le titre de fille aînée de l'Église. Elle a rempli hautement ce rôle jusqu'à l'heure, vers la fin du dix-huitième siècle, où elle a paru s'abandonner elle-même, en subissant la puissance, qualifiée par Joseph de Maistre de satanique, la puissance de la contre-Église, œuvre à la fois de la juiverie et de la franc-maçonnerie.
Il semble donc que le monde n'est pas absolument livré aux disputes des hommes, et l'on
iv VISION D'UN SIÈCLE
serait amené à en conclure que le genre humain a sa destinée propre, à laquelle il peut faire défaut ou contribuer, selon ses mérites et selon la grâce de Dieu. Mais cette idée ne paraîtelle pas en contradiction avec renseignement de l'Église, qui dit que l'homme, mais non le genre humain, est créé pour connaître Dieu, l'aimer, le servir et, par là, gagne± la vie éternelle? Et, pourtant, il y a des races humaines qui semblent avoir été marquées d'un sceau particulier, pour remplir un rôle à part, et pour être associées spécialement à l'œuvre générale de la création, laquelle a pour objet final la glorification de Dieu.
Glorification ! si tant est que Dieu puisse tirer quelque gloire de l'adoration des hommes !
Les Juifs ont été en quelque sorte les témoins de l'histoire universelle. Ils ont été les témoins de l'œuvre de la Rédemption; ils en perpétuent le souvenir en le niant. Mais leur persistance à travers les siècles atteste à la fois l'œuvre de la création du monde terrestre et de la Rédemption par le Christ du péché originel, par lequel l'humanité était vouée à la mort.
La civilisation chrétienne, qui, de proche en proche, à travers les siècles, s'est étendue sur le globe terrestre tout entier, est en butte inces-