‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 14 sur 392 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

VISION MONOCULAIRE

x 14. Fixation.

T — Quoi qu’il en soit du mécanisme physique et psychologique de la vision, mécanisme dont nous connaissons la partie optique (voir mon Cours d "Optique Géométrique) et sur la partie psychologique duquel nous reviendrons, toujours est-il qu’il se forme à chaque instant sur la rétine une image plus ou moins nette de certains objets : c’est une perspective dont la rétine est le tableau et dont le point de vue dédoublé est constitué par les points nodaux de l’œil.

L’expérience nous apprend que la netteté de ce tableau, maxima au centre, diminue rapidement vers les bords. En particulier, si nous voulons étudier un objet, nous avons le soin de le fixer : l’opération consiste à tourner l’œil dans son orbite ou à tourner la tête de manière que l’image de l’objet fixé se forme sur un point de la partie centrale transparente (fovea centralis) de la tache jaune ( macula lutea).

Fixer un point A, c’est donc amener sur ce point la ligne visuelle, droite qui passe par le premier point nodal de l’œil et qui est parallèle à la droite qui joint le second point nodal à la fovea. C’est de plus produire une accommodation telle que l’image se forme sur la rétine.

Remarquons en passant que la ligne visuelle ne coïncide pas avec Y axe optique de l’œil, c’est-à-dire avec la droite passant par les centres de courbure des surfaces supposées sphériques, limitant les divers milieux de l’œil. La fovea étant ordinairement en dehors et un peu au-dessous de cet axe, la partie extérieure de la ligne visuelle est ordinairement en dedans (du côté du nez) et un peu au-dessus de l’axe optique (du côté du front). De sorte que les yeux d’une personne qui fixe un objet éloigné, paraissent affectés d’un léger strabisme divergent.

2° — Dans son Traité du strabisme , Javal insiste sur l’importance de la fixation.

On ne se contente pas de diriger l’œil de manière à recevoir l’image de l’objet sur la tache jaune. Si rapprochés que soient deux points, à chaque instant il n’y en a qu’un qui soit fixé; la dimension du point de fixation ne dépasse pas la grandeur du moindre point visible. A la vérité les yeux sont extrêmement mobiles (§ 62); si l’on n’y prend pas garde,

VISION MONOCULAIRE

le point fixé varie donc vite et souvent. Mais avec un peu d’exercice, on arrive à maintenir l’œil absolument immobile et dans une orientation absolument déterminée : ce qui revient à dire que la ligne visuelle est elle-même parfaitement déterminée.

On le prouve au moyen des images accidentelles (§ 252).

La fixation n’a pas seulement pour but d’amener l’image sur la partie la plus sensible de la rétine; dans ce cas la précision que nous avons dite, serait inutile. Il arrive même que le point de fixation n’est pas d’acuité maxima. Certains strabiques, qui ont perdu l’habitude de se servir de l’œil dévié, savent le redresser quand on couvre l’autre : ils déclarent alors voir moins nettement un objet en le fixant qu’en utilisant la vision indirecte. Ils ont donc conservé la faculté de fixer, mais le point de fixation ne correspond plus au maximum d’acuité.

L’utilité de la fixation, faible pour la vision monoculaire, n’apparaît nettement que pour la vision binoculaire; la fovea centralis joue alors le rôle d’origine des coordonnées dans la correspondance des points des deux rétines. Le strabisme ne se guérit aisément que si l’œil dévié a conservé la faculté de fixation.

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