Punctum cæcum. Scotomes; phénomène de Troxler
1° — Avant d’étudier l’acuité visuelle périphérique, parlons du punctum cæcum. Il existe sur la rétine une portion insensible à la lumière : c’est le
VISION DES FORMES
lieu d’émergence du nerf optique. Ce nerf traverse les enveloppes de l’œil (la sclérotique tendineuse, blanche et opaque; la choroïde couverte de vaisseaux sanguins), et s’épanouit en une multitude de fibres nerveuses; il forme ainsi la couche interne (ou antérieure) de la rétine. Les fibres nerveuses se recourbent successivement (d’à peu près 180° à partir de la direction d’entrée dans l’œil du nerf optique) et finissent par se diriger radialement du dedans de l’œil au dehors; elles constituent alors par leur juxtaposition l’épaisseur même de la rétine. Chaque fibre est terminée par une partie dilatée mince ( bâtonnet ) ou plus grosse [cône) : les cônes et bâtonnets constituent donc la partie extérieure (ou postérieure) de la rétine.
On admet que les cônes et bâtonnets sont les parties sensibles de la rétine; la lumière traverse les fibres nerveuses transparentes pour les atteindre.
2° — Afin de démontrer l’existence du punctum cæcum , on trace sur un papier blanc deux points A et B à 7 centimètres environ l’un de l’autre.
Fig. 19.
On ferme l’œil gauche. Avec ïœil droit, on fixe le point A; on modifie la distance de l’œil au papier en maintenant la droite AB sensiblement horizontale. Quand elle est voisine de 20 centimètres, on cesse de voir le point B. Il réapparaît pour des distances plus grandes ou plus petites.
Le punctum cæcum est donc placé par rapport à la tache jaune du côté nasal , à peu près sur la même horizontale (un peu plus haut). La distance angulaire du centre de la tache jaune au centre du punctum cæcum est moyennement de 15°. L’angle apparent du punctum cæcum est moyennement de 6°; ce qui, pour une distance de 15 millimètres entre le second point nodal et la rétine, lui donne un diamètre linéaire de lmm,6.
Ainsi pas plus dans leur épanouissement sur la face antérieure de la rétine que dans leur groupement à l’arrivée dans l’œil, les fibres nerveuses ne sont sensibles à la lumière : l’excitation ne se produit que sur les appareils- auxiliaires qui les terminent (cônes et bâtonnets ), après traversée d’une couche insensible.
La tache aveugle est vaguement circulaire.
Pour déterminer sa forme exacte pour un de ses yeux, on ferme l’autre, et, maintenant la tête immobile par un procédé quelconque, on fixe une petite croix tracée sur du papier blanc. Puis on promène sur le papier, dans le punctum cæcum, un petit cylindre de papier roulé dont l’extrémité est plongée dans l’encre. On l’arrête quand elle devient visible. On noircit ainsi une région du papier qui est l'image de la tache aveugle.
VISION MONOCULAIRE
3° — Mariotte découvrit la tache aveugle en 1666, précisément en cherchant ce qui arrive quand la lumière tombe sur le lieu d'immergence du nerf optique.
A l’étonnement de ses contemporains, le résultat fut celui qu’on a vu.
Il était ainsi démontré que nous pouvions sans nous en douter être tous aveugles d'une manière permanente pour une partie du champ de vision.
L’expérience fut répétée en 1668 devant le roi d’Angleterre Charles II qui apprit à voir ses courtisans sans tête, en se tenant à une distance convenable, en fermant un œil et fixant l’autre sur un point approprié.
Picard donna à l’expérience une forme intéressante. L’observateur se place à 3 mètres d’un mur sur lequel on fixe un papier B. Avec les deux yeux il regarde son doigt A qu’il déplace sur la normale BA au mur. Pour une distance convenable du doigt, le papier disparaît simultanément pour les deux yeux.
4° — SCOTOMES; PHÉNOMÈNE DE TROXLER.
On appelle scotomes des taches aveugles qui existent accidentellement autre part qu’au punctum cæcum. L’expérience montre que de tels scotomes se produisent à tout instant d'une manière passagère.
Dessinons plusieurs points noirs sur du papier blanc; fixons-en un. Les autres apparaissent et disparaissent d’une manière irrégulière, le plus souvent à l’occasion d’un battement de paupières. Le trou (scotome) se remplit avec le fond général.
On observe aisément le phénomène sur un quadrillage régulier, d’un centimètre d’équidistance, par exemple. On en fixe le centre pendant une dizaine de secondes; alors la figure montre des changements perpétuels; ses diverses parties disparaissent alternativement. Chose curieuse, parfois seules disparaissent les lignes verticales, seules les horizontales. A la place d’un quadrillage, on peut utiliser un système de cercles concentriques et de rayons.