Fatigue. Adaptation
1° — D’après le schéma développé ci-dessus, une lumière d’intensité constante doit produire une action primaire d’abord rapidement crois¬
sante, puis qui tend vers une limite. Si la fonction 9 qui relie la sensation à l’action primaire (variable intermédiaire que le principe de Talbot nous a forcé d’introduire) est constamment croissante quand croit sa variable, une lumière d’intensité constante doit elle-même produire une sensation d'abord rapidement croissante, puis qui tend vers une limite. Certains phénomènes montrent que ce système d’hypothèses est insuffisant.
Quand la rétine reste soumise à une lumière d’intensité constante, sa sensibilité s'émousse. Comme le phénomène d’éblouissement montre que le facteur d'oubli ^ est loin de décroître plus vite après de fortes excita-
VISION DES INTENSITÉS ET DES COULEURS
lions, il faut bien admettre que la sensation S est représentée en fonction de l'action primaire P, non pas une fonction S = cp (P), déterminée une fois pour toutes, mais par une fonction S == 9 (P, /), où intervient le temps qu’ont duré les excitationsantérieurement à l’époque actuelle. De sorte que les excitations antérieures agissent pour déterminer non seulement la valeur actuelle de l’action primaire, mais encore la relation qui existe entre cette valeur et la grandeur de la sensation.
En particulier pour une intensité constante, la courbe représentant la sensation en fonction du temps a l’allure de la figure 177 bis.
Si l’intensité est faible, le maximum M semble disparaître; la sensation semble tendre vers sa limite en croissant d’une manière continue.
Pourtant c’est un fait d’expérience qu'une impression faible peut cesser d’être perçue et qu’elle reparaît si on change la direction du regard.
2° — Adaptation.
La fatigue se présente sous un autre aspect dans l’adaptation de la rétine aux éclairements moyens qu'elle supporte.
Quand du plein jour on passe dans une salle peu éclairée, on commence par n’y rien voir; peu à peu la rétine change de sensibilité et les objets apparaissent distinctement. En définitive l’œil est un appareil en quelque sorte multiple, dont la sensibilité est fonction de l’ensemble des sensations antérieures. Lorsque nous faisons agir sur l’œil un éclairement invariable, l’action primaire croît d’une manière continue jusqu’à une limite L; mais elle agit sous un appareil dont la sensibilité décroît à partir d’une certaine valeur initiale jusqu’à une valeur finale qui dépend de la limite L. D’où l’explication du maximum observé.