Expériences sur la fatigue. Papillotage
1° — Les premières expériences sont dues à'Brücke. Il faisait tourner à une vitesse variable un disque régulièrement divisé en secteurs blancs et noirs; il trouvait que pour un certain nombre d’alternances par seconde, 17 environ (produisant bien entendu le papillotement, inférieur par conséquent au nombre pour lequel s’applique le principe de Talbot), la sensation lumineuse passe par un maximum.
Afin d’éviter toute mesure, on peut utiliser le disque de la figure.
Pour une certaine vitesse de rotation, la couronne moyenne paraît plus lumineuse que les couronnes intérieure et extérieure.
L’expérience est d’interprétation complexe parce que, suivant les circonstances, la sensibilité de la rétine est différente.
Si le nombre des alternatives est grand, le principe de Talbot s’applique. Supposons les secteurs noirs égaux aux blancs, l’éclairement uniforme du disque est moitié de celui des blancs. Mais la sensibilité de la rétine correspond à cet éclairement diminué : elle est plus grande que pour l’éclairement qui correspond aux blancs.
Si le nombre des alternatives est très petit, l’éclairement est celui
PERSISTANCE DES IMPRESSIONS LUMINEUSES
des blancs, mais la sensation correspond à une sensibilité moindre; de sorte que la sensation est très inférieure à celle qui correspondrait au double de l’éclairement de la première- expérience, à supposer que la sensibilité reste celle de la première expérience.
Faisons tourner le disque de manière qu’il y ait papillotement. La rétine se repose pendant le passage des noirs : sa sensibilité se rétablit; du moins c’est l’hypothèse que semblent poser les expérimentateurs.
Quand un secteur blanc arrive, la sensation instantanée croît d’abord suivant cette sensibilité augmentée, passe par un maximum, puis décroît, la sensibilité diminuant. On conçoit que pour une certaine vitesse, et à la condition que le maximum delà courbe soit assez relevé (intensités grandes), l’éclairement apparent discontinu de la couronne soit supérieur à ce qu’il est pour des vitesses plus petites ou plus ' grandes.
Ces expériences posent la question très difficile suivante : pour une excitation de très courte durée, de quoi dépend la sensation globale , celle dont nous conservons le souvenir ? Correspond-elle au maximum de la courbe 177 bis? Correspond-elle à la moyenne des sensations instantanées?
Il semble bien que nous percevons une sensation moyenne. Si le souvenir que nous conservons était lié au maximum de la sensation instantanée, l’expérience précédente serait inexplicable, puisque à la seule condition que l’excitation dépasse une certaine durée, la sensation instantanée passe par le même maximum.
Reste à savoir dans quelles limites la rétine a le temps de revenir à son état initial entre les phénomènes discontinus, et quel est cet état initial. Reste à savoir comment intervient le facteur psychologique d’appréciation des éclats indépendamment du phénomène physiologique réel.
2° — On a réalisé sur la fatigue des expériences d’interprétation moins délicate. Voici d’abord celle de Charpentier.
Le trou T, percé dans l’écran E, est moitié recouvert par un double disque tournant D dont on peut modifier l’angle a, du secteur vide (épiscotister).
On éclaire uniformément le trou T ; on fait tourner le disque.
En modifiant l’angle a on obtient que la partie inférieure du trou T ait, à chacune de ses apparitions discontinues, même éclat que la partie supérieure.
Pour une vitesse donnée du disque, quand on augmente la valeur de
VISION DES INTENSITÉS ET DES COULEURS
a à partir de zéro, la portion inférieure du trou T est, à chacune de ses apparitions, d’abord plus sombre que la partie supérieure, ensuite de même éclat, enfin plus brillante.
Entre les apparitions delà partie inférieure du trou T , la rétine doit se reposer , reprendre sa sensibilité. Pour cela, on doit fixer un point bien déterminé et invariable. Si on laisse errer la ligne visuelle, la portion de rétine qui regarde les images intermittentes, peut être fatiguée par la vision de la partie supérieure du trou.
Avec cette rétine fatiguée, l’expérience ne réussira pas : la sensation croîtra de zéro à la limite sans passer par un maximum.