CHAPITRE VIII IMAGES ACCIDENTELLES
252. Définition du phénomène : persistance, fatigue, éblouissement.
— Lorsque la rétine est subitement soustraite à l’action de la lumière, elle ne reprend pas brusquement son état normal : c’est en cela que consiste la persistance des impressions lumineuses. Si le phénomène est ordinairement négligé parce qu’il nous gêne , il est cependant facile à mettre en évidence; pour peu qu’on ait porté dessus son attention, il se reproduit consciemment à tout instant et finit par devenir exaspérant. Son étude est même dangereuse; il ne faut pas en abuser.
J’ai déjà signalé (§ 193) la fatigue de l’œil.
On résume les phénomènes en disant qu 'après l’action de la lumière , il y a persistance de la sensation et diminution de sensibilité pour de nouvelles excitations de même nature.
2° — Voici le phénomène qu’on reproduira sans difficulté :
On ferme les yeux pendant un temps assez long, une ou deux minutes par exemple; pour les mieux protéger contre la lumière antérieure, on les couvre d’un mouchoir.
On se place devant une fenêtre assez éloignée; on ouvre les yeux, on fixe un point du champ. Après une ou deux secondes ou même une fraction de seconde, on les referme. On aperçoit l'image persistante ( ou positive) de la fenêtre dont on distingue nettement les barreaux sombres sur fond lumineux. Plus l’éclairage est intense, plus l’image dite accidentelle est nette et dure plus longtemps.
Voici une autre expérience. Tout le monde sait qu'après avoir éteint une bougie dans une chambre qu’elle éclaire seule, on la voit encore nettement pendant quelques secondes; on en distingue mieux alors des détails qui étaient antérieurement noyés dans son éclat. On distingue mieux la forme d’un filament de lampe à incandescence sur l’image accidentelle que sur l’image directe trop brillante.
En faisant ces expériences, il faut éviter de changer le point de fixation quand les yeux sont ouverts, pour ne pas superposer des images différentes. Après quelques essais (qu’il ne faut pas répéter trop sou-
VISION DES INTENSITÉS ET DES COULEURS
vent), on finit par distinguer à loisir dans l'image accidentelle des détails qu'on n’a pas eu le temps de saisir pendant la seconde ou les quelques secondes que dure l’ouverture des yeux.
Si la lumière extérieure est faible et agit peu de temps, l’image positive que nous venons de définir, disparaît ordinairement sans autre phénomène.
Mais si pendant que l’image positive subsiste, on regarde une surface uniformément éclairée, ou si on éclaire les paupières fermées (elle's sont translucides), ou encore, dans l’obscurité complète, si l’excitation a été très intense, on voit apparaître une image négative complémentaire de la précédente.
Les phénomènes sont très complexes, imparfaitement débrouillés. J'exposerai la théorie de Fechner et d’Helhomltz; si elle ne s’applique pas à tous les cas, au moins elle en contient le plus grand nombre et groupe les plus importants. Comme il s’agit de phénomènes subjectifs , comme il est impossible de vérifier le dire des expérimentateurs, il ne faut accueillir qu’avec la plus extrême réserve les découvertes que ne manquent pas de faire de temps à autre de braves gens qui feraient mieux de pêcher à la ligne. On ne doit prendre pour acquis que les faits sur lesquels des expérimentateurs éprouvés sont d’accord.
3° — Les images accidentelles sont dues a une affection de la