Expériences de Plateau
Plateau utilise le dispositif représenté à gauche de la figure 24. Un des carrés opaques est mû horizontalement par une vis micrométrique : l’expérience consiste à le déplacer jusqu’à ce que les bords verti-
VISION MONOCULAIRE
eaux des deux carrés paraissent dans le prolongement l’un de l'autre.
Plateau trouve que l’irradiation varie avec les individus et pour le même individu avec l’état actuel des yeux. Le premier fait s’explique par une perfection de l’appareil visuel variable d’une personne à l’autre, le second par une accommodation plus ou moins bonne. Il n’y a là rien de plus extraordinaire que de voir la presbytie ou l’hypermétropie varier d’un jour ou d’une heure à l’autre : ce qui est d’observation courante
La théorie de Képler explique aisément pourquoi l’irradiation parait d autant plus grande que l’objet lumineux est plus éloigné : la largeur absolue du cercle de diffusion dépend peu de la distance; sa grandeur relative augmente donc à mesure que la grandeur de l’image diminue.
Plateau trouve que 1 irradiation croît en raison inverse de la distance, pourvu que celle-ci soit notable : cela revient à dire que le diamètre du
cercle de diffusion devient constant à partir d’une certaine distance du point lumineux.
L irradiation se manifeste à toute distance; ses effets sont plus faciles à mettre en évidence pour de grandes distances.
L irradiation croît avec l’éclat de l’objet, mais tend vers une limite. Le fait est plutôt défavorable à la théorie de Plateau et favorable à celle de Képler pour laquelle l’irradiation ne peut dépasser la grandeur du cercle de diffusion.
Lorsque le champ environnant n’est pas complètement noir, l’irradiation diminue; elle s’annule pour deux champs de même éclairement : c’était à prévoir.
Quand, à l’aide de Ienlilles, on s’arrange de manière que l’accommodation soit parfaitement correcte, l’irradiation est rendue minima et quasi nulle. Helmholtz s’étonne avec raison que Plateau continue à soutenir sa théorie après avoir constaté ce fait qui en est la condamnation.
24. Importance de l’irradiation dans les observations astronomiques.
10 — C’est une question qui a été longuement débattue, à savoir si 1 irradiation existe quand on regarde à travers un instrument d’optique. -Il est nécessaire de bien préciser ce qu’on entend par là.
Que dans certains cas, l’irradiation existe, n’est pas douteux : chacun peut le démontrer par des expériences de tous les jours. Mais dans ces expériences précisément l’œil se conduit comme une lunette de très petite ouverture; outre les aberrations qui résultent de son imperfection, il s’y produit des phénomènes de diffraction. Dans ces conditions une aire blanche sur fond noir doit sembler plus grande que la même aire noire sur fond blanc. -
Mais quand on regarde à travers une lunette, l’œil joue un rôle très différent. Il ne fonctionne plus comme lunette; il n’est plus qu’une portion d un oculaire lié à un objectif de grande ouverture ; les phéno-
VISION DES FORMES
mènes de diffraction, possibles dans le premier cas, disparaissent dans le second.
Les astronomes confondent généralement les effets des appareils et les effets de l’œil; faute de les distinguer, ils sont pour ou contre l’existence de l’irradiation suivant la valeur de leurs instruments.
Il semble pourtant que l'irradiation astronomique n'existe pas.
2° — Bessel et Arago ont montré que dans les bonnes lunettes le diamètre apparent d’un disque est égal à son diamètre réel.
André et Wolf font l’expérience suivante.
Dans l’étain d’une glace mince à faces parallèles, on enlève un disque circulaire qu’on observe de loin avec une lunette.
En éclairant par derrière, on voit un cercle brillant sur fond obscur; on amène un fil du réticule au contact de l’image. On place alors la lampe en avant : le cercle paraît noir sur fond brillant : quelle que soit l'intensité de la lumière , le fil et le bord restent au contact.
Si l'irradiation existait, le fil devrait se trouver dans la seconde expérience à une distance du bord apparent double de l’irradiation.
Foucault observait une mire lointaine formée de traits équidistants dont la largeur égale l’intervalle qui les sépare. Si l’irradiation existe telle que le veut Plateau, la résolubilité doit dépendre au premier chef de l’éclairement de la mire : nous savons qu’elle dépend uniquement de l’ouverture de l’objectif, pour un grossissement suffisant de l’oculaire, bien entendu (voir mon Cours sur la Construction ,... des instruments de mesure et d'observation).
Dans les instruments imparfaits, les aberrations, les défauts de mise au point, l’insuffisance de l’ouverture produisent des phénomènes analogues à l'irradiation physiologique qui est due aux mêmes causes mais affectant V instrument visuel.