‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 237 sur 392 · Rendu pictural · texte numérisé non relu

Rendu pictural

1° — Le peintre veut suggérer chez celui qui regarde son tableau, les impressions qu’il a lui-même éprouvées devant un modèle. Mais "il ne dispose que de moyens limités. En particulier ses couleurs sont ternes; même avec le meilleur éclairage, leur luminosité est petite. Force est donc pour le peintre de représenter non pas la réalité, mais les apparences qui résultent des lois de l’Optique physiologique. Il montre ce qu'il voit , tandis que s’il disposait de lumières aussi intenses que les réelles, il pourrait reproduire ce qui est, laissant aux lois de l’Optique le soin de faire le reste.

Quelques exemples expliqueront les sens de ces formules générales déjà rencontrées au § 127.

2° — Loi DE PüRKINJE.

Le peintre veut représenter la lumière éclatante du soleil tombant sur un corps blanc. L’éclat de son blanc est médiocre; il est blanc (§ 195), mais il ne renvoie qu’une petite fraction de la lumière reçue. Par exemple, un morceau de craie se détache en gris sur un nuage blanc, sur un champ de neige....

Pour se tirer d’affaire, le peintre réalise les conséquences de la loi de. Purkinje : il teint son blanc de jaune. Une lumière blanche intense nous paraît jaune; le blanc du peintre est terne : il substitue donc l'effet à la cause. Ce blanc qui ne peut pas nous paraître blanc en raison de son peu de brillant, il lui ajoute une couleur « chaude ».

Inversement , voyant l'effet, nous imaginons la cause; c’est ainsi qu’un paysage à travers un verre jaune nous paraît ensoleillé.

En vertu des mêmes lois psychologiques, quand le peintre veut représenter le crépuscule, la nuit,..., il mélange son blanc de couleurs « froides »,- de bleu, de violet. S’il employait des couleurs d’intensité aussi faible que celles des corps qu’il doit représenter, son tableau serait uniformément noir (§ 213). Pour qu’on distingue quelque chose sur sa toile, il force les intensités; mais il donne l’impression d'une lumière plus atténuée en la bleuissant.

Il reste donc à peu près toujours dans les mêmes intensités absolues ; mais par un judicieux, trompe-l’œil, il suggère les intensités les plus fortes par des jaunes et des rouges, les plus faibles par des bleus et des

IMAGES ACCIDENTELLES ' 347

violets. La loi de Purkinje, qui s’applique aux couleurs réelles à représenter, ne s’applique pas aux couleurs qu’il utilise: il représente donc ses effets pour nous suggérer l’existence de leur cause.

3° — Irradiation.

Le peintre veut figurer la flamme d’une bougie, d’une torche,... plus généralement un espace très lumineux sur un fond sombre (vitrail d’une cathédrale vu de l’intérieur,...). Il représente les effets de l’irradiation, effets qui bien entendu ne se produiraient pas avec les couleurs toujours ternes dont il dispose. C’est ainsi que le soleil est pour lui non plus une surface lumineuse circulaire, mais un disque aux bords flous, auréolé de rayons. La flamme d’une bougie est une tache lumineuse qui s’étale irrégulièrement. Le vitrail n’est plus nettement délimité; on n’en voit plus les barreaux qui sont mangés par la lumière.

4° — Addition des couleurs. Perspective aérienne.

Quand les objets sont très éloignés, leurs images ne sont plus distinctes; elles se superposent sur la rétine, fusionnant leurs couleurs par addition (§ 220). D’où une teinte neutre, uniforme , bleuâtre en général, caractéristique des lointains. Certes la coloration qui résulte d’une absorption sélective des radiations par l’atmosphère, modifie cette teinte; elle existerait cependant pour un air parfaitement transparent, à moins que par hasard il ne s’agisse d’objets monochromes de grandes dimensions.

On donne le nom de perspective aérienne aux modifications de la couleur dues à l’absorption par l’air et à la superposition sur la rétine des images de corps voisins diversement colorés, phénomènes qui tiennent tous deux à l’éloignement des objets.

5° — Ombres colorées.

L’ombre d’un cardinal est noire, personne n’en doute. Mais si le cardinal est en plein soleil, son ombre paraît verte. Le peintre qui veut représenter le cardinal en plein soleil, utilise des rouges qui, même les plus brillants et faute d’un éclairage suffisant, sont trop ternes pour produire un effet de contraste simultané; conséquemment l'artiste supplée à la cause en peignant l’effet : il met du vert dans ses ombres.

Vision binoculaire des couleurs.

2G7. Vision binoculaire des couleurs.

L’expérience consiste à mettre devant l’un des yeux un verre rouge , par exemple, et devant l’autre un verre vert de luminosités à peu près égales (d’une manière plus générale, à recouvrir les yeux de verres de teintes différentes). Les objets paraissent d’abord tachetés en rouge et en vert, avec des alternatives de coloration. Au bout de quelque temps, leur teinte devient uniforme; mais elle ne semble pas être identique à

VISION DES INTENSITÉS ET DES COULEURS

celle qu’on obtiendrait en superposant les deux faisceaux colorés suf l’une des rétines.

Les alternances n’ont rien qui puisse étonner, connaissant la facilité avec laquelle nous savons neutraliser l’un des champs visuels (§ 50). C’est même en cela que la vision binoculaire diffère profondément de la vision monoculaire des couleurs : dans ce dernier cas il nous esi impossible de dissocier Jes teintes reçues.

Voici comment Helmholtz facilite la dissociation.

Il utilise une sorte de stéréoscope de Wheatstone (fig. 227) dont les miroirs sont remplacés par deux verres colorés R et B (rouge et bleu,

par exemple). En L et C sont des dessins très différents, des lettres et des chiffres par [exemple, qu’on ne puisse confondre; on s’arrange de manière à les éclairer peu, tandis que la surface blanche A l’est vivement. L’œil droit voit simultanément le dessin L ( lettres ) par réflexion et la surface A rouge par transmission ; l’œil gauche voit simultanément le dessin C (chiffres) par réflexion et la surface A bleue par transmission.

Voici maintenant l’expérience. Suivant qu’on porte l’attention sur les lettres ou les chiffres, on voit la surface A rouge ou bleue. Autrement dit, les lettres paraissent rouges pur sur un fond rouge blanchâtre; les chiffres paraissent bleus pur sur un fond bleu blanchâtre. Curieux phénomènes à comparer au § 79.

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