Succédanés des chiffons
1° — Maintenant que le lecteur a bien compris ce qu’est le papier, kquel point sa fabrication est simple à partir des chiffons, il est loisible de compliquer le problème par l’hypothèse qu’on n’a pas de chiffons, ce qui est le cas général. Tout ce que nous avons dit de la fabrication à partir de la pâle à papier (eau contenant en suspension des fibres végétales) subsiste évidemment ; il s’agit d’obtenir cette pâte à partir de
la paille, de l’alfa, du bois..., succédanés du chiffon de lin ou de chanvre.
Que le lecteur se rappelle d’abord comment on extrait du chanvre et du lin les fibres textiles qu ils renferment. On a recours au rouissage • on laisse les tiges plongées un certain temps dans l’eau où elles pourrissent. L’isolement des fibres est l’œuvre du bacille amylobacter : il attaque le ciment qui agglutine les fibres; il finirait à la longue parles attaquer elles-mêmes, d’où la nécessité de ne pas trop prolonger le rouissage.
Le teillage subdivise ensuite mécaniquement les faisceaux de fibres désagglutinées. La fabrication du papier à partir du chiffon est particulièrement simple, parce que pour obtenir la fibre textile, on a déjà effectué ces deux opérations qui doivent nécessairement se retrouver dans la fabrication de la pâte à partir de la paille, du bois,... : par un procédé quelconque, il faut désagglutiner les fibres, dissoudre le ciment qui les relie, enfin subdiviser les faisceaux, ce qui nécessite une opération, chimique et une opération mécanique.
2° — Ceci posé, voici comment on obtient la pâte de papier à partir de la paille.
La paille, privée de tous corps étrangers, est triée; on en écrase les. nœuds entre des cylindres, on la hache en bouts de 3 centimètres, on la blute pour enlever les poussières, enfin on la ramollit dans * l’eau chaude.
Pour séparer les fibres, ont fait agir une solution de soude caustique.
APPENDICE I
Elle est contenue dans une chaudière de fer close qu’on chauffe à la vapeur jusqu’à la température qui correspond à 4 atmosphères. Pour que l’agitation soit facile la chaudière est sphérique. On utilise environ 15 kilogrammes de soude caustique pour 100 de paille. Au bout de quatre à six heures l’opération est terminée.
La paille est alors réduite en une bouillie fdamenteuse qu’on lave à l’eau acidulée et à l’eau pure. On broyé la matière à l’aide de cylindres ou de marteaux-pilons, on blanchit; la pâte à papier est obtenue. Le rendement est de 40 p. 100.
L’alfa est une plante qui pousse en quantités considérables dans le Sud Tunisien (du côté de Sfax) et dans le Sud Oranais : on le traite à peu près comme la paille; le rendement est de 50 p. 100. Les fibres sont longues et souples; on les mélange avantageusement à celles beaucoup plus courtes de la paille.
3° — Le bois est employé en quantités énormes pour la fabrication du papier. On distingue la pâte mécanique de la pâte chimique.
La pâle mécanique est le résultat de la division du bois par l’effilochage contre des meules de grès. Ce n’est pas une véritable pâte à papier; elle n’en a ni la structure fibreuse ni les propriétés feutrantes. Elle se prête mal au blanchiment et conserve toujours plus ou moins la couleur du bois. Son principal avantage est son bas prix; on la mélange avec d’autres pâtes dans la proportion de 15 à 50 p. 100.
Elle augmente l’opacité du papier et reçoit bien l’encre d’impression.
Elle est très employée pour les journaux.
Le bois découpé par bûches de 30 centimètres de longueur et privé de son écorce, est appuyé contre la jante cylindrique d’une meule de grès, de manière que ses fibres soient parallèles à l’axe de rotation. La meule a 120 centimètres de diamètre, 40 centimètres d’épaisseur et tourne à raison de 3 tours à la seconde. Un courant d’eau empêche réchauffement et entraîne les fibres obtenues.
Je laisse de côté le détail des appareils destinés à séparer les fibre^ régulières et à retravailler les éclats trop grossiers.
On utilise principalement le pin, le sapin, le tremble, le tilleul, le hêtre, le bouleau, le peuplier.
La pâte chimique de bois est obtenue à peu près comme celle de paille.
Le bois écorcé (généralement du pin) est réduit en copeaux ou en rondelles minces. Il est introduit dans la lessiveuse où agit sous pression la solution de soude caustique. Au sortir de la lessiveuse, il est convenablement lavé, puis désagrégé. Enfin la pâte est blanchie:
Je n’insiste pas sur les divers réactifs (bisulfites, oxydants,...) qui remplacent souvent la lessive alcaline. Il ne s’agit pour moi que de fixer les idées de mon lecteur.
Voici quelques chiffres pour fixer les idées du lecteur.
Il entre dans la fabrication du papier de journal 65 p. 100 de pâte de
FABRICATION DU PAPIER
bois, 25 p. 100 de pâte chimique, 15 p. 100 de vieux papiers sur lesquels la perle de fabrication est de 5 p. 100.
Avant la Guerre la pâte de bois coûtait 13 francs les 100 kilos; la pâte chimique en coûtait 24 et les vieux papiers 7. Les prix ont quadruplé pendant la Guerre.
4° — On cite toujours parmi les papiers extraordinaires ceux du Japon. Ils sont fabriqués avec l’écorce du mûrier à papier. Les tiges sont ramollies par l’eau bouillante. L’écorce est séparée du bois et, après des manipulations destinées à mettre à part la superficie colorée des parties intérieures blanches, l’écorce est traitée par une lessive de soude. Le reste comme plus haut : les opérations ne diffèrent pas en principe de celles que nous 'connaissons.