Rôle de la vision indirecte
1 Nous reviendrons plus loin sur le problème général des horoptères. Lorsqu on fixe un point F, nous montrerons que les seuls points
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vus simples forment une courbe (courbe gauche du troisième degré) qui passe par le point F et par les centres optiques oculaires.
Les points vus simples sont donc l'exception.
L’expérience confirme la théorie.
Alors se pose la question fondamentale : comment n’avons-nous pas ordinairement conscience de voir double presque tous les points du champ visuel?
La raison (que nous retrouverons sous bien des formes) est que nous ne faisons attention à la fois qu’à un objet (celui que nous fixons), et que la sensibilité de la rétine diminue brusquement à une petite distance de la fovea. Comme le dédoublement croît à mesure qu’augmente la distance angulaire de la ligne visuelle et de la droite qui va au point lumineux dédoublé, la diplopie ne devient impossible à négliger en raison de sa grandeur que^ lorsque l’intensité lumineuse, devenue très faible, permet de la négliger en raison de la faiblesse des images.
La vision indirecte tire donc son importance capitale, non pas de ce qu’elle nous donne d’un coup la no tfôri'p révise d’un objet étendu, mais de ce qu’elle nous permet d’amener sans tâtonnement le regard en ses divers points. Elle conserve présente la forme générale de l’objet et coordonne les observations de détail successivement effectuées. Le plus ou moins de précision de la vue d’ensemble n’a plus qu’une importance secondaire, la mémoire se chargeant en définitive de la synthèse.
2° — On a d’intéressantes observations sur la vision indirecte des enfants.
Dans une chambre obscure, à 1 ou 2 mètres de distance, on présente à un enfant de quelques semaines une bougie allumée : il la fixe avec attention. On écarte la bougie d’un mètre sur le côté, le haut ou le bas : il la perd de vue et porte vaguement les yeux ailleurs. Si par hasard il la retrouve, il la fixe à nouveau.
Ainsi, ou l’enfant ne sait pas se servir de la vision indirecte, ou il ne la possède pas encore. Dans les deux hypothèses, l’expérience montre l’utilité de cette vision pour faciliter les recherches préliminaires et la localisation générale.
55. Hypothèse plus exacte sur la correspondance des points des rétines.
1° — Énoncé de la loi de correspondance.
Voici d’abord l’énoncé de la loi plus exacte de correspondance; nous verrons ensuite comment on la démontre.
Supposons les rétines devant nous; celle de l’œil droit se trouve donc à notre gauche, et inversement. Les horizons rétiniens sont en OH, O H'. Nous supposons le plan de regard choisi de manière qu’ils coïncident; les droites du plan de regard sont donc vues simples.
Cherchons alors dans quelle direction par rapport au plan du regard une droite doit se trouver pour qu’elle nous paraisse à angle droit avec
VISION BINOCULAIRE
lui. L’expérience montre que la direction n’est pas la même pour les deux yeux. Appelons méridiens verticaux apparents les directions correspondantes des rétines; ils sont placés comme l’indique la figure 45; ils convergent vers le bas. ;
Nous allons voir que les méridiens verticaux apparent^ se correspondent; admettons-le pour l’instant.
Prenons pour axes de coordonnées les droites obliques HOV, H'O'V',
Fig. 45.
dont les angles sont 90» H- e et 90» — e (l'angle s est petit et de l’ordre de 2°).
Les points correspondants A et A' ont même coordonnées obliques
Il revient au même de dire que leurs distances y cos e, y' cos e, aux
droites OH, O H', et leurs distances
æcose, æ'coss,
aux droites OV, O'V', sont respectivement égales.
D’où cette conséquence singulière : les distances OA, LFÂ', des points correspondants A, A', aux foveas O, O', ne sont égales que sur les axes de coordonnées.
On a :
0 A — \ix2-Ny2N-Zxys\nz , O' A' = y/æ2-bÿ2 — ^xy sins .
La différence est maxima pour x — y. On trouve :
OA = 2æ cos (45° — e ; 2), O'A' == %x cos (45° -+- e ; 2).
La différence relative est de l’ordre de 2 0/0 avec les angles trouvés ci-dessus; elle est mesurable et l’expérience confirme la théorie.
VISION DES FORMES
2° — Méridiens verticaux apparents.
а) Pour vérifier l’énoncé précédent, on place contre un mur deux disques de carton blanc (fi g. 46), mobiles autour de leurs centres et sur lesquels on trace en noir un diamètre. Les centres sont à la hauteur des yeux; leur distance est celle des centres des pupilles (7 centimètres environ). On fixe le centre du disque droit avec l’œil droit, le centre du disque gauche avec l’œil gauche. Le diamètre noir de l’un des disques étant orienté n'importe comment, on s’efforce de placer l’autre de manière qu’il soit vu parallèle au premier ou fusionné avec le premier (ce que nous verrons possible, § 61).
б) Si le diamètre du disque droit est vertical (direction 01), pour la fusion le diamètre du disque gauche doit être incliné suivant OT (j’exa¬
gère de beaucoup la grandeur des angles). Si alors on trouve le disque droit suivant 1,2, 3, pour la fusion le diamètre du disque gauche doit tourner suivant V, 2', 3'. Lorsque les diamètres font le même angle avec la verticale, les images fusionnées paraissent effectivement verticales : on définit ainsi les diamètres verticaux apparents.
L’angle IL, 22', 33', des droites correspondantes au voisinage de la verticale est environ de 2° et demi pour les yeux normaux; il est plus petit pour les myopes.
c) Regardons le système de deux lignes rectangulaires, une horizontale et une verticale. L’expérience montre que les angles 4 et 3 paraissent obtus pour l’œil droit (§ 26). Effectivement l’horizontale reste très approximativement horizontale (voir plus loin) ; la verticale tombe sur le diamètre effectivement vertical de la rétine. Puisque c’est la ligne OV qui paraît verticale à l’œil droit, la ligne 01 lui paraît tournée dans le sens inverse des aiguilles d’une montre par rapport à la verticale. L’angle 1 doit bien sembler plus grand qu’un droit.
VISION BINOCULAIRE
On explique de même que les angles 1 et 3 soient aigus pour l'œil gauche. \
d) On tend un fil à plomb à quelque distance d’un mur uniformément peint; on se met un peu loin du fil. Nous venons de voir que le fil est vu double et que les images dans les yeux ont les directions représentées par la figure 47, D pour l'œil droit, G pour l’œil gauche.
On fixe un bout de papier suspendu en avant du fil; on voit alors du fil des images doubles homongmes (§ 46), disposées comme l’indique la figure : elles convergent vers le haut.
Si le bout de papier, est situé derrière le fil, les images doubles conservent
Diplopie homonyme
Diplopie croisée
Fi °*
x Jo#
leurs directions; mais comme il y a maintenant diplopie croisée , par suite déplacement latéral à partir des précédentes positions, elles convergent vers le bas.
5° — Horizons rétiniens.
Le plan du regard qui amènent en coïncidence les horizons rétiniens (position primaire) n’est ordinairement pas horizontal. Si donc le plan du regard est horizontal, les droites de ce plan sont généralement vues doubles : ce que l’expérience vérifie.
Pour étudier ce qu’il en est, on recommence les mêmes expériences en plaçant le diamètre noir au voisinage de l’horizon.
La correspondance est indiquée par les chiffres 4, 5, 6,... 4', 5', 6'.
L’angle 44', 55', 66', n’est plus que de l’ordre d’un demi-degré.
Pour que, vue avec l’œil gauche, une droite H' paraisse horizontale, il faut donc qu’elle fasse environ un quart de degré avec l’horizon, son extrémité gauche étant au-dessous de l’horizon.
Même résultat pour l’œil droit : c’est alors l’extrémité droite de H qui est au-dessous de l’horizon.