‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 54 sur 392 · Appréciation monoculaire du relief · texte numérisé non relu

Appréciation monoculaire du relief

1 ° — Pour comprendre ce qui suit, le lecteur distinguera soigneusement la conscience de la sensation actuelle et la conscience de sa variation (§ 28).

La comparaison suivante montre de quoi il s’agit. Fermez les yeux et tâchez de mettre l’index à 1 centimètre du pouce, par exemple, sans que préalablement les doigts se soient touchés : vous n’y parviendrez que très grossièrement. Au contraire partez du contact : avec un peu d’exercice vous obtiendiez une précision bien meilleure. Nous avons donc une notion assez nette du mouvement relatif des doigts ; nous n’avons qu’une notion ludimentaire de leur position relative actuelle indépendamment des positions antérieures ; nous n’avons qu’une conscience vague du degré de contraction actuel des muscles.

Seconde distinction fondamentale : la notion qualitative du relief , sa mesure quantitative.

2° — Appréciation de relief par l’accommodation.

L’accommodation varie avec la distance de l’objet. Mais si les variations brusques d’accommodation sont sensibles à la plupart des yeux (encoie le sont-elles peu), la grandeur actuelle de l’accommodation ne fournit aucun renseignement net. On s’en convainc en plaçant un objet de grandeur inconnue derrière un écran percé d’un trou unique; ou encore en regardant avec une loupe deux traits parallèles tracés sur du papier blanc. N ous sommes incapables d indiquer même vaguement à quelle distance se trouve l’image virtuelle fournie par la loupe.

3° — Utilisation de la parallaxe.

Pour juger des distances relatives on peut utiliser la variation des

apparences quand on déplace l’œil. C’est ce que fait le borgne ou le strabique.

Chacun connaît la façon dont les divers plans du paysage courent les uns par rapport aux autres, quand on regarde de la fenêtre d’un train en marche : ici les déplacements relatifs sont exagérés par le mouvement rapide de l’œil. Les physiciens utilisent le même artifice pour mettre l’image d’un objet dans le plan d’un réticule d’une lunette : ils

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déplacent l’œil, et observent les mouvements relatifs de l’image et des fils (voir sur la mise au point mon cours : Construction , etc.).

Une bonne part de l’Astronomie repose sur la détermination des parallaxes. C’est aussi la raison pour laquelle un tableau ne produit jamais la sensation du réel. Pour rendre la représentation moins mauvaise, on conseille de regarder avec un seul œil immobile; ce qui est une manière de dire que l'intérêt d’un tableau n’est pas dans la représentation exacte des objets. r

60 bis. Appréciation binoculaire du relief. Théorie des projections.

1° — Le moyen usuel d’apprécier les distances et le relief consiste à utiliser les deux yeux.

Nous rencontrons ici une théorie célèbre, la Théorie des projections. Elle a passé longtemps pour exacte, mais elle est fausse précisément parce qu’elle oublie les principes posés au paragraphe précédent.

Voici ce que soutient la Théorie des projections . Les deux rétines fonctionnent à la manière des plans de la Géométrie descriptive : nous reportons le point vu à l’intersection des lignes visuelles (§ 14). Sans quil soit nécessaire de mouvoir les yeux , nous avons la notion et la mesure du relief d’après la conscience de la position relative actuelle des yeux, de la convergence actuelle des lignes visuelles. Le jugement sur la distance est dû à la comparaison immédiate des images obtenues simultanément par les deux yeux, comparaison rendue plus précise par le fait que les images sont simultanées.

2° — Éclairage instantané.

Le grand argument des partisans de cette théorie est le résultat de l’expérience suivante :

On regarde un point lumineux A situé dans une caisse noircie.

On fait éclater une étincelle en avant ou en arrière du point A. L’observateur reconnaît si l’étincelle est plus près ou plus loin de ses yeux que le point A, bien que la durée de V étincelle, très inférieure au millième de seconde , ne permette pas le déplacement relatif des yeux.

Quand l’étincelle est entre l’œil et le point A fixé, elle donne des images doubles croisées; ces images sont homonymes quand l’étincelle est au delà de A (§ 46).

L’expérience montre donc que nous pouvons distinguer les deux cas et avoir une notion du relief d'après les sensations instantanées. Mais elle montre également que nous n’avons pas ainsi la mesure de ce relief : dans l’espèce nous sommes incapables d'estimer la distance de V étincelle au point A.

Javal indique une expérience beaucoup plus simple amenant à la même conclusion : pendant que nous regardons un objet, si une mouche vient à passer, il nous est facile de la regarder aussitôt. Nous avons donc pu distinguer si elle était entre nous et l’objet. Ce jugement rapide

VISION BINOCULAIRE

est évidemment dû au seul renseignement que nous possédions : l'existence d'images doubles croisées ou homonymes.

3° — Expériences de Wïj-ndt.

Wundt a institué des expériences où l’appréciation de la distance doit se faire, sinon sans mouvement des yeux, du moins avec le nombre minimum possible de repères.

Il regarde la partie moyenne d’un fil vertical noir AB, qui se détache sur un tond blanc éloigné et aussi uniforme que possible. Les veux sont

en et 02; un système d’écrans noircis ne leur permet de voir que la partie moyenne du fil et le fond blanc : ils n’ont donc aucun repère. Le fil AB est mobile sur un fil horizontal AG; un aide le déplace sans prévenir l’observateur qui doit apprécier sa distance.

L’expérience montre qu’il se trompe grossièrement; l’erreur est de l’ordre de 50 p. 100, en plus ou en moins suivant l’observateur. Par exemple, Wundt estimait les distances à peu près moitié de leur valeur.

Au contraire la perception des changements de distance se fait avec une exactitude relativement grande et telle qu’on peut la prévoir d’après la variation corrélative de la convergence des lignes visuelles (§ 63).

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Le lecteur doit se garder d’une confusion. L’expérience précédente n’a de sens qu’en raison de la suppression des repères. Disposons une baguetle de bois suivant MD : l’appréciation devient plus précise, parce que nous faisons courir le regard le long de cette baguette; c’est alors la variation de convergence qui intervient.

En définitive la conscience de la convergence actuelle ne fournil qu’une indication vague sur la distance, indication qui peut même devenir illusoire quand nous modifions les circonstances ordinaires de la vision.

4° — Expérience d’Helmholtz.

On ferme les yeux. On place un objet, un crayon par exemple, à une distance connue des yeux. On s’efforce de faire converger dessus les lignes visuelles, les yeux restant fermés. On ouvre alors les yeux et... on constate que l’on fixe un point qui est en, avant ou en arrière du crayon (en arrière généralement) : le crayon paraît double. On ne réussit à fixer le crayon sans le voir que si on le touche du doigt : la représentation de sa position est alors plus précise.

61. Relation entre la convergence et l’accommodation. Expérience de Javal.

1° — Avant d’aller plus loin et pour citer une expérience intéressante

de Javal, disons quelques mots de la relation entre l'accommodation et la convergence. .

Qu’une certaine convergence soit ordinairement associée à une accomodation déterminée, est hors de doute. Mais un peu d’habitude permet de dissocier ces deux éléments de la vision nette. Ainsi l’on arrive facilement à fusionner et à voir nettement sans stéréoscope des images destinées à cet appareil (c’està-dire dont les centres sont sensiblement à la distance des pupilles, 7 centimètres Fjo-. 50. en moyenne); ce qui exige

un effort d’accommodation, sans convergence des lignes visuelles.

Voici une expérience facile à répéter (fig. 50).

Sur une plaque de verre V et à une distance inférieure à celle des

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pupilles, on trace deux gros points noirs a et b. On regarde en projetant sur un fond uniformément éclairé (les nuages par exemple). On voit généralement quatre images. Il est facile de fusionner les images voisines, de manière à ramener à trois le nombre des images : deux des images tombent alors respectivement sur les foveas cp qui sont des points correspondants.

La convergence correspond au point de fixation F, l’accommodation correspond à la distance de la plaque V. -

2° — Expérience de Javal.

Quand les images sont réduites à trois, le point central F paraît derrière le verre, à l’intersection des lignes visuelles; l’appréciation de sa distance résulte de la connaissance que nous avons de la distance du verre et de 1 appréciation de la distance relative du point au verre.

A travers la vitre qui porte les points, regardons un nuage, c’està-dire un objet pratiquement à l’infini. Par un procédé quelconque, écartons les points a et 6; le point de fixation F paraît s’éloigner : il semble sur les nuages quand la distance des points a et 6 est celle des pupilles. Jusqu’ici rien que de naturel.

Mais écartons les points davantage : les lignes visuelles divergent. Cependant nous continuons à fusionner les images en ce point F qui nous paraît au delà du nuage . Or comment se figurer qu’un point se trouve au delà d’un autre point qui pour nos yeux est à l’infini? Il faut conclure que les yeux ne renseignent que sur la distance relative de deux points, et non pas sur les distances absolues de ces points.

Les mouvements que les lignes visuelles sont obligées de faire pour converger successivement sur le point F et sur le nuage, nous apprennent que le point est au delà du nuage. Mais nous avons alors perdu conscience de la distance à laquelle le nuage est de nos yeux; le nuage est devenu pour nous un repère de position indéterminée.

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