‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 55 sur 392 · Mouvement des yeux. Théorie de Brücke · texte numérisé non relu

Mouvement des yeux. Théorie de Brücke

La mesure du relief est fournie par le mouvement des yeux.

1° — Que les yeux sont constamment mobiles et qu’il est même très difficile de les arrêter sans une éducation particulière sont des faits d’expérience vulgaire. Regarder un objet consiste à faire voyager le point de fixation à la surface de cet objet, ce qui exige de nombreux tâtonnements visuels. ISous essayons. une série de convergences et d’accommodations dont nous percevons les variations. Ce voyage d’exploration binoculaire permet de reconnaître les points de l’objet qui sont les uns par rapport aux autres plus éloignés ou plus voisins de nous. Le peu de temps nécessaire à ce repérage, à cette localisation relative, ne doit pas donner le change sur la complexité des moyens employés.

Les mouvements des yeux se produisent d’une manière discontinue et par saccades; la vision ne s'exerce que pendant le repos. C’est ce*que prouvent les images accidentelles distinctes du Soleil (§ 216) quand on

Physique. — H. Bpuasse. 7

VISION DES FORMES

essaie de parcourir d’un mouvement continu l’horizon sur lequel le Soleil se couche. C’est ce que prouve également l’observation d’une personne qui lit ou joue du piano. Pour lire une ligne, l’œil effectue un certain nombre (5, 6,...) de saccades, de manière à la partager en 5, 6,... segments qui sont vus nettement les uns après les autres.

2° — Nous jugeons de la distance et du relief, non par la différence actuelle des images (les yeux restant immobiles), mais grâce à cette condition que pour fixer successivement les divers points de l’objet, nous devons recourir à des convergences et des accommodations différentes. Cette palpation est nécessairement liée à une différence dans les images; mais si la différence est circonstance nécessaire de l'appréciation du relief, elle n’en est pas la cause immédiate.

Ce système d’explication est renforcé par deux remarques : l’une psychologique, qu’on ne fait attention qu’à une seule chose à la fois; l’autre physiologique, que l’acuité visuelle diminue rapidement à quelque distance du point de fixation et que la vision indirecte manque de précision. En somme nous ne regardons simultanément qu’un petit fragment de l’objet; nous utilisons pour cela de la partie la plus sensible de la rétine.

3° — Le théorie de Brücke résout la difficulté qu’a soulevée l’invention du stéréoscope, mais qui évidemment existait avant elle : le remplacement de la diplopie par la sensation du relief.

Quand il y a sensation de relief, il y a sur les rétines des images différentes. Donc à supposer les yeux immobiles, il y a diplopie sauf pour le point fixé, les points immédiatement voisins et les points de l’horoptère. Cependant nous croyons voir simple.

L’inventeur du stéréoscope, Wheatstone, en avait conclu à l'inexistence des points correspondants, c’est-à-dire des points des deux rétines dont nous fusionnons toujours les sensations. En effet, disait-il, la vision binoculaire fusionne des images certainement différentes d’un solide, -images certainement disparates. Soit a, et b2 les points des rétines où tombent actuellement les images d’un point qui est vu simple. Soit a, et a, les points ordinairement considérés comme correspondants. Si al et b2 jouent actuellement le rôle de points correspondants, il est clair que ai et a„ sont actuellement disparates ; les points correspondants ne le sont donc pas a une manière absolue et inconditionnelle.

La théorie de Brücke n’admet au contraire ni le fusionnement, ni même la comparaison immédiate de l’ensemble des images d’un corps solide, images qui sont différentes pour les deux yeux. D’après elle nous voyons effectivement doubles les points dont les images ne tombent pas sur les points correspondants des rétines; mais cela ne nous gêne en aucune manière, parce qu’à chaque instant nous concentrons notre attention sur les images reçues par les points des rétines voisins des foveas; les images doubles des autres parties de l’objet passent inaperçues (§ 52). Le travail binoculaire d’où résulte la sensation du relief

VISION BINOCULAIRE

stéréoscopique, consiste donc à palper simultanément les dessins différents respectivement placées devant les yeux, pour en associer au mieux les points, — ce qui implique une série de mouvements des yeux avec variations de la convergence.

Dans la vision binoculaire, Inattention se porte exclusivement sur le point de l’espace qu’on fixe; on néglige tout le reste. C’est en fixant successivement et rapidement les diverses parties des objets qu’on parvient à reconnaître leurs figures et leurs positions relatives.

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