‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 62 sur 392 · Fausse projection · texte numérisé non relu

Fausse projection

1° — Nous arrivons à une question difficile; le lecteur se rappellera qu’il s’agit ici de vision monoculaire plus ou moins alternante; il ne passera pas à ce paragraphe sans bien posséder le précédent.

Supposons qu’une opération pratiquée sur l’œil droit du strabique ci-dessus étudié corrige une partie de son strabisme. Avec son œil gauche il fixe l’objet A, puis il porte son attention sur les sensations

VISION BINOCULAIRE

de 1 œil droit qu’on vient d’opérer. Pour projeter au même point extérieur 1 image directe de l’œil gauche et indirecte de l’œil droit, il s’est accoutumé à trouver la cause de cette dernière dans une direction faisant 1 angle a avec la ligne visuelle habituelle V de l’œil droit, direction qu’il sait repérer par rapport à son corps.

En raison de l’opération, l’angle de la direction du point A et de la nouvelle ligne visuelle V- est devenu (3. Donc l’œil projette faussement l’image indirecte du point A en A', dans une direction faisant l’angle [3 avec la direction V qu’il sait repérer par rapporta son corps.

D'où diplopie avec images croisées.

L’erreur provient de la nonconscience du changement de direction de la ligne visuelle de l’œil droit.

C’est là une diplopie en vision monoculaire alternante qui n’a aucun rapport avec la diplopie ordinaire en vision binoculaire. Si avec une pince on prend la conjonctive et qu’on ramène l’œil droit à

sa direction antérieure par rapport au gauche, la diplopie disparaît.

On dit qu après 1 opération il y a fausse projection ; c’est une manière d exprimer que le patient avait appris à se servir successivement de ses deux yeux en rapportant les champs de vision l’un à l’autre d’une manière correcte. On a modifié la relation de ces deux champs : d’où la diplopie.

2° — Le phénomène a été difficile à interpréter correctement parce qu’on supposait que les points de repère étaient les deux foveas, tandis qu’ils sont en réalité la fovea de l’œil qui fixe et ce qu’on appelle parfois la fovea vicariante de l’œil dévié (§ 52).

Tandis que l’image a de A dans l’œil droit est à l’intérieur de la fovea vraie ©, elle est à l’extérieur de la fovea vicariante f. D’où les images croisées (la projection A' de l’image dans l’œil droit est à gauche de la projection A de l’image dans l’œil gauche) alors qu’on s’attendait à trouver des images homonymes (§ 46).

Si l’on fait des exercices de vision binoculaire, on obtient que la vraie fovea joue un rôle : le malade voit alors binoculairement des images doubles homonymes. On conçoit que leur intermédiaire se présente : le malade projette simultanément en prenant comme repère les fovea f e to; d’où une triplopie binoculaire.

VISION DES FORMES

3 0 — Le malade voit donc dans l’œil droit une image indirecte qu’il projette à gauche. Cependant si son strabisme est alternant et qu’on lui demande de fixer l’objet A avec l’œil droit, sans hésitation il tourne l'œil droit vers la droite ; rotation paradoxale de l’œil vers le côté inverse de celui où apparaît l’objet. Cela tient à ce que pour juger de la position de l’objet, il se sert comme plus sûre de l’indication donnée par l’œil gauche, indication qui localise l’objet à droite.

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