Reconstitution stéréoscopique
1 0 — Ce qui précède n’est pas discutable; il ne s’agit que de propositions géométriques. Passons au problème physiologique de la reconstitution stéréoscopique.
Reprenons la figure 58. Supposons un tableau vertical et deux points de vue O et O', sur une horizontale et à la même distance du tableau. Pour préciser, soit 00' = 6 à 7cm, distance moyenne des pupilles.
Nous obtenons deux perspectives visuelles conjuguées.
Supprimons l’objet, mais laissons les perspectives. Plaçons les pupilles en 0 et 0'. Disposons entre les yeux un écran vertical tel que chacun des yeux n’aperçoive que la perspective qui lui correspond. Pour qu’il en soit ainsi, il faut qu’elles soient assez petites : nous verrons plus loin comment on écarte cette restriction.
L’expérience montre qu’on a la sensation du relief, comme si l’objet existait. Ce n’est pas étonnant puisqu’en définitive rien n’est changé dans les variations de convergence des yeux qui explorent les dessins plans (§ 62).
2° — Il n’est cependant pas exact de dire que rien n’est modifié. Si les variations de convergence sont les mêmes, les variations d’accommodation ne le sont pas, puisque l’accommodation est maintenant invariable; d’où une certaine difficulté pour projeter les perspectives en un solide réel. Tandis que la convergence nous amène à situer telle partie de l’image en avant de telle autre, faccommodation dément cette indication et les laisse à la même distance des yeux.
Répétons la même chose sous une autre forme, parce que l’étude des stéréoscopes repose sur ces considérations.
Les perspectives proprement géométriques que fournit le solide, sont les traces sur le tableau des pinceaux lumineux qui ont pour sommets les points du solide : ce sont donc des objets lumineux n'émettant que dans une seule direction. Nous les remplaçons par des objets lumineux émettant dans toutes les directions. Conséquemment à tout système de perspectives conjuguées peuvent correspondre une infinité de solides différents parfaitement déterminés obtenus par déplacement des perspectives dans les plans ou par déplacement des points de vue. Mais il n’existe pour la reproduction correcte de l’objet qu’une position des points de vue, celle même qui a servi à prendre les perspectives.
Heureusement pour la pratique du stéréoscope, l’œil projette les deux perspectives planes sur un objet extérieur inexistant et qui leur sert d’interprétation, même quand géométriquement parlant les points ne se correspondent pas rigoureusement deux par deux, autrement dit, même lorsque les lignes de visées passant par deux points quasi homologues
PERSPECTIVES CONJUGUÉES
respectivement pris dans les perspectives, ne se coupent pas. Il y a toujours une tolérance; nous voyons en définitive ce que nous voulons voir.
Heureusement encore les objets n’ont généralement pas une forme géométrique définie a priori; leurs petites déformations nous sont indifférentes.
On ne peut expliquer sans ces remarques la théorie du stéréoscope, appareil qui en toute rigueur est un monstre.
3° Donc si nous offrons à l’œil- les perspectives conjuguées, il reconstruit un objet. Il semble d’abord naturel d’admettre que toutes les déformations ci-dessus étudiées se produisent pour cet objet, quand nous déplaçons les yeux par rapport aux perspectives, ou les perspectives 1 une par rapport à l’autre; mais cela reviendrait à dire que nous apprécions les distances absolues par le degré de convergence actuel de l’œil : la théorie des projections que nous savons fausse, reparaîtrait ainsi subrepticement (§ 60 bis).
A ce sujet Helmholtz formule son opinion d’une manière dont la prudence ne laisse pas d amuser. Il cite une expérience de Wheatstone (voir § 81) qui « peut servir à démontrer que, tant qu aucune autre circonstance ne s y oppose , la convergence des lignes visuelles sert à apprécier la distance absolue des objets et, par conséquent, leur grandeur ». La phrase d’Helmholtz signifie que nous apprécions les distances absolues quand nous les apprécions, ce qui ne nous apprend rien. L expérience citée doit être interprétée bien différemment : elle prouve que nous apprécions non les distances absolues , mais les variations de ces distances . Nous ne devons donc pas nous attendre à ce que la théorie géométrique des déformations ci-dessus exposée s’applique intégralement (§ 75).
Stéréoseopie.
Je vais passer en revue les procédés de reproduction plane donnant la sensation du relief par vision binoculaire ( reproductions stéréoscopiques).
Je commence par celui de d’Almeida qui, bien que se passant de stéréoscope proprement dit, montre nettement la nature du procédé.