‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 70 sur 392 · Dessin bichrome. Perspectives alternées · texte numérisé non relu

Dessin bichrome. Perspectives alternées

1 u — Les yeux Ot et 02 donnent sur le tableau T deux perspectives différentes A1 et A2 de l’objet A.

Dessinons-les sur fond noir avec- des lignes rouges pour Ax, bleues pour A2; armons les yeux d’un binocle dont les verres sont : l’un rouge pour l’œil 01? l’autre bleu pour l’œil 02.

L'œil droit ne voit que la perspective droite , l'œil gauche ne voit que la perspective gauche : d'où la sensation du relief.

VISION DES FORMES

Ai

Fig.

On peut imprimer les dessins en deux couleurs sur fond noir. On peut aussi projeter sur un même écran, à l’aide de deux lanternes de projection, des diapositifs colorés en rouge et en bleu; les spectateurs sont armés de binocles bichromes : chaque œil ne voit que la perspective qui lui correspond.

La partie essentielle des procédés stéréoscopiques est contenue dans la phrase soulignée : il s’agit toujours de présenter respectivement aux yeux des perspectives différentes, de telle sorte que chaque œil ne voit

que celle qui lui convient.

On peut réaliser les conditions énoncées avec un obturateur tournant. C’est un système de disques percés de trous au moyen duquel on découvre successivement et un grand nombre de fois par seconde l’œil droit ou l'œil gauche, qI simultanément on projette la perspective qui correspond à l’œil droit ou à l’œil gauche.

Dans ce cas il n’est plus nécessaire que les projections soient colorées.

A la vérité les images ne sont plus permanentes, mais il importe peu en raison de la persistance des impressions visuelles (§ 163).

2° — Le problème est de savoir quelle relation existe entre l’objet qui a servi à obtenir les perspectives, et l’objet restitué.

Il y a identité si les conditions implicitement posées ci-dessus sont réalisées. Mais autant dire qu’elles ne le sont jamais. Insistons, car les mêmes remarques s’appliquent à tous les procédés stéréoscopiques.

Nous supposons que les perspectives sont projetées sur le tableau, en grandeur et position relative, telles qu’elles seraient obtenues en prenant les points de vue en Oj et 09 où se trouvent les points nodaux antérieurs des yeux. Mais rien ne nous empêche de nous déplacer par rapport au tableau et d’écarter plus ou moins l’une de l’autre les perspectives que nous projetons. Aux déplacements relatifs correspondent des déformations de l’objet restitué, déformations ci-dessus étudiées. Rien ne nous empêche aussi de prendre les perspectives projetées en supposant aux yeux un écartement différent de l’écartement moyen.

Bref nous voyons en relief un objet qui n’a généralement qu’un lointain rapport avec la réalité. L’expérience prouve que cela n’a aucun inconvénient, les yeux montrant une tolérance dont la cause principale est l’ignorance de la forme exacte des objets : pourvu que la déformation ne soit pas caricaturale, nous nous déclarons satisfaits.

En définitive ne demandons pas à la vision stéréoscopique une préci-

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sion généralement impossible à réaliser et qui ne présente aucun inlei et quand elle est possible.

Encore supposons-nous dans ce qui précède que la vision stéréoscopique Restitue un objet bien déterminé, conformément à la théorie géométrique des §§ 74 et suivants.

En réalité tant s’en faut qu’il en soit ainsi : la distance de l'objet restitue reste généralement indéterminée; seul est déterminé son relief u est ce fiue prouvent les expériences suivantes.

/8. Dissociation du relief et de la position absolue.

L° ~ EUes s<>nt particulièrement instructives et ne demandent aucun appareil spécial.

Supposons comme précédemment les yeux en O , et O,, le tableau

en T et les perspectives de l’objet dessinées sur le tableau (fig. 62) Pour préciser supposons le tableau au delà de la distance minima de vision distincte, de manière que les perspectives soient vues sans fatigue.

Qu'arrive-t-il si nous écartons les perspectives l'une de l'autre jusqu'à les séparer ? 1

L expëiience montre que Ton continue à les fusionner, et que la sensation du relief subsiste à peu près sans modification.

Avant d aborder 1 explication de ce curieux phénomène, il est îiécessaiie que le lecfeurs exerce à réaliser l’expérience. Pour la faciliter, j’ai fait dessiner deux cônes en double perspective (fig. 63 et 64). Il armera ses 3 e u x dune paire de binocles à verres convergents, de distances focales par exemple comprises entre 10 et 30 centimètres. Il placera le dessin double à une distance de ses yeux telle qu’il le voie sans fatigue,

VISION DES FORMES

puis disposera devant son nez un morceau de carton noirci empêchant l’œil droit de voir la perspective gauche, l’œil gauche de voir la perspective droite.

Il commencera par avoir la sensation de deux images différentes.

Fi"-. 64.

Gela tient à ce que généralement on ne sait pas dissocier l’accommodation de la convergence; d’où résulte qu’on regarde avec les deux yeux successivement chacune des images. Mais peu à peu les images semblent marcher l’une vers l’autre et brusquement fusionnent en donnant la

sensation du relief. Alors on finit d’orienter convenablement le dessin de manière à supprimer la diplopie qui subsisterait et qu’on rétablit à volonté en faisant tourner le dessin de quelques degrés à partir de l’azimut optimum.

2° — Il est paradoxal que le relief subsiste inchangé quel que soit l’écartement des perspectives conjuguées (à la seule condition qu’on ne dépasse pas la distance des pupilles, ce qui exigerait un

strabisme divergent pour la vision simultanée des perspectives).

Nous retrouvons ici ce que nous avons déjà dit sur l’impossibilité de déterminer la distance absolue par la vision binoculaire; elle ne fournit que les distances relatives (§ 61).

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Nous reconnaissons par exemple que la flèche A est inclinée sur le tableau T (fig. 65) à ce que ses perspectives A, et A2 sont inégales, ou, ce qui revient au même, à ce que les angles aq et a~> dont il faut faire tourner respectivement les lignes visuelles pour aller d’un bout à l’autre de ces perspectives, sont inégaux. Or le rapport oq : oc2 change peu, ne change pas à la précision de l’appareil de mesure, quand on déplace les perspectives Aa et A2 dans le tableau. Donc l’angle que fait la flèche A avec le tableau, reste inaltéré par le déplacement des perspectives : ce qui revient au même, le relief ne change pas.

Toujours avec la même précision limitée, il ne change pas davantage quand on rapproche ou qu’on éloigne le tableau, les angles oq et a., augmentant ou diminuant alors sensiblement dans le même rapport. On explique ainsi le paradoxe d un objet situé à une distance indéterminée et dont le relief semble à peu près invariable.

Cette expérience est en contradiction absolue avec la théorie des projections (§ 60 bis).

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