‹ Visions antiques: La danseuse, romanChapitre 5 sur 10 · PSYCHÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ

E surlendemain, Elius, ayant terminé ^S^^ ses préparatifs, allait partir. Il se t^\ promenait au soleil couchant sur le bord de la mer et caressait une dernière fois du regard la ville et le golfe heureux. Il s'abandonnait, en les contemplant, à la mélancolie d'un regret qui n'était point sans quelque douceur. Il y en a toujours dans les chagrins les plus sincères de la jeunesse : il lui semble volontiers que son infélicité présente la rend créancière de la vie, qui lui doit sa revanche dans l'avenir sans limites. Et d'avance elle rêve aux futures joies, compensatrices de la tristesse actuelle.

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Certes, en même temps que la ville des plaisirs, le jeune chevalier regrettait son amie. Marcia était la plus flatteuse maîtresse : son rang comme sa beauté la mettaient à part de toutes les autres; il se sentait pareil au voleur de temples qui a ravi l'image d'une déesse, et il savourait avec une terreur délicieuse son sacrilège. Mais aussi Marcia était fantasque et hautaine; sa jalousie n'accordait guère de trêves à son amant; elle se mêlait aux moindres incidents de leur vie; elle aigrissait jusqu'à la saveur de leurs baisers. Dans les derniers temps, il commençait d'en éprouver quelque fatigue.

Et aujourd'hui, malgré le vide que lui laissait Marcia disparue, il ne pouvait s'empêcher, à sa honte, de ressentir un vague soulagement. C'en était fini des disputes sans motif, des silences plus pénibles encore qui tombaient tout à coup entre les amoureux, parce que Marcia venait d'être troublée par un rappel inattendu de ses craintes jalouses, au sujet de Psyché ou de toute autre rivale imaginaire.

La secousse brutale de la catastrophe avait réveillé Elius de ses illusions comme un dormeur de son rêve. Il se rendait compte, sans vouloir se l'avouer encore, que Marcia lui avait donné

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les ivresses du plaisir et de l'orgueil, mais aucun bonheur. Parce qu'elle s'était vouée à lui, elle prétendait le faire son esclave; toujours fière, grave et passionnée, elle lui imposait sa propre nature, méconnaissant la sienne qui était joyeuse et tendre, mais légère. Seul, le désir réciproque avait pu créer entre eux un accord, qui cessait aussitôt qu'ils cessaient d'être des amants impersonnels pour redevenir Elius et Marcia.

Le jeune homme s'en voulait de penser toutes ces choses au moment même où son amie était séparée de lui et livrée à la vengeance de l'époux trahi; mais il ne pouvait s'empêcher de les penser parce qu'elles étaient trop vraies.

Elius rêvait debout sur le rivage, au bas du Pausilippe. S'il s'était retourné, il aurait vu la maison de Furius et les jardins, la prison de Marcia. Il avait devant lui Pithécuse, l'île bienheureuse, avec l'Epomeus qui portait sur ses flancs la villa des délices, et sur son faîte déchiqueté le temple d'Apollon où ils avaient dormi le sommeil fatidique. Alors il songea qu'une partie de l'oracle, déjà, était accomplie : Furius avait été instruit de leurs amours et il avait voulu tuer Marcia. Mais il se reprocha aussitôt cette pensée superstitieuse et haussa les épaules. Ce

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léger mouvement de honte imprima un tour plus vif à ses idées, et il sentit au fond de lui-même sourdre des espérances encore imprécises, une sorte de gaieté inexplicable.

Il était agité par une attente joyeuse, comme s'il allait recommencer la vie après la ruine de ses premières amours. Il lui sembla qu'un bonheur inconnu était en marche vers lui et qu'il n'avait qu'à le laisser venir. Quelle serait cette félicité mystérieuse et par qui lui arriverait-elle? Peu lui importait, en vérité, et c'était affaire à la destinée. Le certain, c'est qu'elle s'approchait, qu'elle lui apportait les compensations qui lui étaient dues. N'était-il pas jeune, beau, digne de l'amour de toutes les femmes puisqu'une d'elles, parmi les plus orgueilleuses et les plus splendides, l'avait choisi pour être son amant, son roi? L'exil même où il était condamné lui apparaissait comme une aventure merveilleuse qui allait renouveler son existence. Il entrait dans l'avenir en conquérant, aux chants des sirènes, aux fanfares de la joie. Et il se répétait le mot de CatuUus, son poète : « Vivons ! »

Comme il rêvait ainsi, il tressaillit tout à coup. Ce n'était plus la musique d'un songe qu'il entendait maintenant : c'était, tout proche

de lui, un concert d'instruments et de voix. Il se retourna : une troupe d'histrions venait derrière lui, près de le rejoindre : Psyché la conduisait.

Il l'avait presque oubliée : seule, la jalousie de Marcia, ses allusions, ses reproches, lui avaient rappelé de temps à autre qu'un jour à Baies, dans un festin chez le riche Lamia, une jeune Grecque, après avoir paru dans plusieurs actions mimées et triomphé, s'était démasquée devant lui, et qu'il l'avait trouvée belle. Tout à l'heure, quand il s'exaltait à la pensée d'un nouvel amour qui devait réparer ses destins momentanément abattus, il ne songeait même pas à elle, à l'apparition évaporée.

Mais, en passant devant lui, elle regarda de son côté par hasard, et, l'ayant reconnu, elle lui sourit. Alors il comprit tout à coup que les dieux la lui envoyaient, et que c'était elle cet amour et cet avenir qu'il ne fallait pas laisser s'envoler de sa vie.

« Psyché! » dit-il, et il ouvrit les bras.

Elle s'était arrêtée; un instant peut-être elle hésita. Puis elle courut à lui, rapide comme une biche.

(( Psyché! » répéta- t-il.

Elle avait obéi à son appel, docilement.

comme lorsqu'ils s'étaient vus à Baies. Pour l'un et pour l'autre, il semblait que rien ne se fût passé depuis lors, qu'ils se découvraient, s'attiraient mutuellement pour la première fois. Déjà, elle était contre sa poitrine, elle offrait aux lèvres du jeune homme son visage et ses cheveux dorés.

Pareillement, la troupe des histrions s'était arrêtée, goguenarde, au bord du chemin. Le chef plaisanta :

(( La tourterelle a trouvé son tourtereau, » dit-il. Et il imitait le bruit des baisers.

Mais bientôt il s'impatienta :

« Le vaisseau va partir, gronda-t-il, et il faut que nous soyons demain à Gaète, dès la première heure. Viens, Psyché, tu trouveras là-bas d'autres amours. »

Les bras au cou d'Elius, elle lui répondit en tournant à peine la tête :

(( Laisse-nous, Bathyllos, et va-t'en. »

L'homme haussa les épaules.

« Bon, bon, dit-il: tu nous rejoindras à l'hôtellerie. »

Et la bande s'éloigna; on entendit quelque temps encore le son décroissant des voix et des sambuques. Elius et Psyché demeuraient enlacés

silencieusement. Devant eux la mer violette s'assombrissait dans le soir.

« Psyché! Psyché! murmura enfin le jeune homme.

— Tu t'es souvenu de mon nom? dit la jeune fille.

— Comment l'aurais-je oublié? répliqua-t-il en plaisantant doucement. Psyché, dans ton langage grec, veut dire âme. Tu es mon âme, petite Psyché.

— Flatteur! El toi, comment t'appelles-tu?

— Elius.

— Elius!... répéta-t-elle plusieurs fois, Elius!... Hélios est un des noms d'Apollon, dieu du soleil... Tu es mon soleil, Hélios!

— O ma Psyché, je t'aime. »

Là-dessus, elle éclata de rire, puérilement, comme une petite fille malicieuse.

(( Ce n'est pas vrai! ce n'est pas vrai! Ce n'est pas moi que tu aimes. C'est cette dame impérieuse qui t'a empêché de me suivre à Baies, tu te souviens? après le souper chez ton ami Lamia... C'est elle que tu préfères, puisque tu l'as suivie, et non pas moi.

— Je ne dois plus la voir, » répondit Elius. Et il s'étonna lui-même d'avoir prononcé ces

mots sans tristesse. Quelques jours auparavant, il lui eût semblé qu'il proférait ainsi son propre arrêt de mort.

(( Bien vrai? » interrogea-t-elle.

Il lui raconta à peu près ce qui s'était passé, le scandale, la sentence de l'empereur. Elle marqua une joie naïve en apprenant qu'il était exilé.

(( Alors c'est sûr, en effet; tu ne la reverras plus... Oh! que je suis contente!... Et tu pars bientôt?

— Dans une heure le navire sera prêt. »

Ils se turent encore. Puis la jeune fille leva vers lui sa tête blonde, fixa ses yeux sur les siens : ils suppliaient à la fois comme les yeux d'une fillette qui désire un jouet, et comme ceux d'une femme éprise qui sollicite quelque grâce amoureuse.

« Elius!

— Ma Psyché?

— Emmène-moi ! »

Toute la tendresse et tout le désir étaient dans ses yeux.

« Je veux bien, » dit Elius.

Vivamus et amemus, répétait en lui la voix intérieure qui résume la sagesse d'ici-bas. Vivons,

aimons ! La destinée elle-même confirmait l'ordre du poète. Quel crime il aurait commis envers elle s'il avait laissé fuir l'occasion divine !

Il serra de nouveau Psyché dans ses bras. Le violet des flots devenait plus profond, comme si le gouffre embaumé se fût ouvert, lui aussi, à la passion ; les lignes du rivage tremblaient comme en émoi, dans la lumière mourante; la nature parut un instant accorder avec ces deux cœurs humains les battements de son cœur universel.

Llius montra de la main à la jeune fille un navire dont les fins agrès rayaient de lignes noires le bleu du ciel, et dont les voiles se gonflaient pareilles aux nuages, resplendissants d'une neige dorée, qui nagent parfois dans l'éther un soir d'été.

(( Vois, lui dit-il, comme il frémit, comme il tressaille et se soulève en mesure sur les vagues. Tel est le cheval qui attend son maître et qui est déjà impatient de s'élancer.

— Partons ! » dit-elle.

Maintenant le navire s'en allait sous les étoiles, chargé de coffres précieux qui brillaient dans la nuit. Ils contenaient les richesses de l'exilé.

Elius s'enfuyait avec Psyché vers l'île de Caprée, où il avait rêvé de conduire Marcia.

Il était assis sur un banc couvert de pourpre; à ses pieds, Psyché s'était couchée à demi, comme une esclave; elle reposait sur les genoux du maître sa tête charmante dont les yeux se levaient amoureusement vers les siens. Elius retenait prisonnière la petite main de la jeune fille et il se penchait sur elle. Il l'attirait à soi, elle aspirait vers lui. L'étendue demeurait parfaitement silencieuse, et, la lune étant nouvelle, une douceur noire tombait du ciel fourmillant d'astres. Comme on n'entendait plus le monde, on ne le voyait pas davantage : la barque trouait, en avançant, des ténèbres opaques aussitôt refermées derrière elle. Elius compara ce second voyage au premier, qu'avait escorté la pompe du soleil couchant, parmi la musique des voix, des flûtes et des cithares. Il avait ressemblé, celui-là, à un déparc triomphal pour l'aventure; celui-ci était un exode furtif vers une retraite d'amour bienheureuse.

Il savoura d'avance toute la suavité qui lui était promise. Et, comme s'il eût voulu la boire aux lèvres de la jeune fille, il se courba davantage vers Psyché.

Quand il eut tari la douceur de cette bouche, une autre fantaisie le prit. Il désira connaître dans son passé cette nouvelle amie que lui envoyaient les dieux, et par quels chemins elle lui était venue. Car il ne savait rien d'elle encore, sinon que c'était une petite danseuse grecque, très adroite et très belle et qui l'aimait.

Alors il interrogea Psyché et elle lui répondit avec empressement, tout heureuse qu'il fût ainsi curieux d'elle.

(( Je suis née a Milet, dans l'Ionie fortunée. Milet, mon cher seigneur, est une ville délicieuse. On y voit les plus belles femmes de toute la Grèce, les plus brillantes étoffes et les ivoires les mieux travaillés. L'esprit des habitants est ingénieux, leur parole ornée et plaisante : ils montrent du goût et de l'invention pour les fables. La tête branlante de la vieille qui file sa quenouille en tremblotant est pleine d'histoires merveilleuses. Telle, si tu t'en souviens, celle de Psyché, l'amoureuse de l'Amour, d'après qui je me nomme. Les Milésiens aiment tout ce qui embelHt la vie : les caresses des femmes, les recherches du luxe, l'oisiveté divine, et enfin les mensonges des poètes, enchantement des heures molles et dorées. C'est te dire si les

musiciens et les mimes sont en faveur auprès d'eux.

« Mon père était l'archimime Hylas, et ma mère, joueuse de flûte, s'appelait Dircéto. Les jeux de mon enfance furent ceux de la scène, et ils n'étaient point toujours sans larmes, car il me les fallut apprendre difficilement, et ma mère, qui me donnait des leçons, une longue baguette à la main, n'était pas toujours indulgente à mes erreurs. Pour que je devinsse une danseuse habile, elle me contraignait à des exercices pénibles : je devais, par exemple, faire de mon petit corps une sorte de boule et rouler sur moimême comme un cerceau. J'avais souvent les membres douloureux et meurtris par les coups de férule. Cependant les études m'intéressaient : je devinais que ces enseignements me serviraient bientôt à paraître plus gracieuse et plus belle, je me passionnais pour un art qui me donnait les moyens de plaire davantage. Je connus que les mains, jointes au-dessus du front ou terminant le geste invocateur des bras, en entr'ouvrant les doigts comme les pétales disjoints d'une rose, expliquaient, mieux que des paroles, tous les mouvements de l'âme imités par la danse. Je sus me servir du manteau et du voile.

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Le voile, je l'écartais à demi, ainsi que fait l'épouse à l'heure nuptiale, lorsqu'elle découvre pour la première fois son visage à l'époux. Je le déployais en marchant et paraissais ainsi sortir, comme l'aurore, d'un nuage. Pour le manteau, je le lançais en l'air, et les bras en arc je le faisais flotter arrondi au-dessus de ma tête, qu'il encadrait, gonflé de vent; il retombait ensuite et devenait une écharpe plissée, imitant les stries lumineuses qui vibrent au ciel dans les crépuscules du matin et du soir. Parfois j'accompagnais ce jeu d'un bond soudain, et je paraissais sauter à la corde. En dansant, je chantais et je choquais des crotales. Mes progrès étaient rapides : de danseuse, je devins acrobate : je me jetais sur les mains, d'un élan hardi, entre des épées droites, et je m'évadais, par un saut en arrière, de ce champ périlleux.

(( Quand je n'ignorai plus rien de la gymnastique et de l'orchestique, mon père m'enseigna l'art de mimer, qui est le premier et le plus difficile de tous les arts. Il y était fort habile.

(( Tu ne saurais imaginer, Elius, comment il dansait la scène de l'adultère de Vénus et de Mars. L'avertissement donné par Phébus au mari outragé, les embûches de Vulcain, les

chaînes invisibles, la honte de Vénus, les prières de Mars, le rôle des autres dieux appelés par le noir forgeron pour être témoins de son déshonneur, il représentait tout cela à lui seul, aussi clairement que l'eussent pu faire plusieurs acteurs se servant de leur voix. Dans Achille à Scyros, il faisait voir les vierges filant et tissant, et, au milieu d'elles, Achille habillé en femme; on croyait apercevoir Ulysse paraissant à la porte et entendre Diomède sonner de la trompette.

(( Le jeu de ses mains, qui savaient tout dire, rendait sa danse plus éloquente qu'aucun discours. J'entendis un jour un très savant homme déclarer : « Les mains du mime Hylas ont une (( philosophie: ce danseur m'apparaît comme un (( néo-pythagoricien, dontle silence signifie bien (( plus de choses que les déclamations des rhé- ({ teurs. )) Je fus tout heureuse de l'ouïr parler ainsi, bien que je n'eusse rien compris à ses paroles, sinon qu'elles étaient une louange.

— Moi, je les comprends, dit Elius, et j'estime que ce docte spectateur avait raison. Lorsque tu danses, ma Psyché, ta tunique qui se soulève me fait mieux comprendre l'idée du beau que les bavardages de Platon, et toute son esthétique

ne vaut point la courbe de tes bras arrondis en berceau au-dessus de ta tête. ))

Psyché sourit. Elle n'avait guère lu Platon, mais le regard amoureux du jeune homme éclairait pour elle ces propos un peu difficiles.

Au bout d'un instant, elle continua; sa voix s'était soudain attristée :

(( Hélas ! cet art divin de mon père lui a coûté la vie. S'il n'eût été qu'un simple laboureur poussant sa charrue dans quelque campagne de notre claire Hellade, un humble potier, content de gagner quelques drachmes à pétrir des vases rustiques, s'il n'eût été ni si célèbre ni si habile, s'il n'eût pas été Hylas enfin, je ne serais pas orpheline. »

A la clarté de la lune, Elius vit une larme éclore entre les paupières de la jeune fille. Il lui pressa la main.

(( Ces souvenirs sont terribles, murmurat-elle.

— Pourquoi les rappeler? »

Elle ne répondit pas; elle suivait sa pensée.

« Les mimes plaisent aisément aux femmes. Agathon, le meilleur de notre troupe après mon père, avait été battu de verges pour avoir souffert que l'épouse d'un citoyen romain, éprise de

lui, le suivît sous un habit de serviteur et les cheveux coupés comme un jeune garçon. Le sort d'Hylas fut bien pire.

(( C'était à Alexandrie. Notre troupe y avait joué au milieu d'un grand concours de peuple et avec un succès extraordinaire : le sujet de la pantomime était la mort d'Adonis. Mon père s'y était montré tellement admirable qu'il avait arraché des larmes aux spectateurs, et surtout aux spectatrices. Lorsqu'il fut étendu sur la couche funèbre jonchée d'une peau de lion, des sanglots et des cris éclatèrent, comme à un deuil véritable; les femmes s'arrachèrent les cheveux et déchirèrent leurs vêtements. J'étais alors une fillette, à peine entrée dans l'adolescence; pourtant le souvenir de cette représentation, qui devait être la dernière du grand mime Hylas, m'est demeuré présent comme ceux d'hier et davantage. Mais écoute et tu sentiras la cruauté de ce qui suivit.

(( Parmi celles qui avaient applaudi mon père avec le plus d'enthousiasme se trouvait l'épouse d'un magistrat romain. Poussée par les aiguillons implacables de Vénus, elle se rendit en plein jour dans, la maison où nous étions logés. Je ne sais plus ce qu'il advint d'elle.

mais mon père fut arrêté, son procès instruit et jugé le jour même. On le condamna à l'amphithéâtre.

(( Il s'agissait de le faire périr d'une mort ingénieuse et qui fût un spectacle agréable à la multitude. Les Romains, Elius, sont capables de ces raffinements atroces, que des Grecs n'inventeraient pas. Peu de jours auparavant, des criminels avaient paru aux arènes, couverts de tuniques somptueuses et brochées d'or, ainsi que de manteaux de pourpre enguirlandés d'or; soudain s'étaient échappées de ces magnifiques vêtements, comme de ceux de Médée, des flammes qui avaient dévoré les misérables; et c'était le supplice des tuniques fâcheuses \ On avait reproduit le tourment d'Ixion attaché sur sa roue, le bûcher d'Hercule, et le barbare héroïsme de Mucius Scsevola tenant sa main sur le brasier jusqu'à ce qu'elle fût consumée... L'ironie se mêlait à la férocité, et le châtiment éclatait avec des surprises habilement ménagées. Ainsi, des malfaiteurs, contre lesquels le peuple était particulièrement irrité, furent poussés dans l'arène ; ils apparurent vêtus et parés comme des sa-

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