‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 114 sur 135 · D RD ET · texte numérisé non relu

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que par le bon goût et l’art qui ont présidé à leur fabrication, nous montre également des vases imitant le cristal de Bohème, avec le même genre de taille et une coloration tout à fait identique. Ces vases fond jaune, sur lesquels est gravée une chasse au sanglier qui se détache en blanc par le fait de la taille, sont tout à fait remarquables.

Beaucoup d'autres pièces méritent d’être citées : nommons entre autres deux candélabres d’un grand modèle; deux grandes urnes, dont la forme élégante et gracieuse est en harmonie parfaite avec un fond blanc sur lequel se détachent plusieurs cercles verts dentelés, dont l'effet est des plus agréables; enfin deux autres vases en cristal rose, gravés d'un genre tout à fait nouveau. |

Après les grandes cristalleries de Baccarat, Saint-Louis et Clichy, nous devons citer ceile de Lyon, de MM. Billaz et Maumené. Cette cristallerie s’est proposé pour but la fabrication des cristaux demandés par le commerce, et son exposition nous prouve qu'elle l’a atteint; en effet son cristal est d’une limpidité parfaite, bien fondu, franc de ton et d’une teinte constante. Il possède donc les qualités qui font le cristal vraiment beau.

Parmi les pièces qu'expose la cristallerie de la Villette, nous remarquons particulièrement une coupe en cristal d’un rouge magnifique, dont la sévérité du dessin n’est égalée que par la beauté de la couleur, la vivacité et la rectitude de la taille.

Au nombre des maisons dont le bon goût doit être mentionné, nous trouvons toujours avec plaisir celle que dirige M. Launay-Hautin depuis nombre d'années. Ses vases gros bleu, ainsi que la coupe montée en bronze doré, d’un style correct, gracieux et léger tout à la fois, brillent par l'éclat du cristal et par une coloration des plus intenses, J1 expose en outre une collection de vases et une cave d'un modèle tout à fait nouveau, remarquable par un luxe inouï de dorure et de ciselure. |

La verrerie de Vallerystal, dont les produits sont appréciés depuis longues années dans le commerce, nous donne des: échantillons tout à fait distingués de ce qu’elle peut faire, tant comme imitation parfaite du genre. Bohème, avee les qualités qui le distinguent, la coloration et la grande trans-

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parence, que comme. pureté dans la forme et dans l'exécution, | . La foule s'arrête étonnée vis-à-vis d'un lion en verre filé de grandeur naturelle dont les formes heureusement saisies font comprendre la puissance et la force de ce roi de la nature. M. Lambourg, l’auteur de ce travail extraordinaire, se livre plus habituellement à des travaux plus riants : ses colombes se becquetant, ses fruits si parfaits de forme et de couleur sont là pour attester notre dire.

Les verres de couleur sont représentés avec éclat au palais de l'Industrie par les maisons Utier et Wallisf. Les grands vitraux qui décorent les deux extrémités de la nef prouvent que l’art de la peinture sur verre est loin d’être perdu, ou du moins que, s’il l’a été, nous avons été assez heureux pour le retrouver.

M. Uiter et Cie ont en outre un choix de gobeleterie des plus remarquables; les bouteilles qu'ils exposent, indépendamment d’une forme svelte, ont la grande qualité, si recherchée du commerce, d'être à fort bas prix.

M. Mongin ainsi que MM. Beaux et Duhoux ont des modèles de verrerie bien choisis et d’une coloration uniforme qui atteste une fabrication soignée dans tous les détails.

Les cylindres remarquables par leur régularité qui sortent de la manufacture de Bagneux, appartenant à Mme veuve Bernard, méritent à tous égards d'attirer l'attention du public.

La verrerie de Sèvres se distingue par des cylindres tout à fait colossaux. En les examinant, on se demande où M. de Sussex a pu trouver le géant dont la poitrine pouvait renfermer la quantité d’air qui a séparé le verre liquide. Il est vrai que cette poitrine appelle à son aide de l’eau, qu’elle réduit en vapeur. La limpidité, la transparence et la couleur ne sont pas moins étonnantes que l'ampleur des cylindres.

Parmi les verres à vitres français qui font honneur à nos exposants , citons ceux de la maison Patoux et Drion, si connue dans le commerce pour ses verres au largue, et les maisons Renard et Duthy qui ont fourni les verres demi-opaques qui couvrent le palais de l'Industrie. É met

MM. Duthy, Van-Cauwelaert Wagret ont des échantillons. de bouteilles également beaux et de formes variées pour les

vins des différents crus, 2 à 4 à

L'Angleterre n'a presque rien fait venir à l'Exposition. A-t-elle craint la concurrence? Nous le croyons, et elle a eu raison. Cependant les quelques pièces qu’elle soumet à nos regards sont, comme cristal et même comme taille, trèsremarquables; seulement la taille en est creuse et se compose de deux surfaces triangulaires qui se rencontrent par leur grand côté.

Cette taille, dite en diamant de flot, à été fort usitée en France; mais on l’abandonna, il y a environ vingt ans, à raison de la perfection avec laquelle elle se laisse imiter au moulage. Les quelques pièces exposées par M. Daniells, de Londres, venant de la cristallerie de Stourbridge , ne méritent donc de fixer notre attention que par la pureté et la limpidité du cristal.

Parmi les pièces qui méritent une mention toute particulière , citons les lentilles en crown-glass, que la manufacture de MM. Chance frères sait toujours maintenir au rang qu’elles occupent dans le monde savant. Ces lentilles, dont la pureté et la limpidité parfaite et presque sans coloration aucune, assurent aux disques lenticulaires anglais pour objectifs une valeur difficile à surpasser. L'exposition de M. Chance est sous tous les rapports la plus importante. Nous en avons déjà dit quelques mots dans notre description générale de l'exposition anglaise.

La Belgique, pour nous prouver ce qu'elle peut faire, nous a envoyé, d’une manufacture anglaise, qui s’est établie depuis peu de temps à Floreffe, une glace en blanc, dont les dimensions et la limpidité sont dignes d'un établissement que de longues années d'étude auraient préparé à un triomphe.

Dans l'exposition de MM. Jonet et Dorlodot, nous remarquons des verres de couleur, de nuances franches et supérieures. Notons entre autres son rouge, dont l'éclat n’est égalé par aucune fabrique ; un bleu , dont la coloration intense est aussi remarquable que celle des verres violets qu’elle nous offre comme échantillon des produits de son usine.

La Société anonyme d’Herbatte expose des services de table en mi-cristal, qui sont surtout remarquables par le bon marché joint à une qualité, une pureté de matière que nous ne saurions trop louer. Unir la beauté de l’œuvre à la modicité des prix est et sera toujours le rêve du manufacturier

intelligent, et sous ce rapport nous devons rendre justice à la fabrication belge.

La Bohème, dont nous eussions certainement dù parler depuis longtemps, à cause du rang élevé qu’elle occupe, et surtout de ses traditions qui se sont conservées avec intégrité, est dignement représenté dans la nef par trois fabriques principales : celle du comte de Harrach, à Neuwelt, celle de Meyrs, à Adolphshütte, et celle d'Hegenbarth, à Meisterodorf.

Le cristal, ou verre de Bohème, a ües qualités particulières. 1 n’est peut-être pas plus limpide que le cristal de nos premières fabriques, mais il est plus blanc, plus léger et plus résistant; cela tient à sa composition chimique. Les cristaux de Bohème sont , en général , assez mal dorés. Cela provient de la qualité du verre qui ne peut que très-difficilement supporter le degré de chaleur nécessaire pour avoir une bonne dorure ; aussi la plus grande partie des cristaux de Bohème sont-ils gravés sans dorure.

Dans l'exposition du comte de Harrach, nous admirons les deux magnifiques vases rouges. Ces vases, d'une forme sévère, dans le goût de lantique, sont d'un teinte tellement riche qu'on se demande avec étonnement comment on peut obtenir cette vivacité et cette limpidité. Des coupes en craquelé blanc sont ravissantes de forme et d'exécution.

Le craquelé est un genre que la Bohème a inventé depuis peu de temps, et qui paraît devoir lui appartenir en propre. Cette espèce particulière représente au naturel les fines arabesques de la légère couche de glace qui se dépose dans les nuits d'hiver sur les vitres d’une chambre doucement chauffée, et dans lesquelles la lumière se joue avec des reflets irisés. Chose remarquable, les craquelés roses, bleus ou jaunes, n’ont ni la coquetterie, ni le charme des craquelés blancs. La simplicité est toujours la parure la plus seyante de tout ce qui est jeune, riche et vraiment beau.

Dans l'exposition de M. Meyrs et Cie des coupes de craquelés se partagent les regards du public, avec deux urnes à fleurs roses transparentes sur fond blanc opaque. Le dessin, large, souple, distingué, est merveilleusement secondé par une exécution tout à fait supérieure.

La Bavière est dignement représentée à l'Exposition de

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41855 par les œuvres de la fabrique de M. Steigerwald , la plus ancienne manufacture de l'Allemagne occidentale. Il nous offre des services à dorure vermiculée vraiment bien exécutés, et qui peuvent rivaliser avec ce que Clichy nous montre de plus parfait; deux pièces, d’une dimension colossale, de 4 mètre et demi de hauteur, couvertes entièrement par une abaresque en dorure, et admirées du public.

Deux nouvelles espèces de fabrication nous apparaissent pour là première fois : l’une est un cristal épais, d'apparence mate et grenue, qui simule admirablement l’albâtre; un vase de ce nouveau cristal ne mesure pas moins de 2 mètres de haut. Des urnes blanches, autour desquelles s’enroule un serpent bleu, se font remarquer par leur dessin souple et correct. Nous sommes fâchés d'y voir figurer ce serpent bleu indigo, animal tout fantastique, qui choque un peu la vue et bien plus l'intelligence. Je sais que ce bleu est fort difficile à obtenir, mais pour prouver que l’on peut vaincre une difficulté, il ne faudrait pas diminuer le mérite d'une œuvre d'art vraiment remarquable.

L'autre nouveauté, qui a attiré notre attention, est une colonne de 4 mètres environ de hauteur, qui se termine par un vase à fleurs, et qui est destinée à l’ornementation des jardins ou des vestibules. Le fût est formé de gros tubes de verre opaque diversement coloré ; cela vaut beaucoup mieux, comme élégance et légèreté que les colonnes de zinc assez souvent employées dans les mêmes conditions. Le prix pour cet objet est la chose importante et d’où dépend son succès.

La Bohème, comptant sans doute un peu trop sur sa supériorité, n’a que peu ou point fabriqué pour l'Exposition; elle s’est contentée de prendre quelques-unes de ces pièces couranles qui élaient en magasin. Souvent elle fabrique mieux et plus beau que ce que nous avons vu; mais, ce qui chez elle est un fait remarquable, c’est le bon marché de ses pro-

duits : cela tient non-seulementau prix peu élevé des matières,

premières, mais encore aux conditions économiques dans lesquelles ils se produisent. L'ouvrièr cristallier des fabriques allemandes est presque toujours un artisan mixte, qui cultive la terre pendant la belle saison, ne fréquente l'usine que pendant l'hiver, et souvent même travaille chez lui en famille. C’est l'hiver, alors que le paysan bohémien ne

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