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On se ferait une idée inéxacte de l'importance industrielle de chaque nation, si on ne l’évaluait que d’après le nombre respectif de ses exposants. La France, qui ne transforme qu'un cinquième environ de la quantité de coton mis en œuvre par l’Angleterre , est représentée par 410 établissements, et cette dernière ne l’est que par une centaine à peine.
L'Amérique, dont l’industrie cotonnière est aujourd'hui, sous le rapport des quantités transformées, la plus importante du monde, après celle de l'Angleterre, n'est pour ainsi dire pas représentée. |
Le petit espace, trop vaste cependant, réservé à cet effet aux États-Unis, fait un contraste pénible avec son entourage. C’est à peine si les quelques balles qui doivent y figurer sont ouvertes; on dirait que les expéditeurs éprouvent une certaine hésitation à étaler leurs produits en présence de leur splendide voisinage. L’Autriche a presque autant d’exposants dans l’industrie cotonnière que l'Angleterre. La Prusse, les États sardes, la Saxe, les divers petits duchés sont mieux représentés sous ce rapport, et d’autres encore, que l'Amérique. L’éloignement et la dépense ne sont pas les seuls motifs de l’abstention américaine. Des pays plus éloignés et d’une importance moindre témoignent plus d'empressement. Mais l'industriel américain surtout est essentiellement positif : son intérêt direct n'était pas en jeu. Chaque jour il fait des efforts nouveaux pour se passer de l'industrie européenne; et, si pour plusieurs spécialités il n'est pas éloigné du but auquel il tend , il ne peut cependant encore avoir la prétention ni de faire de nous un client, ni de nous montrer une supériorité de travail; c’est pourquoi il s’abstient. Peut-être aussi a=t-il pris trop à la lettre les bruits que l’on faisait circuler à l'avance de l'avortement de ce grand tournois industriel de 4855. On ne saurait donc se fier aux apparences, même à l’Exposition , et il faut se garder de juger le progrès d’après les indications encore incompiètes de ces joutes naissantes , qui doivent avoir le sort des foires et des marchés, où le pourvoyeur vise peut-être autant au débouché avantageux qu'aux distinctions honorifiques ; cela paraît surtout vrai au point de vue américain. Si certaines contrées industrielles, telles que les États-Unis, se sont abstenues à cause de leur jeunesse, quoique déjà leur essor soit assez
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grand pour faire réfléchir l'Angleterre, d’autres nations, qui jouissaient autrefois d'une réputation comparable à celle de la Grande-Bretagne de notre époque , ne sont plus que l'ombre d’elles-mêries.
Qu'est dévenue la célèbre industrie des soïeries de la Grèce et de l'Italie, berceau de la nôtre. La Grèce surtout a dégénéré d'une manière pénible. Cette contrée , autrefois initiatrice, est obligéé aujourd’hui, pour recommander ses produits, d'inscrire sur les vitrines : Soues filées à la française, soies filées à l’ilalienne. Quelques échiarpes, mouchoirs , chemises et moustiquaires, forment l'assortiment de ses tissus, qui ne paraissent figurer là que pour mémoire. L'Italie, en général , a moins dégénéré, il est vrai, mais que cette maigre exposition de quelques tissus de soie de Gènes et de Florence est loin de l’ancienne réputation des riches et brillantes étoffes que ces opulentes cités fournissaient jadis à presque toutes les cours du monde! L'industrie italienne paraît avoir concentré ses efforts de production sur la soie grége, dont elle était d’ailleurs en possession avant nous, et que son climat favorise tout particulièrement.
Mais de toutes les anciennes réputations industrielles, la plus effacée est peut-être celle des Pays-Bas. Qui eût pu prédire à Colbert que l’industrie des draps qu’il enviait tant à la Hollande ne serait représentée que par un seul exposant, car les deux autres, compris dans la même catégorie, exposent l’ün de la bonneterie en laine de pin filée, et l’autre du tissu de crin.
On pourrait faire plus d’un rapprochement historique analogue pour plusieurs autres contrées florissantes autrefois et aujourd'hui sans éclat; mais ces considérations nous écarteraient trop du but tout spécial que nous nous proposons et auquel nous avons hâte de revenir.
Déclarons d’abord humblement qu'au point où en est actuellement l’industrie des tissus, celle, par exemple, de cotonnades et des lainages en général, il est bien difficile aux plus compétents de formuler un jugement comparatif sur des étoffes produites dans la même localité par des moyens identiques, mis en usage par des fabricants auxquels le temps a fourni une somme à peu près égale d'expérience et d’habileté. Aussi peut-on trouver en moyenne dans ces industries
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70 p. 400 d'excellents fabricants. Cela ne veut pas dire qu'ils soient dans les mêmes conditions de réussite et de prospérité.
C’est surtout dans l’industrie que les capitaux ont une immense importance. Sans eux l'intelligence , le savoir et l’expérience sont souvent frappés de stérilité. Si donc il est difficile, après l'examen le plus attentif, de porter un jugement sur la valeur relative des produits, combien n’est-il pas plus difficile encore de les apprécier équitablement, lorsqu'on les voit à distance, exposés sous des jours et avec des effets de lumière différents dans des espaces dispréportionnés, pimpants et attifés sous le prisme des vitrines, et surtout lorsqu'on a eu soin, quoi qu’en disent les exposants, de présenter aux yeux la fleur de ces produits? Nous ne pouvons, au reste, les blâmer du soin qu'ils prennent de faire un choix honnête et de l’offrir sous l’aspect le plus favorable. Le public sait cela, et fait ses réserves.
Nous sommes aussi parlisans que qui que ce soit des expositions. Leurs avantages sont manifestes; vouloir les faire ressortir serait une banalité, et cependant, malgré nous, l’aspect de ces splendides galeries, avec leurs attraits et leurs charmes séduisants, nous produit l'effet de cetle amabilité universelle, de cette urbanité générale, que l’on rencontre dans un bal au milieu d’une société choisie. Que de visages charmants le soir sont maussades le lendemain ; que d’étoffes apprêtées!... Ne médisons pas des apprêts, source d’une foule d’effets industriels nouveaux, nous allons le voir.
L'industrie lilloise expose des collections de fils de coton remarquables, non seulement par la perfection de la filature, mais par un brillant que la soie seule offrait jusqu'ici, Ce résultat obtenu par des apprêts particuliers rendent ces fils propres à des emplois variés. C’est ainsi qu’on est parvenu à faire des tissus en coton, imitant les moires antiques jusqu'ici exclusivement du domaine de la soie. Les fils retors pour tulle, les fils de lin à coudre, sont également soignés au point de pouvoir rivaliser, sous le rapport de la qualité, avec ce que l’Angleterre fait de mieux. Les fils de laine gazés lisses pour la passementerie, la popeline et les tissus mélangés ne sont pas moins remarquables; les fils jaspés et chinés par des mélanges aux métiers à filer, grâce aux moyens nouveaux par
lesquels ils sont obtenus et à la perfection qui permet de les employer à des produits de toute nature, ont pris une grande extension. Le coton, le lin et la laine y sont employés avec le même succès pour la bonneterie et les étoffes de nouveautés quellés que soient leur destination. Les fils unis écrus ou
blancs destinés au tissage ne sont pas moins en progrès. Les
produits de l'Inde et de la Turquie obtenus à la main sont peut-être plus fins, comme le prouvent les fils et les mousselines exposés par ces contrées; mais il n’y à vraiment rien de plus digne d'attention que la régularité avec laquelle on arrive à filer lé coton, au n° 609, et à obtenir, par conséquent, un cylindre flexible parfait d’une longueur de 150 lieues avec 500 grammes de fibres, sans que l'on puisse constater uneirrégularité sur cette longueur. On est arrivé automatiquement à des fils d'une plus grande finesse, mais leur usage est problématique, tandis que ceux dont nous parlons ont des emplois usuels pour la mousseline, le tulle, les dentelles. Le coton à longue soie, que la Géorgie fournissait seule d’une
assez belle qualité, était spécialement réservé à ces emplois ; :
aussi son prix augmentait-il chaque année. Sa production ne répondait pas aux demandes : certains cours ont dépassé 12 fr. le kilogramme.
L'exposition des produits de notre colonie d'Afrique démontre , entre autres faits, que désormais une partie de ces précieux filaments pourra nous être fournie par elle, et si les efforts continuent comme par le passé dans cette direction , nous pouvons espérer nous affranchir entièrement du tribut payé à la Georgie. Notre colonie ne s'est pas bornée à la cul-ture du cotonnier à longues soies; les expositions en fils et tissus du Nord, de l'Alsace et de la Normandie, dans les articles les plus variés, prouvent que les cotons de toutes espèces y réussissent également, les plus ordinaires comme les plus belles qualités. Que les machines à égréner, qu’on a tant perfectionnées dans ces derniers temps aux États-Unis, s’y introduisent, que la main-d'œuvre y arrive à des conditions normales quant aux prix, et les espérances que nous avons conçues , il y a long-temps déjà, sur les solides destinées de notre conquête africaine, ne tarderont plus à se réaliser. Nous
écrivions, en effet, en 1845, dans un travail sur les matières
textiles... « À tant de titres généraux, dignes d'attirer. l’in-
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térêt de toutes les nations qui s'occupent des industries en question , viendra sans doute s’en ajouter un nouveau pour la France, si notre précieuse terre d'Afrique réalise les espérances qu'elle fait concevoir, »
k) Si on ne jugeait que sur les échantillons exposés, on pour- LU :: rait hardiment avancer que les espérances sont réalisées. On | trouve, en effet, dans les vitrines exposées sous le patronage à,
de M. le ministre de la guerre, les fils et les calicots ordinaires de Rouen et de ses vallées, et des fils des numéros 2 à 300. valant de 30 à 36 francs le kilogramme , et des organ- |! dis mousselines de cinq mille fils, sur une largeur de 0,85, al L'éducation des vers à soie et la production des cocons se sont 1) développées parallèlement; les échantillons exposés prouvent 2 que ces produits peuvent rivaliser avec les similaires de nos LI départements méridionaux, et s’il est vrai, comme quel- Fa ques-uns le prétendent, que les soies gréges n'ont pas toute + la régularité et la netteté des soies d'ordre de nos centres sé- Pl! ricicoles, cela tient uniquement à ce que les ouvrières n’ont pu encore acquérir l’habileté de celles du midi de la France, aux- 4 quelles les bonnes habitudes sont transmises de génération nn: | en génération. Il y a cependant déjà sous ce rapport une grande différence entre les gréges d'Afrique, du Levant, de l'Inde et de la Chine, à l'avantage de notre colonie. Nous ne saurions quitter cette intéressante partie de l'Exposition universelle sans mentionner une collection complète de tiges, de feuilles et de fibres textiles exotiques, qui n’a d'équivalent que dans les vitrines de la Compagnie des Indes de la Grandeÿ |] Bretagne. On distingue entre autres, dans les vigoureux spé- LL cimens du Jardin des Plantes d'Alger, des tiges d’urtica nivea, à que les Anglais seuls emploient jusqu'ici sous le nom de china | à. grass, pour faire ces. beaux tissus, qui tiennent de la batiste pour la b'ancheur et la finesse, et de la soie par leur brillant, et des feuilles de gigantesques yucca filamentosa dont les | Américains commencent à tirer un grand parti. Des filaments He: d'agaves, de coréte textilis, corchorus textilis (jute) de la filasse de mauve, de larrabis simensis, de chanvre de Manille,
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rs de palmier, de dattier et de plusieurs autres plantes moins. À } connues, dont notre industrie saura bientôt tirer un parti non nr | moins avantageux que des cotons de la même provenance. Ce
n'est pas sans une vive satisfaction que l’on pense que la
longue et terrible lutte, soutenue par nos armes , commence enfin à produire ces résultats pacifiques, juste compensation de tant de glorieux sacrifices.
Si nous nous sommes arrêlés quelque peu à ces détails, c’est qu’à notre avis c’est là un des points les plus intéressants de nos industries textiles et végétales. Que dire des autres résultats si ce n’est que l'Alsace reste digne de son estimable réputation, sans rivale pour son élégance et son goût; que la Normandie, pourvoyeuse des produits intermédiaires, n’a que l'Angleterre comme concurrente; que le Nord est en lutte honorable avec Manchester et Nottingham ; que Tarare et la Suisse se disputent l’article brodé et broché; que nos ouvrières lorraines ne le cèdent pas en habileté aux plus habiles brodeuses du monde? Il faudrait surtout pouvoir entrer dans les détails des moyens mis en œuvre, des efforts faits incessamment pour perfectionner les procédés et les machines qui concourent à l'exécution de ce kaléidoscope gigantesque qu'offre la galerie des tissus pour démontrer la source véritable du progrès, | Ant
Quelques faits et quelques chiffres feront mieux sentir la marche ascendante de l’industrie cotonnière. En 1736, le cotonnier n’existait que comme une plante d'agrément dans l’Amérique du nord ; le peu qui s’en consommait alors en Europe était fourni par l'Amérique du sud, et surtout par l'Inde. Aujourd’hui l’ Amérique du nord produit annuellement ‘environ 500 000 090 de kilozrammes, ou à peu près les 4/5 de la production totale; l’Angleterre, à elle seule, est arrivée à meltre en œuvre 300 000 000 de kilogrammes, qui sont filés par 18 000 000 de broches. Quoique la population de la France soit plus nombreuse que celle de l'Angleterre, le maximum de la consommation est de 72 000 000 de kilogrammes de coton, fil pur, 4 500 000 broches.
Nous disions que les États Unis avaient fait de grands pro— orès, nous en avons la preuve dans une consommation de 140 000 000 de kilogrammes , et 5 500 000 broches. Viennent ensuite, dans l’ordre de leur importance, l'Auiriche, la Russie, le Zollverein , l'Espagne, la Belgique, eic. Ce travail du coton est entièrement automatique dans toutes ses parties}, les progrès ont été tels qu'un kilogramme de fil coion filé du n° 30 , par exemple, qui coûtait 42 fancs en 1816, 6 en 1834,
peut être livré aujourd’hui à 4 fr. 50 cent., quoique le prix de la main d'œuvre soit, en général , plutôt é'evé qu'abaissé, et que les qualités se soient sensiblement améliorés. C’est à son caractère économique, à ses propriétés hygiéniques, qui permettent de faire des étoffes de coton à la portée de toutes les positions de fortunes et propres à toutes les saisons et aux divers climats, à sa propriété de prendre admirablement les couleurs et les apprêts et surtout aux efforts incessants qui ont eu lieu pour réaliser les moyens mécaniques de transformations que l'industrie cotonnière doit sa fortune sans égale, eu égard surtout à la date récente de son origine. Nous dirions que cette industrie est entrée dans sa phase de virilité, si nous pouvions parler de la sorte; elle est en possession d'elle-même, son époque d’élans énergiques et irréguliers de la création et des perfectionnements profonds, saillants, qui, d'un jour à l’autre, apportent des modifications inattendues : dans les moyens et la manière de faire, semble avoir fait place à l'ère calme des études approfondies de tous les dé- . tails et de l’ensemble de leur agencement. C’est par un tra- vail gradué et laborieux , en quelque sorte latent, qu’on arrive aux résultats fructueux de la perfection. S'il est moins brillant, il est aussi sans secousses ni bouleversement, et tel-
- lement naturel que c’est à peine si nous en avons le senti-
ment. Cela explique comment l'industrie cotonnière, tout en grandissant aux yeux des hommes compétents, ne frappe plus tout d’abord par ses résultats, comme cela est arrivé si souvent dans les précédentes expositions.
Industrie des lins et du chanvre.
Les produits du chanvre et du lin sont moins variés que ceux du coton; leur nature est loin de se prêter aussi bien à la teinture et à l'impression, et leurs fils, quelque bien préparés qu'ils soient, ne sauraient donner des tissus moelleux et drapants comme ceux du coton. Quoique le travail de ces matières soit bien plus ancien que celui du coton en Europe, il s’en faut qu’il soit aussi avancé au point de vue mécanique et automatique. Les machines suffisent à toute espèce de fils et de tissus depuis les plus grossiers jusqu'aux plus fins. I serait impossible de trouver dans nos contrées un seul fu-
seau , rouet ou filoir à la main pour le coton. Pour le chanvre et le lin, les machines n’ont pu encore fabriquer certains gros fils ordinaires, et surtout les fils extra-fins pour Ja dentelle et la mulquinerie en général. C’est que la nature fournit les fi: bres du cotonnier, avec des caracières qui permettent de les confier au machines sans opérations préparatoires. La partie textile du chanvre et du lin a besoin, an contraire, d’être débarrassée d’une matière gommo-résineuse qui lui donne de la roideur, et dont elle n’est jamais assez purgée avant d'être livrée aux machines. C'est là, en partie, ce qui donne le caractère spécial aux produits qui en dérivent, et explique la nécessité de machines fortes et de moyens très-énergiques pour exécuter les transformations. Quoique la France soit la terre classique de l’industrie linière, et que l'inventeur des machines à filer le lin soit un Français, cette industrie mécanique s’est développée tout d’abord en Angleterre, d'où elle a passé en France et en Belgique. Aujourd'hui, son importance est plus grande dans le Royaume-Uni que chez nous, et surtout en Belgique; et cependant cette induitrie est représentée pour la France par 226 exposants, tandis que l’on en compte 77 seulement dans les trois royaumes de l’Anterre, et presque autant (66) en Belgique. La plus grande partie des maisons d'outre Manche appartiennent à l'Irlande et à l'Écosse.
L’Angieterre proprement dite en a très-peu : nous avons remarqué avec étonnement l'absence d’une des plus puissantes maisons du monde, dont les établissements de Leeds sont aussi vastes que l’Annexe. En 4854, lors de l'Exposition de Londres, nous avons blâmé certains de nos grands manufacturiers qui s'étaient abstenus , et cependant on avait alors l’excuse de ne pas étre fixé sur la portée des expositions universelles. Nous ne nous permettrons pas, milord, de vous adresser des reproches, nous ferons senlement remarquer que, convié par une maîtresse de maison d'aussi bonne extraction, il eût été d’un gentilhomme de lui déposer au moins sa Carte... d'échantillons; ne l’ayant pas fait, vous méritez que nous parlions de vous avec la discrétion du curé de village qui, pour ne pas nommer sa paroissienne en chaire, ne la désigna que par une vache noire qu’elle seule possédait dans le hameau. |
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: Malgré certaines abstentions regrettables, les produits en chanvre et en lin sont assez variés et assez nombreux pour montrer les progrès sérieux et sensibles de cette industrie, . Les fils unis et retors sont en général remarquables, comme nous l'avons dit, par une régularité qui est le caractère distinetif du travail mécanique; ce qui constate encore mieux ce progrès, ce sont des fils d'étoupes presque aussi fins et d'une régularité aussi grande que ceux des longs brins; ce sont là des résultats qui ouvrent une ère toute nouvelle à cette industrie, qu'elle doit aux améliorations des machines et surtout à l'intervention de la peigneuse Heillman, et aux opérations préparatoires en général. La même régularité et une apparence de force particulière se manifestent dans toutes les espèces de tissus de toile, de chanvre et de lin, grâce aux bonnes préparations des fils avant le tissage, et à l'exécution de mieux en mieux raisonnée et de plus en plus parfaite du métier à tisser les toiles unies et à petites armures. Les linges damassés qui, par le fini de l'exécution, peuvent rivaliser avec la belle soierie façonnée, se font remarquer par leur élégance et leur beauté; comme à toutes nos Expositions précédentes, les maisons considérées en première ligne ont conservé leur rang, d’autres les suivent, et cette fois nous pouvons nous assurer que nous n'avons rien à envier à la Saxe pour cet article, et que l’Angleterren'est plus la seule qui applique le travail automatique. Plusieurs de nos grands établissements rivalisent avec elles, sous ce rapport. | | de Tous les pays manufacturiers filent et tissent aujourd’hui plus ou moins mécaniquement le chanvre et le lin. Considérées au point de vue de la valeur des produits, la Grande-Bretagne et la France sont à peu près sur la même ligne, avec cette différence que le travail est presque entièrement automatique chez la première, qui fait fonctionner 1 268693 broches , et que nous en possédons 350000 environ, ce qui indique la proportion qui se file encore à la main; mais si on comparait la production à la population du pays, la Belgique qui, non compris la grande quantité de bras employés au filage de ses produits fins, po:sède cependant 450 000 broches, viendrait en première ligne. L'importance du Zolleverein se compte par 80 000, celle de l’Autriche est représentée par 30 000 ; on
-en suppose 30000 à la Russie, 45000 aux États-Unis, à l’Es- -pagne 6000 seulement. Si, des considérations de quantités, nous passons à l'appréciation industrielle des qualités, nous remarquerons que les toiles fines anglaises, quoique tissées mécaniquement et.malgré la difficulté de ce travail, à cause de la roideur et du peu d'élasticité des fils, sont vraiment admirables. Tous les caractères désirables y sont réunis, finesse, netteté, régularité, dans toute l’acception du mot, c'est-à-dire uniformité de lisière et des réductions, dont la précision est presque mathématique. Leurs toiles à voile en chanvre et en lin, et leurs tviles ordinaires nous ont paru non moins estimables, Ce n’est qu’en employant leurs métiers, il faut bien le dire, que nous avons pu les suivre sur ce terrain. Mais si des articles unis nous passons aux façonnés , nous prenons notre revanche. Avant de chercher à faire mouvoir le métier Jacquard à la mécanique, comme on l’a fait chez nos voisins, nous avons cherché à en tirer toutes les consé- -quences techniques pour ainsi dire; aussi avons-nous, dans cette direction, une place qui ne peut nous être disputée que par la vieille industrie des tissus damassés de la Saxe; et encore en analysant consciencieusement les sujets et l'exécution, et les apprêts de nos grands services de table, on y trouverait des qualités qui sont spécialement propres au génie industriel français, dont les vitrines lyonnaises offrent de si belles preuves. Mais nos industriels ont bien compris que ces beaux tissus ne sont à la portée que du petit nombre des grandes bourses ; aussi s'efforcent-ils de progresser dans les qualités ordinaires ; leurs efforts se traduisent par une baisse sensible dans les prix et par des produits qui ne pouvaient s’exécuter naguère. Nous citerons, par exemple, de belles toiles du nord d’une largeur de 2*,70 qui permet de faire des draps de lit sans couture, et à des prix plus bas que ceux en toile de cretonne. Le même progrès dans les prix se présente pour lès toiles à sarraux, les tissus de coutils du nord, les articles de da Mayenne, du Calvados, etc. L'industrie du chanvre et du lin est si complète en Belgique, qu'on peut la citer comme ayant présenté des échantillons estimables dans toutes les variétés. j | | Les moyens, les machines et les procédés industrielsse propagent avec une telle rapidité dans l'Europe manufacturière,
que si, dans les autres pays dont nous n’avons pas fait une mention spéciale, il y a quelques faits à signaler, ils ne peuvent être que la conséquence des conditions économiques de chaque contrée. Telle nation ou telle localité ayant la vie à bon marché, des chutes d’eau en abondance, du charbon à bas prix, ou les matières premières sous la main, pourra, sans un mérite particulier, livrer ses produits, toutes choses égales d’ailleurs, à de meilleures conditions. La Confédération suisse nous offre à chaque pas une preuve de ce fait. Elle a abordé presque toutes les industries textiles avec bonheur ; celle du lin même, une des dernière venues et des moins importantes chez elle, s’y développe d'une manière solide; au moins dans le tissage des articles façonnés. Lies industriels suisses, outre leurs capacités, ont des conditions économiques que tout le monde connait; mais ce que l’on ne sait pas autant, c'est que la Suisse combat parfois ses adversaires avec des armes qu'ils lui livrent gratuitement; ces armes sont les inventions étrangères. Grâce aux législations de la plupart des pays industriels, elles ne peuvent être appliquées que moyennant redevance à leurs auteurs, pendant un certain temps, de la part de ceux qui s'en servent. Cette législation n'existe pes en Suisse; il en résulte que non-seulement tout inventeur suisse peut tirer partie de son invention dans presque tous les pays du monde industriel, mais il peut s'approprier gratuitement les inventions des autres, que ses concurrents, sur les marchés étrangers, sont souvent obligés d'acquérir par de grands sacrifices. Il: s'ensuit aussi que l'industriel suisse en général ne rend pas à ses confrères ce qu’il recoit d'eux, et notamment de ses concurrents français. Le véritable industriel français est libéral dans toute l’acception du mot. Nousen pourrions signaler plusieurs qui ouvrent leurs portes à tout:homme sérieux qui désire visiter leur établissement, où il y a souvent à puiser comme à une source féconde; et, plus chez nous l’homme est élevé, plus il se sent dé ressources dans son propre fonds, moins il met de réserve dans son hospitalité. | |
Ces manières n’appartiennent, en Suisse, qu’à d’honorables exceptions. L'absence d’une loi qui garantit le fruit des découvertes inspire sans doute de la méfiance. Quoique la Prusse ait une loi sur les brevets d'invention, je préfère
cependant le système suisse; il a au moins de la netteté; on sait à quoi s’en tenir. La Prusse applique le principe de l'examen préalable. Cet examen a lieu par une commission d'hommes des plus recommandables, et tellement érudiis et versés dans les annales de l’industrie qu'ils remonteraient au déluge pour démontrer qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ce système a pour conséquence l’absence des inventeurs étrangers brévetés en Prusse, ils y sont aussi rares que le dalhia bleu.
Lainages.
Le travail de la laine a donné naissance à trois grandes spécialités de tissus : celle des tissus foulés et drapés, les plus anciens de tous; celle des tissus légers et ras, non foulés, et celle des tissus mixtes, la moins importante, et qui, étant la plus récente, est plus loin du développement vers lequel elles tendent toutes trois. On sait que, pour la première spécialité, on emploie surtout des laines à fibres courtes et vrillées, travaillées à la carde ; pour la seconde, on choisit en général les fibres longues préparées au peigne; des fibres courtes, et même d’une longueur intermédiaire, servent à la troisième. Les préparations qu’on leur fait subir avant le filage, participant de celles de la laine à cardes pour leurs passages sur ces machines, et de celles des laines à peignes par les étirages; leur résultat a reçu le nom de travail mixte, quelquefois aussi on le nomme cardé peigné. Chacane de ces trois grandes branches de l’industrie des tissus de laines pourrait elle-même se subdiviser en une foule de variétés importantes. Dans la draperie proprement dite, on distingue les draps unis des articles façonnés ou nouveautés, les draps lisses des draps croisés, les zéphirs des cuirs-laines, les étoffes tondues et couvertes, comme les satins Bonjean, de celles foulées et tirées à poils couchés, dont les molletons en général constituent la principale variété, et des tissus encore nouveaux, dits velours, ou le poil est au contraire redressé; viennent ensuite les tissus satinés, ondulés, mélancés, etc., etc. Nous ne faisons que mentionner les principaux échantillons exposés pour démontrer que même cette partie de l’industrie, dont les expositions ne se faisaient remarquer
que par des nuances variées, s’efforcent de créer des genres nouveaux et à nous faire sortir de là monotonie du noir. : -Les variétés de la riche industrie de la laine longue et des laines de mérinos lisses sont plus nombreuses encore, et sont comprises elles-mêmes dans deux spécialités : celle des laines longues qui a donné naissance à ces beaux articles dits tartans écossais et de Reims, si admirés et si confortables, et celle de nos beaux mérinos chalys, stoffes, baréges, châles croisés, etc., de création française, et dans laquelle nous n'avons pas de rivaux. L’Angleterre est admirablement pourvue en matière première pour les tartans et articles à long poil en général, auxquels concourent leurs magnifiques laines de Southdown, de Dishley, de Lincoln, de Cheviot, etc., dont l'Exposition nous montre de remarquables spécimens. Si nous sommes moins heureux sous ce rapport, notre agriculture fait chaque jour des progrès dans les laines pro pres au peigne, pour nos tissus, mérinos et leurs dérivés. L'Autriche, la Prusse et la Saxe sont les contrées les mieux partagées en laines fines à fibres courtes et vrillées, si particulièrement recherchées pour la draperie fine; malgré cette différence dans les ressources de chaque pays, ils n’en ont pas moins lutté énergiquement pour s'approprier toutes les variétés de lainages, qu'ils aient ou non la matière première à leur portée. C’est ainsi que l'Angleterre et la France demandent à l’Allemagne une partie de leurs plus belles laines à cardes, et à la Russie et à l'Australie des quantités considérables de laines pour leurs produits intermédiaires et leurs tissus de fantaisie. La Belgique est loin également de produire assez de laine pour l'alimentation de ses fabriques ; la plupart des manufactures allemandes elles-mêmes sont obligées de demander certaines qualités au dehors. Les progrès faits par l’industrie en général, et surtout par l'industrie française, n’en sont pas moins remarquables. On fait aujourd’hui incomparablement mieux qu’il y a vingt ans. Les salaires ont augmenté, et le mètre de mérinos, qui valait alors 42 fr., se vend aujourd'hui 3 fr.; les mousselines-laine et le barége que l’on peut livrer aujourd’hui de 75 c. à 4 fr., valaient à cette époque 2 fr. 75 c. L'industrie des lainages offre donc de l’intérêt, aussi bien par ses progrès économiques que par ses variétés, capables de subvenir aux nécessités et à toutes les.
saisons, de tous les climats, de toutes les fortunes. La santé publique n'a qu'à s'en louer, la laine avec les soins convenables étant le vêtement hygiénique par excellence. 9 Nous pouvons, au sujet des exposants de l'industrie de laines, faire la même remarque que nous avons faite à l’occasion du coton. Quoique ces industries soient au moins aussi importantes en Angleterre qu'en France, celle-ci a 500 exposants, el on n’en compte qu’uue centaine environ pour ja première , dont l’ensemble des produits [en lainage s'élève cependant à plus de 900000 000 de francs. La Prusse el le Zolleverein en ont presque le double ; leur production ne s’élève cependant qu’à la moitié de la nôtre et de celle de la Grande-Bretagne. L'Autriche en a 447; la Belgique 29; la Saxe 23 ; l'Espagne 23; la Suisse 4 ; le Wurtemberg 10. Il nous paraît vraiment bien difficile, au point où en est l'industrie des draps, de comparer la draperie unie de divers pays autrement que par les prix, car, en examinant des draps à peu près de même valeur exposés par des fabricants également estimés de la France, de l'Angleterre, de la Prusse, de la Belgique, de la Saxe et de l'Autriche, on trouvera toujours les draps en laine de. bonne qualité bien dégraissés, bien foulés, bien lainés, bien tondus et bien apprètés, toutes ces opérations se faisant également bien partout. Nous disons aujourd’hui, car des progrès nolables ont eu lieu depuis l'Exposition de Londres ; l'industrie drapière de certaines contrées de l’Aucriche, par exemple, sensiblement moins avancée que celle de plusieurs nations voisines, marche à grands pas depuis lors. Le point important consiste dans le choix de la matière première, et l’agencement convenablement entendu des apprêts, connaissances à la portée de tout véritable fabricant, le temps des secrets de métiers est passé. On s'est beaucoup recrié, avec plus ou moins de raison, sur la différence des prix des draps des diverses contrées : il nous semble qu’elle n'a réellement qu'une importance secondaire, si l’on considère que, dans nos vêtements, le prix de l’étoffe n’entre souvent que pour un tiers ou un quart de celui du vêtement lui-même. En supposant un tissu à 46 fr. le mètre, le tailleur n'en fera pas moins payer un habit de £0 à 490 fr. Nous nous hâtons de dire que ce raisonnement n’est applicable dans son entier qu’à la classe aisée, et pour un petit nombre d'étofles spéciales, dont le