ROYAUME UNI DE LA GRANDE BRETAGNE ET DE L'IRLANDE
Annexe, section des produits; travées 1 à 10 de À à D.— Annexe, section des machines; travées 126 à 142 de À à D, — Jardin. — Palais principal, rez-de-chaussée ; travées 1 à 15 de H à N. — Palais principal, galerie; travées 1 à 15 de KàN.
. L'Exposition universelle de Londres, en 1851, au succès de laquelle nos industries françaises avaient si heureusement concouru, devait être pour nous un gage de l'empressement qu’apporteraient les grands manufacturiers de l'Angleterre à se rendre à notre premier appel. L'hésitation fut cependant grande. L'opinion publique se préoccupa pendant quelque temps des questions économiques qui ferment aux produits anglais le marché de la France, et la plupart des industriels ne paraissaient vouloir prêter à l'Exposition leur concours que dans le cas où il leur serait permis d’espérer , dans un prochain avenir, un abaissement notable dans les droits de douane. En profitant avec habileté de notre communauté d’intérêts dans la question européenne , le dévouement des commissaires anglais parvint cependant à railier les plus hostiles, et plus de deux mille exposants ont envoyé leurs produits à VExposition. Les nombreuses colonies anglaises, qui ne sont pas comprises dans ce nombre, ajoutent encore à la splendeur de l’ensemble par l’immense variété de leurs produits.
Nous jetterons un coup d'œil rapide sur la physionomie générale des galeries anglaises, les plus complètes après celles de la France. Les colonies seront examinées à part, Ces pourvoyeuses de la métropole offrant chacune un caractère propre qu’il est utile de mettre en évidence ; les Indes, le Canada, l'Autriche nous offriront surtout d’intéressantes richesses.
Dans la classe des mines et de la métallurgie, nous aurions pu désirer une collection plus imposante, eu égard à l’immense développement que le traitement du fer a pris dès long temps dans l’industrie des îles britanniques, si, en regardant de plus près les produits exposés, nous n’y trouvions un choix à la fois sobre et judicieux de toutes les branches les plus im-
portantes de cette industrie ; on s'étonne à première vue du petit nombre d'objets ; bientôt on n'est pas moins étonné de leur impor tance. La source de toute la fortune de nos voisins, la houille , devait surtout figurer au preinier plan; 264 échantillons réunis par le board of trade dans tout le royaume, sont là pour attester combien les exploitations de ce précieux combustible sont nombreuses. Les cokes qui les accompagnent, particulièrement ceux de Newcastle, exciteront Penvie de toutes les nations moins bien traitées. Les briquettes comprimées d’anthracite et de bitume, pour les forges, la marine et les locomotives, sont là pour attester le parti que nos voisins savent tirer de ce combustible si riche, mais d'un emploi difficile ; c’est à peine si chez nous l’anthracite est exploitée pour quelques fours à chaux; rarement et comme par exception pour le chauffage de quelques usines.
Quoique les produits de l’industrie du fer soient exposés sous le nom collectif du Département des sciences et des arts, et que, par conséquent, ils doivent faire l'objet d’un éloge d'ensemble, tant pour la beauté des échantillons que pour leur judicieux arrangement, nous nous permettrons de citer d’une manière toute spéciale deux rails qui, par leurs dimensions, peuvent plus particulièrement édifier les visiteurssur la puissance de production des usines anglaises: un rail Barlow de 16,02, un rail Brunel de 24",45, une manivelle colossale pour machine de bateau , un Canon en acier fondu , sont au-
tant de pièces importantes dans cette remarquable collection,
qu’on pourrait simplement appeler une carte d'échantillons,
tant il est vrai qu’elle représente les véritables produits oom-
merciaux.
* Parmi les autres productions minérales , nous nous borne rons à citer encore celles de l'exploitation de M. Sopwith; on trouverait difficilement une illustration plus complète des procédés employés dans le traitement des minerais de plomb argentifère. |
Les fontes moulées de Coa! Brookdale Company sont d’une belle exécution sans doute , mais nous leur reprocherions volontiers la négligence de leurs dessins.
Ne quittons pas les produits minéraux sans dire un mot de
cette belle carte géographique de M. Mylne, qui ne le cède
en rien, sous aucun rapport, aux plus belles cartes connues.
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Les productions végétales occupent, dans les envois des colonies anglaises, une large place. Leur prodigieuse variété , leur action dans l’industrie manufacturière et dans l'alimentation du pays, leur assignaient naturellement un rôle considérable à l'Exposition de 4855. Mais nous n’étions pas autant préparés à voir figurer les produits agricoles de l'Angleterre avec un tel éclat. Tandis que les envois des Indes frappent par une variété qui exclut, pour ainsi dire, toute classification méthodique, ceux-ci nous apparaissent dans un ordre admirable, et nous permettent d'apprécier d’un seul coup d’œil les résultats de cette culture perfectionnée dont la nécessité d'une large production a su doter cette grande nation. Les céréales, les légumineuses , les fourrages, les bois sont pris dans les produits naturels eux-mêmes ; les racines et les fruits sont représentés par des imitations parfaites ; les animaux, par des peintures soignées. Cette collection, dans son ensemble , fait le plus grand honneur au professeur Willson qui l’a faite ; nous regrettons seulement que la place qui lui a été affectée dans l’annexe soit un peu éloignée des grandes lignes de circulation ; il faut monter dans les galeries pour la voir. ;
Puisque nous parlons d'agriculture, disons un mot des in: struments, de ces instruments de l’Angleterre, si bien construits, si bien étudiés sous tous les rapports. Ils sont là tous : charrues, herses, rouleaux, extirpateurs, semoirs, pour représenter le système de culture mécanique, si cette expression ést permise, que nos voisins ont adoptée. Chacun des appareils remplit parfaitement son but; mais ce but n'étant pas le même que celui que nous nous proposons avec les instruments similaires, ils ne sont applicables chez nous qu’à la condition de les employer tous. Les machines locomobiles, qui commencent à s’acclimater en France, les moissonneuses, les faucheuses, les faneuses, les machines à battre, dont une pour la force d’un homme , forment l’arsenal agricole de l'exploitation anglaise, sans contredit le plus complet et le plus parfait qui ait été jusqu'alors réuni. Trois constructeurs surtout sont à la tête de cette industrie ; M. Croskill , M. Garrett et fils, M. Ramsomes et fils ont des usines importantes. Les instruments agricoles de l’Angleterre sont construits dans des ateliers complets ; leur construction est chez nous livrée trop
souvent aux charrons de village ; différence essentielle qui a bien aussi sa raison d’être dans le morcellement de notre sol. |
Les machines anglaises sont remarquables par l'invention et par l'exécution. Lorsque les Penn, les Whitworth, les Stephenson, les Fairbairn figurent au nombre des exposants, la France peut s’enorgueillir de ne pas être en arrière, et d'opposer aux œuvres du génie anglais ses chefs-d’œuvre.
Les machines motrices sont moins nombreuses qu'en France dans la partie anglaise de l'Exposition. Si nous exceptons les belles machines de Fairbairn, les essais rationnels de Siemens, nous voyons en général un point d'arrêt dans la construction des machines à vapeur; cependant les machines de bateaux préoccupent vivement les constructeurs anglais. Mais les machines outils, les machines de filature et, en général toutes les machines de fabrication sont l’objet de continuels perfectionnements. La grande presse hydraulique de Dunn, pour essayer la résistance des bois et des câbles , les machines outils de Whitworth, celles aussi de Buckton, parmi - Jesquelles une machine pour tailler les engrenages et une autre pour tailler les molettes, la scierie de John Birch, qui a servi à la construction du Palais-de-Cristal de Londres, la tréfilerie de Johnson , peuvent donner aux visiteurs des notions assez complètes sur l'emploi des moyens mécaniques usités dans le travail des métaux et du bois.
Les opérations successives de la filature du coton sont exécutées devant le public par les belles machines de MM. Platt frères ; la machine à peigner le lin , de MM. Comb et Cie; le tissage mécanique de M. Smith et frère, donnant 250 coups de navette à la minute; le beau Jacquart à double effet du même fabricant , enfin le métier à moquettes de M. Wood complètent l’assortiment des machines employées dans les ‘arts textiles. Ce dernier appareil , qui coupe la trame pour produire le velouté , a été acquis, quant au principe, à l'Exposition même, pour l'énorme prix de 250 000 francs.
La locomotive Stephenson, célèbre par le nom de son inventeur, ne présente aucune supériorité sur nos machines françaises. La pompe d’Appold étonne toujours la foule par la nappe d’eau qu’elle entretient; un autre appareil, de M. de Bergue, cherche à lui faire une concurrence dans
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78 VISITE laquelle il lui sera difficile de l’égaler quant à l’effet utile produit, *
Parmi les machines de moindre importance, nous citerons, pour l’élégance de leurs principes et l'intérêt qu'elles offriront aux visiteurs, un appareil de M. Cripps, de Manchester, pour graver sur rouleaux les dessins d’étoffes dessinées sur papier, au moyen d’une transmission par courroies en ressorts d'acier ; un indicateur de niveau, de M. Coffey , avec soupape self acting, se fermant d'elle-même si le tube indicateur vient à se briser ; une charmante petite machine pour marquer de numéros successifs les tickets de chemins de fer; enfin , le ventilateur de Lloyd, qui ne doit faire aucun bruit quand il fonctionnera ; nous verrons bien.
Nulle part, sice n’est à Paris et à Bruxelles, on ne fait aussi bien la carrosserie qu’à Londres ; aussi les voitures anglaises attirent-elles l'attention générale. Tout est si bien en ce genre, qu'il est à peine permis de dire que les voitures de MM. Davis et fils, celle de M. Rock, le dog-cart de M. Starey ont une légère prééminence. :
L'horlogerie anglaise est toujours irréprochable, mais ne présente cette année aucune nouveauté fort essentielle ; nous nous bornerons à distinguer les produits de deux maisons importantes de Londres, celles de MM. Davis et fils, et de MM. Frodsham et Baker, pour leurs chronomètres. L'exposition des instruments d'optique est plus complète et compte des instruments de premier ordre : nous parlerons en détail du grand cercle mériaien du professeur Airy, dont un modèle en bois et carton a les honneurs de la nef : plusieurs autres observatoires, celui d'Édimbourg, celui de Kew, ont envoyé la plupart de leurs instruments d'observation pour l’astronomie et la météorologie. Lord Wrottesley, lord Ross ont suivi l'exemple des établissements publics. Le modèle du télescope de lord Ross, est accompagné d'épreuves photographiques du monde planétaire : ces représentations sont toutes fortintéressantes. Les microscopes de M. Ludds etdeM. King, deBristol, sont d’une excellente construction, et les préparations microscopiques de Topping sont bien faites. Les appareils enregistreurs d’Oshr et de Brooke sont tout à fait exCeptionnels, On sait que les observations météorologiques de
l'observatoire royal de Greenwich sont toûtes faites avec les
beaux instruments que le Conservatoire des arts et métiers de Paris s’était empressé d'acquérir en 1851, et ce sont ceuxlà même qui sont exposés au Palais de l'Industrie. L'image photographique continue que l’on obtient de toutes les variations barométriques, thermométriques et autres, permet de conserver une trace permanente des différents phénomènes ; ces instruments ne sont pas encore répandus en France, mais l'observatoire de Paris vient d’en étudier la marche. La collection des instruments trigonométriques du lieutenant-général James, de l’arme du génie, est la plus complète que l'on puisse voir.
Les appareils de chauffage et de télégraphie figurent en grand nombre dans la neuvième classe ; l'appareil fumivore du docteur Arnott, les grilles de Hoole, les soufflets de M. Omons sont surtout intéressants. Les appareils électriques du professeur Wheastone, le télégraphe électrique de Walker employé sur le Soulh-Easthern-Railway, celui de W. Henley, auquel un aimant artificiel sert de pile, ainsi qu'un appareil du même genre avec lequel il peut obtenir et transmettre à une distance quelconque une étincelle incendiaire; la collection des fils métalliques pour télégraphes sous-marins, mines, chemins de fer, de M. Newall, sont principalement dignes d’intérêt : un spécimen du càble de Calais à Douvres fait partie de cette dernière collection.
Non loin de ces objets sont les modèles destinés aux écoles du département des sciences et arts : l'institution de Harlborough-House, a été fondée avec les fonds provenant de l'exposition universelle de 4854, Bien que gérée par une commission indépendante, sous la présidence de S. À. R. le prince Albert, cette entreprise ne voulut faire aucun bénéfice. Tous les fonds disponibles devaïent, aux termes même de sa constitution, être employés en faveur du développement de lPindustrie. Il n’en pouvait être fait un meilleur usage que par la création de ce nouveau service public, qui, sous une administration intelligente, a su répandre ses bienfaits dans toutes les provinces du royaume. Les modèles exposés sont ceux que l'établissement central fait établir au meilleur marché possible pour les céder encore avec réduction de prix aux établissements secondaires ; on s’est moins attaché à produire des modèles irréprochables qu’à les rendre facilement acces:
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