ROYAUME D'ESPAGNE
Annexe, section des produits, travées 16 à 18, À et B.— Palais principal, galerie, travées 26 à 29, B et D.
L'Espagne ne compte pas moins de 500 exposants, sans y comprendre ceux de ses possessions d'outre-mer à la Havane et à Puerto-Rico. Ce nombre aurait pu être beaucoup plus considérable si l’appel fait par le gouvernement avait été mieux entendu, particulièrement en ce qui concerne les soies et soieries, les tissus de coton et les draps. Valence, qui est le centre principal de l’industrie séricicole, s’est absolument abstenue. |
Les machines surtout font défaut à l'exposition espagnole , quoique les procédés de la métallurgie soient depuis longtemps en usage dans un pays aussi richement doté en minéraux utiles.
Nous avons vu dans l’exposition française de M. Boignues et Gie, un tuyau de conduite d’eau pour la ville de Madrid qui n’a.pas moins de 92 centimètres de diamètre, et une notable partie de la canalisation dans laquelle ce tuyau doit prendre place, s'exécute cependant dans les usines du pays : mais le défaut d'outillage et d'expérience dans ces sortes de travaux permet à l'Angleterre de les livrer à pied d'œuvre à méilleur marché qu’ils ne seraient obtenus sur place.
L'Espagne possède tous les éléments d’une industrie perfectionnée, mais l'obligation de faire venir de France ou d’Angleterre jusqu'aux moindres machines est un des caractères les plus frappants de l'industrie espagnole.
La métallurgie se trouve représentée plutôt par des matières.brutes.que par des spécimens de fabrication : les dimensions des échantillons .de fer espagnol indiquent jusqu'à un certain,point combien on pourrait utiliser mieux ces richesses minérales.
L'établissement d'artillerie de Travia figure nt au nombre des exposants pour un canon du calibre de 32.et pour une machine à fabriquer les balles de fusil,
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114 échantillons de houille, provenant pour la plupart des Asturies, permettent de croire que le combustible minéral est abondant dans cette contrée : le charbon est maigre et d'une grande densité, mais quelques morceaux de coke, particulièremient ceux du district d'Ollomigo, ne paraissent pas impropres aux usages métallurgiques.
Plusieurs établissements ont envoyé des minerais de plomb, de cuivre, de zinc, de manganèse et d'argent, parmi lesquels il convient de distinguer particulièrement les plombs d'Almeria, l'argent natif de la province de Guadalaxara; la mine d’étain de Zamora, et surtout le cinabre de la compagnie minière Asturienne, sont d’un grand intérêt.
Les métaux, à l'exception du plomb et du mercure, sont encore peu exploités ; le fer s'obtient habituellement par conversion directe du minerai; on sait d’ailleurs qu’il présente toute la ténacité et toute la ductilité désirables.
Le soufre de Murcie, le sel gemme de Cardona, les marbres de Ségovie, complètent la série des substances minérales.
L'agriculture et l’art forestier doivent surtout aux établissements royaux de figurer convenablement à l'Exposition : La collection de l'école forestière de Villaviciosa est fort sérieuse ; elle se compose de nombreux échantillons de bois, de charbons et cendres de bois. résines, écorces, spaites, elc.; les instruments de l’art forestier y figurent à côté des produits.
Les liéges bruts et ouvrés, les huiles et produits résineux envoyés par. d’aucres établissements complètent admirablement cet ensemble, auquel on ne pourrait faire d'autre reproche que celui d’être composé d'échantillons trop petits pour être expérimentés.
Les céréales, les lupins, les fèves, la garance sont au nombre des produits agricoles avec les fruits du caroubier, et les figues du cactus , qui croît spontanément en Espagne comme ‘en Algérie, des amandes et des noisettes des meilleures variétés. L’arachide et le ricin se trouvent aussi parmi les produits exposés dans la collection de l'Institut agricole de Barcelone ; les huileset surtout les vins si renommés de l'Espagne ne sont pas d’une moindre importance que les produits de même nature dans aucune autre partie de l'Exposition.
Producteur autrefois des laines les plus fines, le royaume d’Espagne cherche à reprendre son ancien rang, et les trou-
peaux de la reine ont fourni des toisons derace saxonne acclimatée qui ne le cèdent point aux produits de la Saxe elle-même.
Nous ne voyons, parmi les produits chimiques à citer, que quelques bougies stéariques et des cuirs, en faisant toutefois mention toute spéciale des maroquins de Madrid. Les produits céramiques, à l'exception des carreaux de faïence de Valence et de quelques pièces de verrerie , ne présentent aucun intérêt particulier, non plus que les articles d'ornements religieux et d’orfévrerie; mais nous ne saurions trouver trop d’éloges pour les armes et autres objets en métal de MM. Zuloaga père et fils; les produits de ces habiles artistes sufliraient pour indemniser l'exposition espagnole des lacunes que certaines industries laissent paraître; la ciselure sur fer, la damasquinure, la gravure à l’eau-forte, non plus que l’art du repoussé, n’ont jamais eu des interprètes d'un plus remarquable et plus varié talent. Un groupe d'oiseaux morts, ciselé dans la masse et un bouclier en fer repoussé sont dus plus particulièrement à M. Zuloaga fils, qui a fait également les cires de la plupart des autres pièces, parmi lesquelles il faut citer une couverture d'album en fer, damasquinée à l'intérieur, gravée à l’eau forte au dedans ; la beauté du travail ne permet pas que l’on critique la singularité de l’objet : l'album est néanmoins un peu lourd. Une boite à pistolets, dont toutes les pièces ont été ciselées et damasquinées dans le style mauresque, et qui est destinée au général Narvaez, ne le cède en rien aux deux pièces capitales de cette exposition , une dague et un sabre dont les poignées sont de la plus belle exécution. Les figures, ciselées en ronde bosse, se détachent merveilleusement sur lPensembie du travail, dont la damasquinure est tout à fait irréprochable : la gravure des lames et des fourreaux complète dignement ce travail.
Les armes à feu, dans différents styles, témoignent encore des mêmes qualités chez ces artistes ; mais l’un des fusils, tout à fait semblable pour le goût et l'exécution aux armes de luxe de l’industrie parisienne, nous à permis d'apprendre que MM. Zuloaga ont travaillé pendant quelque temps à Paris; il est éminemment intéressant de voir ce que peut produire un artiste formé à l’école française, lorsque son talent a pu s’inspirer des besoins et des habitudes d’un peuple qui a conservé , dans plus d’une direction, son originalité première.
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La fabrication des tissus n’a pas fait ,'au Palais de l’Industrie, les envois qu'elle aurait pu faire; nous avons déjà parlé de l’abstention presque complète de Valence; la province de Barcelone , la plus manufacturière du royaume , ne s’est fait représenterque par un petit nombre d'exposants ; néanmoins tes soieries , particulièrement celles de M. Escuder, de Barcelone, suffisent pour ‘assigner :un rang supérieur à ces produits ; les crêpes de Chine brodés , de José Reig , sont également d’une excellente fabrication , ainsi que les chenilles de couleurs étagées de M: Font.-La fabrication des blondes et des dentelles forme un des traits caractéristiques de l’industrie espagnole. M. Fiter est considéré comme le premier fabricant de ces élégants tissus ; ceux qui proviennent de la fabrication mécanique de M. Roldos méritent également l’attention.
Les draps particuliers du pays, dits satins, parmi lesquels ceux de M. Casonova, les draps fins de la province de Barcelone, particulièrement.de MM. Gally et de M. Trins à Turrusa, remarquables par la modicité des prix, donnent une juste idée de la fabrication ‘espagnole. Les couvertures communes de Palencia, en laine dite Chuzza , forment un produit important qu'il ne faut ‘apprécier qu’au point de vue du ‘bon marché , les couleurs et le dessin ne pouvant sans doute être jugés favorablement.
C'est aussi dans la Catalogne que l’industrie du coton est principalement concentrée ; elle comple 25 exposants, mais elle pourrait en fournir en bien plus grand nombre : les produits ressemblent d’ailleurs à tous les. cotons imprimés.
En dehors deces branches principales de la fabrication espagnole, nous citerons encore quelques pianos assez .ordipaires, un secrétaire etune psyché appartenant à la reine; d'un beau travail de marqueterie, ces meubles ne sont pas d’un aspect irréprochable..Les gants de Madrid sont de qualité supérieure et d’un prix relativement favorable; enfin les lithographies des principaux chefs-d'œuvre du musée de Madrid , témoignent de l’état d'avancement des arts de reproduction en Espagne.
Les produits les plus intéressants .de l'île de Puerto-Rico consistent en bois indigèneset-en.fils de bananier, demugney, d’ananas; parmi ceux de la Havane, les cigares occupent .né-
cessairement la première place; mais il faut citer à côté d’eux une casquette en crin blanc , d’un charmant travail , et surtout les -esterillas ou paillassons, qui sont d’un usage général dans les-pays chauds.