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poids de tonte. En un mot nous avons voulu associer la production de la viande à la production d’une laine de grande valeur, et nous avons réussi à rester, pour l’une et pour l’autre, dans un état moyen dont il nous faudra forcément sortir.
En effet, à mesure qüe l’agriculture fera des progrès, elle supprimera ses jachères, augmentera ses ressources en fourrages, sentira la nécessité d'utiliser économiquement ces fourrages en les donnant à des animaux excellents consommateurs ; elle sera poussée à choisir les races de boucherie.
A mesure aussi que la population grossira , que le prix du sol s'élèvera , les progrès de l’agriculture seront sollicités et commandés, et toutes les conséquences que nous venons d’indiquer s’imposeront.
En définitive, les essais que nous faisons pour produire notre état intermédiaire, transformation de la race mérine, développement des métis, croisement avec les races anglaises, trahissent le sentiment de cette pression du milieu. Mais nous nous roidirons en vain : ou bien nous marcherons résolûment dans la voie des améliorations agricoles qui nous poussent à la production de la viande pour le plus grand profit de nos populations; ou bien nous resterons en arrière, et perpétuerons la gêne des producteurs et des consommateurs. L'industrie comme l'agriculture est engagée dans cette question, et nous croyons que la logique l’emportera.
Aujourd’hui, avec notre population de 40 millions de moutons , nombre égal à celui que possède l’Angleterre , nous ne produisons que 74 millions de kilogrammes de laine, dans lesquels les laines fines ou intermédiaires figurent pour 418 à 20 millions de kilogrammes. Il ne reste donc à notre industrie lainière que 55 millions de kilogrammes de laines communes, très-inférieures aux laines longues anglaises. Nos fabricants sont donc forcés d'acheter au dehors la presque totalité de leurs laines fines, et de demander à l'Angleterre , à Andrinople, à Salonique, à cent autres lieux une grande partie de leurs laines longues. Nous rappellerons que ce produit inférieur en laine, nous l’ebtenons sur une surface presque double de la surface du sol anglais, avec des animaux qui donnent moitié moins de viande, et sont tués à un âge double,
Qu’y a-t-il à faire pour modifier cer état de choses? Améliorer les moyens de production en prenant résolûment le
parti industriel qu'a pris l’Angleterre, en spécialisant les spéculations : à la métropole, la production des races de boucherie ; à la colonie algérienne, celle des races à laine fine. Nous allons revenir sur ce point , après avoir achevé la revue des laines exposées au Palais de l'Industrie.
Nous avons dit que les laines françaises étaient généralement intermédiaires. Les toisons de mérinos purs, celles de métis-mérinos, celles de dishley-mérinos, celles mêmes de Rambouillet prouvent assez la vérité de cette appréciation, qui devient bien plus exacte encore quand on étudie les troupeaux de la France. En effet, les éleveurs qui exposent des toisons montrent tout naturellement leurs laines les plus fines, celles qui s’éloignent le plus du type intermédiaire dont ils se contentent dans leur production courante, et qui est ainsi bien plus général dans les troupeaux français que dans les vitrines françaises de l'Exposition.
Deux exposants français, habitués aux succès et connus chacun par une nature de laine particulière, sont restés fidèles à leur passé. M. Graux, de Mauchamp, montre ses belles laines longues, soyeuses, exceptionneiles ; M. le général Girod , de l’Ain, ses laines de Naz, courtes, fines, qui rivalisent avec les laines électorales. Les unes et les autres sont fournies par des mérinos purs. Les laines de Mauchamp ont leur origine dans un accident dont l’éleveur a eu l'intelligence de comprendre la valeur et qu’il s'applique à perpétuer dans un troupeau de plus en plus nombreux, depuis 4828. Les laines de Naz sont dues aux soins persévérants du propriétaire, qui a commencé, en 4798, une sélection en vue de la finesse, dans un troupeau de mérinos qui s’est constamment reproduit en lui-même.
Du troupeau de Naz aux laines de l'Allemagne, la transition est facile : ces laines sont toutes des laines fines et courtes du type électoral qui , de la Saxe s’est répandu en Prusse, dans les divers États de l’Autriche et même en Russie, en Australie, au Cap et ailleurs.
L'Allemagne doit ses belles laines aux connaissances toutes spéciales de ses éleveurs, qui ont bien compris les conditions de la production dans un pays où la population est rare , où les grandes propriétés se prêtent mieux à l’agriculture pastorale, où la viande n’est pas aussi demandée, où l’on peut la
sacrifier à la laine, Tous les troupeaux d’où sont tirés les laines qui figurent à l'Exposition sont nombreux, renommés, et plusieurs appartiennent à la grande aristocratie. La Moravie , la Bohème, la Silésie, le grand-duché de Posen, la Saxe ont envoyé d’admirables laines, non-seulement par leur finesse, mais aussi pour le tassé et l’uniformité du brin. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer, entre autres, les magnifiques toisons de Bohême, exposées par M. le baron de Mundy, et qui nous semblent les plus belles de toutes celles qui figurent au Palais de l'Industrie.
En comparant les belles laines d'Espagne à ces belles laines allemandes dont l'origine est pourtant espagnole, on sent de combien l’agriculture est restée en arrière de l’autre côté des Pyrénées. Les laines de Ségovie, les léonnaises sont dégénérées et s’abâtardissent; les laines des troupeaux Churras sont tout au plus bonnes pour matelas et pour couvertures. La Couronne essaye de ressusciter les anciennes races du pays ; elle emploie, dans ce but, le bélier saxon, et l’idée est bonne, si la production de la laine superfine est celle que doit entreprendre l'Espagne dans les conditions où elle se trouve. Mais le choix des béliers doit êlre mieux fait. 11 est évident qu'on a cherché surtout l'extrême finesse, sans se préoccuper des autres qualités de la toison, et spécialement de l’uniformité de qualité; il en est résulté des toisons légères, inégales et mécheuses.
Nous avons différé jusqu'ici de parler des laines d'Afrique, pour terminer notre revue par elles. Ces laines sont généralement communes, mais elles ne manquent pas de nature dans beaucoup de tribus arabes. La province d'Oran est la moins bien partagée ; puis vient la province d'Alger; la province de Constantine renferme les meilleures laines des divers types.
Rien ne serait plus facile que d'améliorer nos laines d’Afrique ; de simples modifications dans l'élevage aujourd'hui tout à fait barbare produiraient seules d'excellents effets; le croisement par les béliers des races fines, ceux de Naz, de Saxe ou de la plaine d’Arles , amèneraient rapidement la population ovine à l'état où la peuvent désirer notre industrie et nos consommateurs ; les résultats obtenus déjà à la ferme d’Arbal le prouvent de reste. De faibles dépenses sufliraient à ce but
qui ne demande, pour être atteint, qu'un peu de persévérance.
L'Algérie possède 10 millions de moutons au moins qui produisent annuellement 46 millions de kilogrammes de laine, sur lesquels la consommation indigène prend 2 millions. Il reste donc 14 millions de kilogrammes de laine disponibles, mais d’une laine commune.
Si ces 14 millions de kilogrammes étaient de laine comparable à la laine des colonies anglaises, et si nos 74 millions de kilogrammes de laine métropolitaine égalaient les laines des îles britanniques, outre les avantages que retireraient lagriculture et les consommateurs , l’industrie trouverait à sa disposition des qualités qu'elle demande en vain aujourd'hui à nos producteurs. Et il est bien clair, en outre, que la population ovine augmenterait en France comme en Algérie. Nous aurions plus de laine, des laines de qualités mieux appropriées aux besoins de notre fabrication; nous aurions en même temps plus de viande.
De cette façon , les progrès agricoles marcheraient de pair dans notre pays et dans notre établissement africain ; ils se soutiendraient et se compléteraient. Ils aideraient au développement de notre industrie lainière , bien autrement importante actuellement que l'industrie cotonnière. Celle-ci produit aujourd’hui une valeur de 580 millions à la consommation et de 50 millions à l'exportation; l'industrie lainière produit 805 millions à la consommation et 416 millions à l’exportation. Mais, en outre, l'avenir s'ouvre bien plus vaste pour l'industrie de la laine que pour l'industrie du coton.
Les céréales et les laines, voilà les deux produits qui doivent servir de pivot à toute l’agriculture algérienne, dans l’intérêt de la France comme dans celui de l'Algérie, dans l'intérêt du colon et dans celui de l’indigène, qui ne peut plus être désormais laissé en dehors de notre mouvement.
Puis l'Algérie doit concentrer entre ses mains et féconder pour la France toutes les richesses culturales des parages avoisinant , au nord et au sud, la grande ligne méditerranéenne qui s'étend de Gibraltar à la Syrie. Elle doit s’approprier la culture de nos oliviers qui nous quittent, celles des mèriers et des vignes qui s’y annexent, et les cultures complémentaires qui lui sont naturellement. indiquées, les tabacs,
les soies, la cochenille, la garance, les oranges, Elle est appelée à remplacer pour nous l'Espagne que nous ne possédons pas, la Provence qui se transforme.
Elle peut laisser dans le jardin d’Alger, comme curiosités pour le botaniste, les cannes à sucre, le café et autres végétaux des tropiques.
On a répété bien souvent que le dernier mot de la chimie sur les engrais est phosphate et azote, et l'expérience à prouvé que la science est dans le vrai. Des engrais azotés trèsprécieux sont maintenant offerts au commerce, mais en quantité trop petite encore ; les phosphates sont beaucoup plus rares. Le nouvel engrais nommé guano de poisson pro-
met une addition importante aux sources d'azote et même
de phosphate. Nous dirons quelques mots des richesses que nous apportent ce guano de poisson et le phosphate de chaux du Nord,
Le nom de guano de poisson ou ichthyo-guano est assez mal choisi, en ce qu’il semble indiquer une communauté d'origine entre cet engrais et celui qui est connu dans le commerce sous le nom de guano du Pérou.
Ce dernier guano est le résultat de l'accumulation, durant des siècles, des excréments d'oiseaux nombreux qui habitent
les îlots et quelques points de la côte de la mer du Sud,
spécialement sur le littoral du Pérou. L'engrais qu'on désigne sous le nom de guano de poisson est obtenu en traitant convenablement les débris de la grande pêche et les poissons si nombreux que dédaigne la consommation , et qui sont sans valeur commerciale.
Cet engrais a cela de commun cependant avec le guano du Pérou, qu'il est pulvérulent, facilement transportable, qu'il peut être employé à l’époque où le cultivateur juge avantageux de le donner à la terre, qu’il est très-riche sous un petit volume , qu'il emprunte sa puissance fertilisante à une source étrangère , qu’il ne prend rien à notre sol et lui donne le bénéfice entier de ses éléments de fécondité.
L'idée d'utiliser comme engrais les poissons et les débris de la grande pêche n’est pas précisément nouvelle, mais c'est récemment qu'on en a fait l'application pratique en grand. L’honneur de cette initiative revient à un agriculteur du Finistère, M. de Molon, qui eut plus tard pour collabo-
rateur M. Thurneyssen, avec lequel il établit une usine à Concarneau, entre Lorient et Brest, à un kilomètre environ de Quimper. Le soin de continuer l’œuvre si bien commencée appartient maintenant à la Société générale maritime, qui est devenue propriétaire des procédés de fabrication de l’engrais, et qui en expose des échantillons au Palais de l'Industrie.
Les. moyens mis en usage pour obtenir l'engrais poisson consistent à opérer d’abord la cuisson des matières teut humides, poissons entiers et débris, dansune chaudière à double enveloppe, dans laquelle on introduit la vapeur sous la pression de quatre à cinq atmosphères. Cette cuisson est achevée en une heure au plus, et la substance cuite est immédiatement soumise à une pression très-forte. On obtient ainsi des espèces de tourteaux qu'on divise à l’aide d’une râpe semblable à celle qu’on emploie pour les betteraves dans les fabriques de sucre ; puis, la pulpe qui résulte de ce travail est soumise à une dessiccation méthodique dans une étuve, où la reçoivent des châssis de toiles tendues, qui sont entraînés dans un sens contraire à celui que suit l’air chaud en mouvement. Enfin, la matière, ainsi desséchée , est jetée dans la trémie d’un moulin, qai la réduit en poudre fine et parfaitement sèche. Il ne reste plus qu’à l'enfermer dans des sacs ou des barriques pour l’expédier à destination.
L'engrais-poisson sec, à l'état pulvérulent, correspond à 22 pour 400 du poids des poissons ou des débris de poissons à l’état naturel. G
La fabrication de cet engrais peut être alimentée par des sources diverses. On y peut employer les débris provenant de la préparation des sardines ; on peut pêcher spécialement pour elle des poissons qu'on néglige aujourd'hui, et qui se montrent quelquefois par bancs immenses dans certains parages ; on peut exploiter, et l’on exploite déjà les débris de la préparation des morues. Une usine fonctionne à Terre- Neuve, depuis quatre ans, à cet effet.
Si l’on considère que la pêche de la morue, à Terre-Neuve, donne annuellement 4 400 000 tonneaux de poissons frais, dont 700000 tonneaux sont utilisés par les pêcheurs, et 700 000 tonneaux jetés à la mer ou sur le rivage en pure perte, on comprendra de quel intérêt il est, pour notre agriculture, de recueillir ces précieux débris.